‹ De l'art en allemagneChapitre 21 sur 31 · TRÊVES · texte numérisé non relu

TRÊVES

particulière à la société romaine , toute la multitude dont il était le représentant et la personnification même. Au milieu des murailles qui subsistent , et dont le cintre romain règle non seulement les ouvertures, mais encore les inflexions principaleSy il est aisé de reconnaître le dessin originaire de Tédiflce. Une grande salie, dont la longueur a dû être mesurée par trois voûtes , et dont les extrémités sont terminées par deux hémicycles , porte encore, sur le côté oriental, un autre hémicycle plus vaste , tandis que par le flanc occidental elle communique avec une petite salle , qui répète sur une échelle agréablement variée , les dispositions et les hémicycles extrêmes de la grande. Assis dans cette petite salle, il me semblait, tant l'effet du plan était vif, que les briques des murs se recouvraient, sous mes yeux, de marbres et de stucs, que des colonnes rares , solides , magnifiques , venaient prêter appui aux voûtes reconstruites , et qu'à travers les perspectives multipliées de l'édifice bruissait le lointain bourdonnement des orateurs et des poètes charmant l'oisiveté du peuple.

Les formes de ces deux constructions , surtout les apsides qu'on y trouve opposées l'une à l'autre, offrent les analogies les plus frappantes avec la plupart des cathédrales qui ont été élevées en Allemagne au XI* siècle. On dirait que le grand hémicycle oriental des ihermes , dont la croupe puis-

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smite percée de deux étages de fenêtres s'arrondit aa milieu de deux fortes murailles planes j a fourni le modèle du frontispice de presque toutes ces églises ; on en retrouve jusqu'aux proportions dans le portail de la métropole de Trêves, admirable té* moignage de l'influence que l'architecture civile des Romains a exercée sur l'architecture religieuse des peuples modernes.

Cette cathédrale , s41 en faut croire les traditions, commença par être un palais qu'habitait Hélène , mère de Constantin ; sous le règne même de cet empereur, elle reçut sa destination actuelle de Vê^ véque Agricius ^.qui la dédia sous Finvocation de saint Pierre. Quelques parties de murs romains qu'on voit à l'extérieur mettent l'antiquité de son origine hors de doute ; au-dedans, les gigantesques colonnes de granit qui sont engagées dans les piliers, et dont les acanthes s'épanouissent encore bien au-dessus de leurs cimes, indiquent suffi-» samment que le vaisseau dont elle est formée dut être autrefois une grande salle impériale, probablement une de ceUes qu'on appelait basiliques. L'église qu' Agricius consacra dans cette salle eut , pendant les premiers siècles du christianisme, des fortunes diverses; peu après son inauguration , elle abrita Athanase , qui fuyait la persécu* non des Ariens. I^e 1 7 juin 76 1 , elle fut affranchie , ainsi que ses attenances , de la juridiction sécv^*

lîère par un diplôme de Pépin que Charlemagne confirma; elle dut 9'enrichir sous ce dernier prince^ qui en chargea le pasteur de missions importantes pour FOrient; sous Louis «le-* Débonnaire > elle éprouva la violence des schismes intérieurs, et la fureur des Normands, qui, en âaa, s'emparèrent de la ville et la brûlèrent } au x® siècle elle subit , k ce qu'il parait, un sort plus triste encore; soit qu'elle ne se fût pas relevée des désastres du siècle précédent, soit que le temps et les nouveaux schis«mes y eussent ajouté, on raconte que des troupeaux parquaient dans ses décombres.

Au commencement du xi* siècle f en 1019^ l'ar*chevéque Poppo ,dit la chronique ^ releva la cathé^ drale , qui tombait en ruines ^ et lui donna une fornie nouvelle. La partie septentrionale f qui sert encore aujourd'hui d'entrée à Véglise, passe pour être l'œuvre de ce prélat. Modelée ^ comme je l'ai dit, sur le plan des thermes^ elle offre, dans ses proportions grandioses , un développement encore pur et cependant original du s^le puissant des Romains. Une apside toute close dans la partie inférieure , percée de plusieurs cintres au premier étage ,, couronnée par une petite galerie qu'on a maladroitement murée , occupe le milieu de la façade; au pied des deux grandes murailles, dont elle se détache, s'ouvre, de part et d'autre, une porte simple surmontée d'un arc élevé; sous un

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autre arc, superposé à celui-là , s'ouvre une galerie sévère qui , des deux côtés , rejoint la galerie ouverte au sommet de lapside. Ce système de galeries ainsi développé, s'explique naturellement, non seulement par les habitudes de l'Antiquité tout entière , mais par celles du Moyen-Age, dont les constructions, solidement fermées, avaient besoin d'un lieu élevé de surveillance. Plus tard les clochers, qui, bas et carrés, n'ont qu'une médiocre importance dans la cathédrale de Trêves, s'élevèrent considérablement au-dessus des portes, et substituèrent aux galeries latérales qui en étaient le couronnement , les étages croissants de leurs ouvertures. Alors, néanmoins, la galerie demeura toujcnirs au front de l'apside ; mais^ deyenue inutile, elle s'atténua peu à peu jusqu'au moment où elle ne fut plus qu'un simple objet de décoration. Dans le frontispice de la métropole de Trêves , les colonnes des galeries , comme leurs pleins cintres , ont en* tièrement le caractère Romain ; dans les édifices postérieurs, elles prennent rapidement la forme byzantine. En observant qu'elles portent déjà tous les signes de ce dernier système dans l'apside que Poppo ajouta à la porte de Mars , j'ai eu quelque soupçon que la façade de la cathédrale pourrait bien être antérieure à ce prélat, et remonter à une époque beaucoup plus voisine de la domination romaine ; il est vrai qu'après avoir relevé l'église de

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