LES CHATEAUX DU RHIN
qui attendit y pour toutenvahir, que la civilisation romaine eût achevé de s'user. Mais le baronnage, non plus que le christianisme , n'apporta point en naissant un art qui lui fût propre; et la politique , comme la religion des peuples nouveaux, adoptaT les formes consacrées par cette nation romaine, qui se survivait ainsi dans ses vainqueurs. Chose singulière et tout-à-fait inattendue! plus on avance vers le cœur de T Allemagne , plus il semble que ses premiers habitants embrassèrent avec ardeur l'imitation des arts latins , dont on les représente toujours comme les destructeurs.
Les établissements que les Romains avaient for- ' mes sur les bords du Rhin furent comme de^ séjours préparés par la Providence aux faces nouvelles qui sortaient pour ainsi dire toutes nues de leurs bois. Les défenses des retranchements antiques enfantèrent bientôt les créneaux des donjons^ comme les basiliques avaient produit les églises. Le cari^ des camps se répéta d'Aord dans les tours des b^ons; puis la forme spKërique j-qui était la forme essentielle de la naty)n universelle, ayant été partout dégagée par les peuples conquérants, les tours devinrent rondes, et le plein cintre> affranchi des entraves '" du rhythme rectiligne des Grecs, s'épanouit librement dans les flancs des églises et sur les murs du manoir. I^ principe roman s'inféoda chez les Germains et devint parmi eux si général et si absolu
398 DE l'aBT E» JkLLEXAGSB.
que plus tard^ lorsque se produisit dans d'autres contrées le principe plus libre et plus aventureux de l'ogive y rAUemagne, un peu fatiguée du premier, ny apporta pendant long-temps d'autres changements que ceux que lui suggéra le principe emprunté à Rome même par les Byzantins. C'est alors que les tours octogones , les dômes et toute la parure symbolique des ornements fondés sur le plein cintre^ furent prodigués sur les bords du Rhin par une école glorieuse avec laquelle l'école ogivale ne vint rivaliser qu'assez tard et qu'avec assez peu de succès.
iAMMto
lies caêiiéAraies du ttUn.
Par sa position et par le génie de ses habitants , Maywce acquit ^ dès l'antiquité la plus haute , une importance politique dont Tart a été l'interprète fidèle. Située sur la rive gauche du Rhin , àTendroit où le fleuve ÙLÎt sa plus forte inclinaison Tws le territoire aUeuMiid ^ peufdée par les Celtes ^
4od DE l'art BN ALLEMAGNE.
fortifiée par les Romains, honorée et agrandie par les rois des deux premières dynastie! françaj^es, elle fut d'abord le boulevard avancé de toutes les races auxquelles la Providence confia le gouverne* ment de l'Europe occidentale. Après avoir été une puissante forteresse sous la main de l'autorité civile, elle devint, au viii* siècle, un foyer de civilisation , lorsque l'apôtre des Germains , saint Boniface , Peut choisie pour le ceïitre de ses missions, et eut obtenu en faveur de l'église qu'il y établit la suprématie sur toutes les églises tudesques. L'empire souverain que la religion prit dès lors dans cette ville se découvre clairement dans la cat^j^drale qu'elle y érigea.
Cette grande construction ne présente pas seulement le type le plus élevé que l'art religieux ait adopté en Allemagne , elle offre la succession de toutes les formes qu'il y a revlltues. Le feu , qui a consumé ou altéré tant de nionuments chrétiens, a fait à celui-ci, à plusieurs reprises, une guerre cruelle j mais ayant chaque foiairespectéun fragment des anciennes bâtisses, il y a laissé un témoignage i
de toutes les périodes du Moyen-Age. Fondée par .r^rchevêque Willigise, qui en dédia une partie ]
en 978 , la métropofe de Mayence fut détruite par l'incendie en 1009, dans la nuit même du jour où elle avait été définitivement consacrée; recommencée aussitôt par les soins de son fondateur, elle
LES CATHiBRAUBS DU RHIN. 4^1
fût de nouveau brûlée en 10819 sous Tépiscopalde Sigefrof T'y puis encore en 1 190, sous l'épiscopat de Conrad de Witteisbach. L'archevêque Sigefroi III entreprit de la reconstruire dés son avènement en 1 23 1 , et termina son œuvre en 1 ^3g. L'édifice actuel conserve des vestiges précieux de ces trois grandes époques; et je crois pouvoir attribuer sans crainte au X* siècle et à Willigise l'extérieur de Tapside orientale; à la fin du xi* siècle et à Sigefroi P' l'intérieur de la coupole orientale et le plan général de la nef; au commencement du xiii' siècle et à Sigefroi III la coupole occidentale , l'apside qui la suit et la croisée qui l'accompagne. Le plein cintre règne dans ces trois parties si différentes : dans la première , il garde encore toute la gravité de l'art latin; dans la seconde, il prend le costume oriental ; dans la troisième^ il mêle aux richesses écloses parmi les écoles de Constantinople les premières déformations qui marquent l'influence croissante de l'art ogival.
Par sa rare beauté , non moins que par sa date remarquable, l'apside orientale de cet édifice est sans contredit un des morceaux d'architecture les plus importants qu'il m'ait encore été' donné de voir. Le x* siècle , qu'on accuse généralement de barbarie et de stérilité , y a déployé un savoir, un goût, une élégance que je comparerai volontiers à cette latinité choisie que Loup de Perrière ensei-» gnait dans le même temps à l'abbaye de Fulde ; les II. " 26
4ot ]» Ip'àht w auuuGin.
études de cette grande communauté , qui avait a^^M Varchevéché de Mayence une origiue commune , ak qui était comme le séminaire de la civilisatioo alle^ maude» avaient CQu&ervé la tradition de Tarcbitec^ ture ancienne dans un état de pureté que l'invasion du atyle oriental altéra bientôt. L'apside bàtia par Varchevéque Willigise, exemple rare et décisif dea CQuaiructions du x« sièclet est presque compté* tement romaine ; toute de pierre , ronde , chaussée d'une élégante l>ordure » composée d'un seul et haut étage de fenêtres^ couronnée par une galerie Cran* chemeut dessinée » elle porte un comble dont l'an* gle» peu aigu encore , se détache sur un ironto« qui le rapproche lui-même beaucoup dea larmes ob* tuse$ employées par les anciens en semblable lient les deux mura sur lesquels elle lait une saillie sopI percée de$ deux portes principale» de l'édifice t celle qui eat à gauche est ornée de colonnes dont les chaipiteaux corinthiens s'accordeot avec l'apsida elle-même pour annoncer une époque anccore fidèle àla tradition romaine^ la porte corres^pondante, conçue daus un stylf plua barbare y appartient j saut doute t à la seconde construction^ cA date de oa m' siècle dont on a peut-être prisa tort l'activité pour une véritable rénovation. Deux tours rondes» deatinées à contenir des escaliera, flanquent oea deux eutrées » et s'élèvent à une asaes grandes hau^ teur «u<idesiua dea loita; évidanumot modeiM»
diils i#iir partie supérieure qui n'a point été 001»verte^ il est douteux qu'elles aient même conservé hk base antique.
Pour suivre le progrès des temps dans Tordre OÙ je Tai indiqué , je pénètre aussitôt dans Tintérieur de l'église ; les deux portes s'ouvrent dans dea vestilMiles curieusement ornés qui, de part et d'autre, conduisent directement sous les bas^^côtés de la m(f et pressent les flancs d'une coupole élevée, sans doute, an xi^ siècle. Cette coupole, me révèle sa date par sa forme même ; octogone et reposant sur un plan carré, décorée de pendeiiti^^ dénuée de nervures, accompagnée de deux bautes tribu 11 ea^ elle offre tous les caractères de l'art byzantin > dont l'invasion dut suivre, au moins- de cent ans y lé développement de ce bel art roman du X* siècle encore empreint dans l'extérieur de l'ap aide< Du reste, conservant partout au-dedans la ligne du plein cintre dans sa pureté, elle a été cou«verte au^dt*bors dans un temps très moderne par une grande salle qui forme, pour ainsi dire, son secoiid étage , et qui est éclairée par de bautes fenêtres ogives surmontées de leurs frontons. Le vase <|u'Qn voit encore sous cette coupole , les cldtures latérales qui la tiennent isolée du reste de l'église, font naturellement penser qu'elle servait de baptistère*
À Textrépûlé oocidentale de la nef f qui repose smr
4o4 9^ l'art en ALtEMAGNE.
des piliers carrés , et qui est accompagnée de bas* côtés dont les voûtes sont sans nervures ; une autre coupole a été suspendue sur la croisée, et un choeur orné de trois apsides a encore été jeté derrière la coupole. Le plan complexe de toute cette masse de bâtisses appartient évidemment au xiir. siècle ; la construction en a été faite à des époques- très diverses* L'intérieur du dôme , assez semblable à ceux que nous avons vus à Cologne , nous montre l'ogive se su]}stituant au plein cintre partout où il est besoin d'atténuer de trop fortes pressions, dans les yoùtes, par exemple, et dans les arcs qui soutiennent les tribunes. Les deux extrémités du transeps sont carrées ; mais les trois apsides divergentes du chœur ont la forme polygonale , qui est une altération de la forme ronde, et qui, par conséquent, indique une époque subséquente.
L'extérieur de cette partie de la cathédrale est encore plus divers que l'intérieur. Je ne dirai rien des trois frontons du chœur, des trois apsides polygonales adossées aux frontons, des deux tourelles octogones qui s'élèvent sur Taxe commun des apsides , et qui ajoutent leurs têtes à celles que portent déjà dans le ciel les deux tours de la face orientale et les deux dômes. Trois morceaux qui veulent être considérés à part , remontent au temps où lé style byzantin a pris en Allemagne sa plus grande extension ; le premier est le clocher du dôme ocd-
LES CATHEDRALES DU RHIK. ^oS
dental , dont la base décorée avec une splendeur tout orientale supporte une sorte de tour octogone tronquée et parée d'ogives par la main du xv* siècle ; le deuxième est la muraille qui clôt la travée méridionale du transeps, et qui est percée de trois étages de cintres dont les arcatures se multiplient et s'enchâssent avec luxe; le troisième est le frontispice de la travée opposée où ]a forme ronde semble avoir été pliéeauxdernièressubtilités d'ornementation qu'elle puisse atteindre sans s'abdiquer elle-même. C'est à ce degré de maturité que Farchitecture fondée sur la ligne (Courbe dut parvenir sur les bords duRhin avant de &ire place à l'art ogival ; mais indépendamment des preuves positives que je vous signale en ce moment y il est évident qu'elle ne put arriver à ce point extrême que dans le courant du xiii' siècle , sous le règne de l'empereur Frédéric II. L'avènement de la maison de Habsbourg , qui ne se fit point attendre, fut accompagné d'une ère de désordre et de barbarie, et suivi de la révolution qui naturalisa l'ogive parmi les Allemands. Dans l'une des chapelles latéraies qui sont pratiquées sous les bas-côtés de la cathédrale de Mayence , on peut voir jusqu'où les Tudesques ont poussé ce nouveau principe d'art; les colonnettes qui supportent les ogives de la voûte sont façonnées en arbustes, dont la tige Fégère est toute ornée de feuilles épanouies. La complication excessive que le génie germanique a introduite
4o6 jM l'aev bv àxOMumn.
dans toutes les formes qu'il â tout^éès se montri ainsi à découvert dans le même monument sous les apparences les plus dif£&rentes*
Il suffira maintenant d'indiquer bnèvament 4n quoi les principales cathédrales du Rhin ont modifié le principe que nous venons d'étudier dman odle qui semble leur avoir servi de modèle* Après avoir exercé dans les premiers siècles la suprématie politique et religieuse, Worms la perdit lorsque saint Boniface Teut transportée à Mayence; k temple qui fut construit, long- temps après 00 grand changement, dans la première de ces deux villes, n'est guère qu'une ré])éti(ion de celui que nous venons de considérer dans la seconde* Une nef 9 portant à chacune de ses extrémités une oou» pôle, accompagnée de deux tours ^ tel est k platt commun des deux monuments; comme dansTédî» fice de Mayence , dans celui de Worms , k choeur placé à l'occident est postérieur au baptistère qui est du côté de l'orient; l'apside polygonale du chœur, ornée de plusieurs roses et couverte d'un comble très aigu , présente le caractère déjà mitte de l'architecture du xm' siècle. L'extrémité orientale ^ ordinairement consacrée au baptistère, au lieu d'être terminée par une apside^ comme à Mayence^ alfecte la forme rectangulaire comme à Saint*tieorges de Cologne, et o£Eire dans aoa sévère
fi^ntitpict le eftr«Gtér« ftnmm Mcore fidèltmefit conservé. Cette pârëe, comparable pour sa beauté à Tapside ortetiiale de Mayence, me ^mble, comme elle, antérieure au xi* siècle ^ époque de mouvement «t de déviation ^ où le plan des deu:t cathédrales prit sa forme actuelle ^ où les coupoles et les polygones s'introdutairent dans les bâtiments, où le goùtdefe lignes simples et le soin des traditions latines eotttnencèreni à se perdre% Sur le côté méridional dé Téditlce de Worms s'ouvre un portail gothique chargé par le xv* siècle de figures grotesques. Ius« qu'à ce jour la foule des voyageurs a témoigné beaucoup plus d'admiration pour la naïveté tle ces caricatures que pour la mélancolique majestf dtt grand temple qu'elles déparent
Spire, qui y sous les Romains et sous les deux premières races des rois francs , partagea la fortune de Worms et de Mayence, possède une eathédrde semblable à celle de ces deux villes. On rapporte au commencement du xi* siècle, et on attribue à l'empereur Conrad le Salique, le premier projet de ce monument, qui ne fut achevé qu'en 1097^ par le petit*fils de son fondateur, par Temperetir Henri lY, le célèbre rival du pape Grégoire Vll« La coupole octogone, qui s'élève k l'extrémité orientale, est accompagnée d'une apside ronde qui parait exactement imitée de celle de Mayence. La nef est, à l'intérieur , d'un goàt à lu fois iévèff
4o8 D£ l'art en ALIAKAGNS.
et délicat; et comme Jes piliers sur lesquels die repose, et dont la date est ceotaine , sont plus déliés et plus ornés que ceux des nefs de Mayence et de WormSy il semble naturel de penser que ces der* niers appartiennent encore aux primitives constructions du x^ siècle, et signalent la finderarchitecture parement romane, tandis que les premiers marquent avec les coupoles l'invasion que les formes de l'art néo-grec firent dans le cours du xi* siècle. Sous le règne des empereurs de la maison de Saxe, la tradition antique avait continué à se maintenir; le goût oriental se propagea après l'avéneinent de la maison de Franconie , dont les tombes sont enfer* mées dans la cathédrale de Spire , comme pour mieux indiquer la révolution qui s'y accomplit.
Les grandes cathédrales qui se dressent au nord de Mayence présentent le type byzantin, atteignant, sous la maison de Hohenstaufen , au xn* et au xni* siècle , ses plus riches développements ; celles qui s'élèvent au midi de Spire montrent au contraire le même type subissant, sous la maison de Habsbourg, au XIV* et au xv* siècle, la domination tardive de l'art ogival. Cette différence profonde qui se fait remarquer entre les édifices religieux des villes du Rhin me parsut tenir non seulement à la diversité des époques de leur construction, mais encore au peudecommunication quelaFranceavaitau Moyen-
us GATHÉDBALCS DU RHUT. 499
Age avec le Bas-Rhin , et aux relations plus voisines qu'elle a toujours entretenues avec le Rhin supé^ rieur. Je vais examiner rapidement les deux séries de constructions que je viens d'indiquer, en commençant par celle qui présente le caractère de la .plus haute antiquité.
Baccharach , dont les coteaux portent les ruines gothiques du cloître récent de Saint-Werner , possède une belle église ûù le xu* siècle a employé toutes les formes dérivées du plein cintre. L'apside orientale est ronde, et ne trahit une époque avancée que par l'élégance des colonnes placées entre ses ouvertures, et par les riches accouplements des colonnettes de sa galerie supérieure.
L'église de Saint-Castor à Coblentz est un des plus anciens édifices religieux de cette contrée; eUe fut, à ce qu'il parait, fondée par . Louis-le- Débonnaire, en 83G; elle offre encore à l'intérieur des pilastres aux profils romains , et quelques chapiteaux corinthiens qui pourraient bien appartenir à l'époque de sa fondation. On sait qu'elle fut reconstruite en ioo4; et c'est sans doute de ce temps que datent l'entrée de la nef et le chœur qui est carré, couvert par des voûtes d'arête sans nervures, et terminé par une apside pleinement cintrée.. Ces caractères et l'absence des coupoles prouvent assez que la seconde édification du monument fut Élite sur les plans ordinaires du x* siècle qui ve**
4io M L*AiT m âumiâGin.
n&it à peine d>tpiref. Les granchw voûtet H la croisée , oii Togive se montre , sofit beaucoup plos modernes. Parmi les lombeauit qtie renferme cette église, celui qui porte la date de i338, et la lé^ gende Scnlasiicus y peut, à cause de ses sculptures peintes , passer pour un des sépulcres le» plus curieux du Moyen-Age. L'extéiieur de Tapside de Saint- Castor, quoique affectant la forma ronde, témoigne par les deux étages inférieurs de ta déco^ ration , et par les trèfles qui s'y mêlent , quHl doit être compté parmi les dernières œiiTres de Tart byzantin.
Assis dans son noir amphithéâtre de basalte, Andei^ach n'a point usurpé sa physionomie antique. Cette ville fut, dès le principe, après Trêves la seconde du pays; les rois mérovingiens y avaient un palais dont on ne voit plus que des tuines informes. L'église, qui a conservé le nom de Sainte-Geneviève, cette patrone de la France, y fut sans doute fondée par les enfanta du vain» qneur d'Attila. Dans sa forme présente , elle ofire un précieux modèle de la période byzantine; sa partie oricintale est terminée par une apside qui , quoique ronde , semble porter dans les ornements ingénieux de ses deux étages inférieurs , et dans la richesse de sa galerie , la marque du xii* siècle. Jjes deux tours carrées qui accompagnent cette apside, et le grand frontispice occidental où l'ogive
LU «É^iHteiAm tnt iHfir. 4^ i
M mêle à un des jeux les plut étonnants que puisse enfanter la combinaison des lign^ rondes ^ appar^ tiennent à une époque encore plus avancée. Ce* pendant labsence des coupoles , qui est notable dans oe grand vaisseau ^ parait indiquer que le plan avait été tracé avant la fin du xf siècle > durant la période purenient romane.
Zinzîg , qui doit eon origine et son nom à un diâtoau romain^ avait encore une certaine impor^ tance au temps de Frédéric BarberouSse, qui pos« sédait un padais dans cette ville. Son église paratt méacie postérieure au règne de ce prince ; on en fUt doter la fondation du commencement du xiii* siècle, ^apside orientale s'y découpe en un polygone dont chaque partie est surmontée d un fronton paiticu*lier te rattachamt k un comble commun. De ce morcriiement de la primitive forme romanei à la complu cation du chevet des cathédrales gothiques , la transition est facile et prompte. Un clocher octo* gone, paré aussi de nombreux frontons, surmonte le dôme de la croisée; de petites apsides, placées k l'extrémité det bas-c6tés , rappellent une époque plus ancienne et plus austère.
La cathédrale de Bonn , dont on attribue la ton^ dation à l'Impératrice Hélène, la mère de Gonstan* tin, fut rebâtie au xu* siècle » dont elle est, sans contredit) un des monuments les plus ornés et les plus conijrfeites. L'apside orientale , construite soir
de vastes développements , est composée ^ dans sa partie inférieure, de deux étages dont les pleins cintres sont divisés par des pilastres à Timitation des monuments antiques ; c'était déjà une sorte de renaissance de l'ancien rhythme rectiligne. Dans le fronton , auquel le comble de l'apside est appuyé y dans les deux tours carrées qui l'accompagnent , dans l'immense tour octogone qui s'élève au-dessus du dôme de la croisée^ le^ lignes rondes se mêlent et se multiplient avec un luxe qui annonce leur décadence. Le signe le plus évident de cette évolution suprême se trouve dans quelques fenêtres basses et larges dont les contours sont découpés en festons nombreux ; la double feuille de trèfle s'épanouît là sur sa tige orientale, d'où elle fut transportée durant le XIII* siècle sur les ramures occidentales de l'ogive. Un cloître byzantin, d'un aspect à la fois opulent et lourd , tombe en ruine au pied de cette cathédrale. Sans qu'il soit besoin de m'arréter de nouveau à Cologne, où j'ai montré par des dates authentiques que l'art byzantin était dans toute sa fleur à la fin du XII* et au commencement du xiii* siècle , je descends le Rhin jusqu'au bourg de Neuss, qui est situé en face de Dusseldorf , et qui nous offrira un dernier modèle de la véritable architecture rhénane. L'église de Saint-Quirin, autrefois consacrée à un chapitre noble , a pris sa forme actuelle en iao4; elle porte un dôme octogone^ reposant sur
t£5 CATHlJDRAtES DIT RRllf. 4^3
un plan carré , dont les trois faces postérieures s ou* vrenty comme dans la plupart des églises de Cologne, sur trois apsides rondes. Dans la nef, qui est courte et plus basse que le chœur, les arcades sont alternativement cintrées et ogivales ; la plupart des fenêtres affectent la forme vaste et les découpures byzantines qui se montrent à Spire et à Bonn, et qui semblent avoir fourni la première idée des roses gothiques. La façade est ornée à profusion de ces arcatures qu'on trouve aussi en Italie dans quelques églises du xiiie siècle, et notamment au dôme d'Orviette ; la tour est carrée , et la statue équestre de saint Quirin s'élève sur le dôo^ pour désigner aux yeux l'ancienne destination de cette collégiale aristocratique. *
Les édifices que je viens de signaler présentent, dans Surimposant ensemble^ un système de construction parfaitement ordonné , et propre à produire toutes les impressions^ depuis les plus simples et les plus austères jusqu'aux plus mêlées et aux plus fastueuses : le plein cintre , qui est le principe de ces monuments, y est traité de mille façons diversesqui devraient provoqueras méditations des artistes de notre temps. Le même élément a enfanté chez nous une architecture presque partout purement romane, qui a sansdouteplus de simplicité et de naturel dans l'ordonnance , mais qui a aussi moins de science, moins de grandeur, moins de richesse
4i4 I» ^'abt m ifxwiâqni.
que l'architecture byzantine, et qui surtout a «a
moins de durée et de moins nombreui^ développements, ayant été, presque dès $a naissance, étouffée et vaincue par rinnovadon de lardUtecture ogivale. Celle-ci, qui parut dès la fin du ii® siècle chez les lïormands,* parmi lesqueU Tarchitecture romane s'était aussi relevée dans les prfmières années du même siècle, ne s'avança jusqu'au Ahin, comme je l'ai montré» que vers le milieu du xnf siècle ; encore ai-je fait voir qu'alofs, dans la partie septentrionale de cette contrée, elle n'érigea que des monuments tout à*fait exceptionnels, tandis que l'ancienne arcbilecture byuntioa continuait à y être généralement cultivée par les confréries des artistes nationaux. Dans toutes les provinces du Bas^Rhin, il semble même que l'art nouveau de l'ogive n'a jamais pu se naturaliser , et qu'au x]ii« siècle, quand elles cessèrent de cultiver l'architecture du plein cintre, elles perdirent le pouvoir d'édiBer.
Il n'en fut point ainsi pour les provinces du Ilaut-Khin. Là, à peu de distance de notre Champa«gne, des églises commencées dans le style byzantin furent achevées dans le style ogival } le plus célèbre de ces monuments amphibies est la cathédrale de Strasbourg, à propos de laquelle on fait chaquejgur tant de belles phrases dénuées de sens. Si l'on en
croyait les Voyageurs qui ont appris Farchitecture dans les romans de nos poètes, cet édifice serait une de ces naerveilles, qui, coulées d'un seul jet par uo artiste créateur, font une révolution subite dana l'histoire de Tart. Il offre, au contraire, aux regards une œuvre laborieuse , successive , essentidlement diverse, et dont les parties les plus admirées sont le produit et Ip signal delà décadence. Une première église , construite sous Clovis dans le même empla«> cernent eft achevée par Charlemagne , fut détruite par le feu du ciel , sous le règne de ce dernier prince 6a 807. Les bases de la cathédrale actuelle furent posées en 101 5, par l'évêque Werner de Habsbourg; le chœur, qui remonte à l'époque de cette seconde fondation et le dôme octogone suspendu sur la croisée, sont parmi les plus riches morceaux que le style néo-grec ait produits, au xi* siècle, sur les bords du Rhin. La nef, qui est courte, comme dans toutes les constructions bâties sous Tinfluence byzan* tine , ne vit ses ogives s'élever que dans la dernière partie du xiii* siècle. A peine elle était achevée en 1275 ; et c'est alors seulement que maître Ervin de Steinbach, dont on a fait une sorte d'artiste en-« vironné d'une majeslésacerdotale» entreprit la eour struction du portail et de la tour, que son fils et sa fille poursuivirent après lui, qu'ils laissèrent euxmêmes inachevés, et qui ne furent menés au poini ou nous lea voyona que daina le courajat du :i^v«iiè-
4l6 .DE l'aAT Eir ALLEMAGNE*
de. Si on prend pour le plus sublime efFort de Tart le pouvoir d'élever des constructions humaines jusqu'au milieu des nuages, et pour la perfection du style ogival le goût insensé des lignes verticales, on doit convenir que l'immense page dessinée par maître Ervin de Steinbach est une des plus belles choses qui soient sous le ciel. Mais il y aura toujours des esprits assez fermes pour maintenir au-dessus de ces artistes qui s'illustrent parles tours de force de la décadence , ceux qui conçoivent , dans leur simplicité mâle et féconde', les formes essentielles destinées à servir , pendant des siècles, d'aliment au génie humain.
Sur la rive droite du Rhin , dans la capitale du Brisgaw, on voit un autre édifice gothique, renommé et remarquable , mais qui ne contrarie en rien les déductions que nous poursuivons ; jp veux parler de la cathédrale de Fribourg. La ville où s'élève ce monument n'existait pas avant les premières années du xii* siècle; ce fut seulement en 1118 qu'elle fut fondée par le$ seigneurs du château voisin de Zpehringen, lesquels s'étaient agrandis au milieu des guerres du sacerdoce et de l'empire. L'église elle-même, commencée vers le milieu du même siècle, ne fut achevée que dans le courant du xiii" siècle ; et encore au xiv' fit-on subir les modifications les plus graves au chœur, qui, comme l'annonce cette réparation même, devait