RÉSUMÉ ET CONCLUSION
sible aux sens est limitée nécessairement. La forme n'a donc de valeur possible que celle qu'elle emprunte du modèle qu'elle réalise au dehors ; lui seul la détermine, et sa beauté dérive de la sienne. Sitôt qu'elle s'en sépare , n'ayant plus en soi de principe de vie, elle devient un corps inanimé, une sorte de cadavre dont les traits peu à peu s'effacent, se décomposent, s'altèrent et blessent la vue qui les repousse avec dégoûta
Et puisque le Beau réside primitivement, essentiellement dans l'idée, dans le type, et non dans la forme qui manifeste le type, rechercher la forme pour la forme même, ou, en d'autres termes, réduire l'Art à l'un de ses éléments, la forme pure, ce n'est pas seulement le mutiler, c'est le détruire radicalement. La fonction de la forme est de rendre présent à l'esprit le modèle idéal , en dirigeant vers lui le regard interne, de l'exprimer en ce sens. Elle ne fait que cela, ne peut faire que cela. Et que seroit une forme qui n'exprimeroit rien ? Elle est le moyen, et non pas le but : le but, c'est la vision spirituelle qu'elle provoque, la pensée qu'elle suscite, le sentiment qu'elle éveille ; et la forme, dès lors, n'occupe dans l'Art qu'un rang subordonné ;
1. Figurez-vous la plus belle tête du monde, et que, rien ne changeant dans les formes matérielles, cette tête tout à coup devienne une tête d'idiot: que deviendra la beauté?
elle y est ce que, dans l'homme, le corps est à l'être véritable, à l'être intelligent et moral.
Des relations du type idéal et de la forme externe dérivent les lois générales de l'Art, lesquelles se spécifient dans les arts divers, expression des rapports de l'Art complet, essentielle Qient un, avec nos facultés diverses. Sur quoi, d'abord, nous fai- ! sons remarquer que les arts partiels, virtuellement contenus dans le premier de tous, l'architecture, en sortent par une évolution exactement semblable à celle des êtres dans la Création, et, en accomplissant leur développement spécial, conservent une intime liaison qui rappelle leur origine commune.
iSous montrons ensuite qu'ils se divisent en deux branches principales, les arts relatifs au sens de la vue, et les arts relatifs au sens de l'ouïe, entre lesquelles la danse, qui ajoute le mouvement à la statuaire et implique le rhythme musical, forme une naturelle transition. La première de ces branches comprend les arts plastiques et les arts du dessin ; la seconde se compose de tous les autres arts, depuis la musique jusqu'à l'éloquence. Eu traitant de chacun de ces arts particuliers, nous faisons voir que, quelle que soit la diversité des moyens qu'ils emploient, ils tendent tous au même but, s' aidant et se suppléant mutuellement, reposent sur les mêmes principes, se développent dans
nftSUMÈ ET CONCLUSION. 351
le même ordre, s'altèrent par les mêmes causes, et que, dans leurs phases variées, ils ne sont jamais que l'expression des croyances régnantes, qu'ils en suivent fatalement le progrès et la décadence, naissent avec elles, s'éteignent avec elles ; qu'ainsi, aux époques où aucunes croyances n'ont encore remplacé celles que le temps a usées, il n'existe proprement point d'art, ce qu'on appelle de ce nom n'étant ou qu'une froide et stérile imitation de l'art ancien, ou que d'impuissantes tentatives pour en créer un nouveau, la recherche inquiète d'une forme dont le modèle, vaguement pressenti, est encore inconnu. L'artiste alors, sans autre guide, sans autre appui que sa pensée, son inspiration personnelle, est lui-même le type idéal qu'il s'efforce de reproduire, type au moins imparfait, toujours obscur, incompréhensible souvent, et qui, ne correspondant à aucune conception générale des choses, à aucune foi vivante dans les âmes, n'y remue rien
de profond.
Telles sont les bases fondamentales de la philosophie de l'Art. 11 ouvre une sphère nouvelle à l'activité de l'homme qui de l'ordre de l'Utile passe dans l'ordre du Beau. Parvenu là, il s'élève encore. Après avoir contemplé le Vrai sous la forme sensible dans laquelle il s'incarne pour se révéler au sein de l'espace et du temps, il perce l'enveloppe
qui le voilait et le contemple, d'une vue immédiate, dans son éternelle essence. La Science naît, et la Science est le travail de l'homme s'efforçant de concevoir les phénomènes variables, relatifs, contingents, dans leurs causes immuables, absolues, nécessaires, ou de reproduire intellectuellement l'œuvre de Dieu, manifestation de Dieu même.
Ainsi, par l'Industrie, par l'empire qu'il exerce sur la Nature contrainte d'obéir à ses volontés, l'homme s'assimile, pour user de ce mot, corporellement la Création, il en fait comme une extension de son propre organisme. 11 s'associe par l'Art à l'action créatrice de Dieu, il exprime dans ses œuvres l'exemplaire divin, opère, selon la mesure de sa puissance, l'union du lini et de l'infini, réalise le Beau ; et comme, en s'assujettissant la Nature, il s'incorpore, il s'assimile la création phénoménale ; en réalisant l'archétype incarné en elle, il s'assimile ce divin modèle, qu'il ne sauroit reproduire s'il ne le possédoit en soi, s'il n'étoit devenu soi à un certain degré que détermine son progrès même. Par la Science enfin, continuant de pénétrer en Dieu, il se nourrit du Vrai, il se l'assimile, et participe ainsi toujours plus à la suprême intelligence. D'où l'on voit que, pour lui, se développer c'est s'unir à Dieu, et que le terme de son développeaient, s'il étoit possible qu'il eût jamais un terme,