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processus de fermentation occasionné par ces toxines, le parois artérielles réagiront et nous aurons lartérite.
Nous avouons bien volontiers que cette théorie d’infection par le bacille de Pfeiffer ou ses toxines, ne repose que sur des hypothèses. Les théories nouvelles sur les toxines et les antitoxiues, les recherches faites au point de vue de leur act'on sur Porganisme et leurs rapports avec les phénomènes chimiques et anatomiques ne nous permettent point de tirer une conclusion précise, dans l'ignorance où nous sommes, de la part respective prise par le microbe et sa toxine dans la production des phénomènes morbides.. Nous ne pouvons ici que préciser le problème, sans essayer de le résoudre, laissant à d’autres le soin de terminer d’une façon plus magistrale l’étude que nou: ne faisons qu'ébaucher.
La seconde question ayant trait à la genèse de l’artérite estencore plus complexe : est ce toujours le bacille de la grippe ou ses toxines qu’il faut incriminer, l'artérite peut-elle être produite par une infection sura- Joutée ? « Les examens bactériologiques sont tout à fait insuffisants pour résoudre la question, un seul a été pratiqué par Spilimann, qui dans un cas d’artérite consécutive à la grippe, décela le streptocoque » (Boisra-
mé) (1). Mais ce fait isolé n’a pas la valeur d’une preuve ; il s'agissait, dans ce cas, d'infection secondaire, rien ne prouve quil en soit toujours ainsi, malheureusement,
c'est le seul examen bactériologique qui ait été fait
(1) Boisramé. Thése. Paris, 1899.
pour l'artérite grippale, nous n’avons pour conclure que des points de comparaisons.
Si nous regardons les examens bactériologiques qui ont été faits dans les cas d’artérites succédant aux autres maladies infectieuses, en particulier aprés la fièvre typhoïde, nous voyons que « dans presque tous les cas où les artères des membres inférieurs sont atteintes, leur inflammation relève d’une infection surajoutée. Parfois, c’est le pneumocoque (Mercandino) que l’on rencontre, le plus souvent c’est le streptocoque ; ce microbe à été trouvé par Vaquez chez un typhique et un tuberculeux (Roger et Gouget) ». (1)
Ces expériences, on le voit, font perdre singuliérement du terrain à la théorie de l'artérite par action exclusive du bacille de Pfeiffer ou de ses toxines et, quoi qu’elles ne s’appliquent pas à la grippe et n'aient, par conséquent, qu'une valeur relative, nous croyons pouvoir admettre, en nous appuyant sur l'expérience de Spillman et Etienne, que les agents d'infection secondaire prennent un rôle prépondérant dans la pathogénie de l'affection.
Nous sommes loin, on le voit, de la théorie soutenue par Mornet en 1892, qui, tout en admettant ce rôle prépondérant de l'infection, admettait la lésion primitive du sang et concluait ainsi, à propos du mécanisme de la gangrène :
« La gangrène se produit quelquefois par embolie, mais plus fréquemment par le mécanisme de la throm-
(1) Brouardel et Gilbert. Traité de Médecine.
bose artérielle, sans lésion primitive de la paroi. La coagulation est favorisée à la fois par les altérations du sang, par la diminution de la force d’impulsion du cœur, par l’action des toxines grippales sur le système vaso-moteur ».
L’altération sanguine ne nous parait pas suffisante à expliquer la coagulation spontanée du liquide dans les vaisseaux sans altération préalable des parois. Certes, dans la grippe, ce sang peut, comme dans la plupart des maladies infectieuses, subir certaines altérations, mais l'infection grippale ne porte pas de grandes atteintes à sa composition et nous pouvons dire, avec Lancereaux, que : « l’obturation spontanée des artères ou thrombose marastique (Wirchow) est à peu près impossible, nous devons même aller plus Lin et dire que la coagulation du sang est toujours sous l'influence d’une lésion quelconque des parois du vaisseau, lésion dépendant elle-même de l’action des micro-organismes ou de leurs toxines, mais il y a certaines causes prédisposantes : une altération ancienne du vaisseau, une inflammation du voisinage, une lésion organique du cœur favorisant dans les capillaires la stase sanguine et, par conséquent, le contact prolongé de élément infectieux. L'influence du froid, du traumatisme, mais, à ce point de vue, nous ne croyons pas devoir donner au traumatisme le role que semble vouloir lui faire jouer Boisramé; son observation, d’ailleurs, est la seule dans laquelle il paraît avoir une certaine influence. Nous croyons que la fatigue des jambes, alors que le malade commence à marcher, dans la convalescence de la grippe, doitéêtre
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miscau premier plan, elle expliquerait d’ailleurs la localisation plus fréquente de l'artérite sur les membres inférieurs.
Nous avons complétement laissé de côté la théorie de la thrombose par embolie septique. Certes, comme nous l'avons déjà dit, des débris de valvules ou de végétations, des plaques d’endartéritepeuvent, apréss'’être détachées, jouer le rôle de corps étrangers et apporter dans les arières en même temps qu’un obstacle mécanique à la circulation sanguine les colonies microbiennes, fixées à leur surface, produisant ainsi la thrombose, mais nous n'avons pas affaire ici à des lésions d’origine grippale. ,
Dans l'observation de M. Rendu, que nous reproduisons plus loin, quoique chez sa malade les phénomènes de gangrène puissent être attribués de préférence à la pneumonie qu’à la grippe, iln'v a pas eu, paraît-il, à l’autopsie, trace d’artérite, ce qui a permis à M. Rendu de conclure à une coagulation primitive dans le ventricule gauche et à la formation consécutive d’embolies septiques; pour lui, cette observation prouvait que l’endartérite n'était pas nécessaire à la production de la thrombose, mais que celle-ci pouvait résulter d’une altération primitive du sang.
Berthier, dans un travail sur les gangrènes des extrémités dans la pneumonie, écrit, à propos de la coagulation primitive du sang : « Le sang dont écoulement est rendu plus difficile par la faiblesse des contractions du muscle cardiaque dégénéré stagne dans les oreillettes; à chaque révolution il est battu et comprimé par
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les parois auriculaires; les sillons et les saillies de ces parois jouent alors absolument le même rôle que les crins de balai avec lesquels on frappe le sang pour le défibriner. La fibrine s’amasse, s’aplatit et s'étale sur la paroi auriculaire, de nouvelles couches viennent se surajouter et grossir les premiers caillots.... D'ailleurs, dans la pneumonie plus que dans toute autre maladie, le sang ne demande qu’à se coaguler. » Berthier (1).
Evidemment cette théorie est très ingénieuse, mais elle a, à notre avis, le grand tort de ne pas être suffisamment prouvée; le serait-elle, d’ailleurs, pour la pneumonie, que pour la grippe elle rentrerait encore dans le champ des hypothèses.
Avant de terminer l'étude de l’étiologie et de la pathogénie de l’artérite grippale, nous tenons à signaler les expériences de MM. Teissier, Roux et Pithion, citées déjà par Mornet. Ces expérimentateurs ont réussi à produire la gangrène des oreilles d’un lapin par inoculation intra-veineuse de sérum sanguin recueilli chez une malade atteinte de grippe et dont le sang contenait, selon ces auteurs, le bacille grippal (Archives de médecine expérimentale, sept. 1892) ; nous citons plus loin cette observation toute entière parce que les résultats de cette expérience nous semblent avoir une certaine importance en ce qu’ils tendent à montrer le mécanisme de la gangrène symétrique des extrémités, à la suite de l'infection grippale. Nous n’y attachons point, cependant, l’importance qu'a semblé vouloir lui attribuer Mornet, parce
(1) Berthier. Thèse. Paris, 1899.
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qu'il n’est pas suffisamment prouvé que le microbe de Teissier, Roux et Pithion soit le bacille de Pfeiffer; pour M. Netter, ce microbc offre certaines analogies avec le pneumocoque, le streptocoque, le bacille de Pfeiffer, mais on ne saurait l'identifier avec aucun d’eux (Netter).
Mais avant d'examiner cette question, il nous faut tâcher de comprendre le mécanisme même de la gangrène. Îl est vrai que le mode de production de la gangrène na rien de particulier avec Partérite grippale, et que nous en sommes réduits à considérer les expériences faites pour d’autres infections.
On a injecté le streptocoque, le staphylocoque, le bacterium coli, le bacille d'Eberth ou seulement leurs toxines, et on est arrivé à provoquer non seulement l'inflammation des tuniques des vaisseaux, mais souvent même consécutivement là gangrène.
Roger qui, en particulier, a pratiqué sur des lapins des injections de cultures de streptocoques a cru pouvoir tirer des résultats de ses expériences les conclusions suivantes :
« La gangrène provoquée par l'artérite des membres peut être due à une infection mixte, à laquelle prennent part l'agent qui a provoqué l'inflammation de l'artère et les microbes venus de l'extérieur; dans d’autres cas, l'infection est mono-microbienne, le streptocoque, à lui séul est capable de déterminer l'inflammation de l’artère, la thrombose et la gangrène consécutive. »
Ces faits expérimentaux n'ont pas, encore une fois, trait à l’artérite de la grippe, nous avons cru intéressant de les citer, nous allons maintenant rapporter en entier
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Ja curieuse expérience de MM. Teissier, Roux et Pithion, qui, elle, se rapproche davantage de notre question.
Gangrène des deux oreilles proïuite chez le lapin par inoculation intra-veineuse de sérum sanguin recueilli chez une malade atteinte de grippe et dont le sang contenait la diplobactérie grippale.
(Archives de médecine expérimentale, sept. 1892)
Le 3 mars 1892, nous appliquouns sur le thorax d'une de nos malades atteinte de broncho-pneumonie grippale, une ventouse flambée à l’éther, la peau ayant été préalablement désinfectée el scarifiée. Le sang est recueilli dans un tube stérilisé; quarante-huit heures après le sérum est séparé du caillot : on y constate au microscope quelques diplobactéries mobilisées ; mais ensemencé dans du bouillon, il n’a provoqué le développement d'aucune culture ; donc ii peut être considéré comme stérile.
Le 5 mars, 7 centigrammes de ce sérum sont inoculés dans Ja veine auriculaire d'un lapin de 1 Kk.875. Les températures. le matin et le soir de l'expérience, sont de 38°,8 et 38,5, Le lendemain, mêmes températures normales, mais on commence à apercevoir sur les deux oreilles un ædème violacé et sur l’une d'elles, la droite, une plaque livide, qui le 7 mars a l'air de se limiter et de revêtir l'aspect gangréneux.
Le même jour, la température s’est élevée de plus d'un degré 39 8 et 39°9. Le 8 la température est à 40°5 et sur l'oreille gauche deux plaques de gangrène se montrent également. On retire alors, au niveau de l’æœdème et du même côlé, avec toutes les précautions antiseptiques, de la sérosité qui est ensemencée dans du bouillon simple et du bouillon glycosé; an microscope cette sérosité contient des globules rouges, des hématoblastes en grande quantité el quelques bacilles très mobiles, dont quelques-uns en diplocoques,
*Le 10, l’état général de l’animal commence à s'améliorer, il mange bien ; l'œdème diminue, mais l'oreille est chaude et les plaques de sphacèle, plus riches, semblent se limiter.
On retire alors de l'oreille droite avec une pipette stérilisée un centimètre cube de sérosité que l’on injecte dans le tissu cellulaire de l'oreille d’un autre lapin, mais sans aucun résultat.
Le 15 mars, l'oreille gauche du lapin est desséchée; la droite désenflée mais détruite et sphactlée à son extrémité, un abcès avec large décollement de la peau se voit en plus à la base du pavillon. D'ailleurs, à partir du 10 mars, la température était normale autour de 38 degrés et l'animal peut être considéré comme guéri.
Il est à remarquer que le lapm a été inoculé dans une oreille et a présenté cependant une gangrène symétrique des deux extrémités; ce fait tend à montrer l’action des toxines sur les centres vaso-moteurs. Nous savons, d’ailleurs, que la grippe à une énorme influence sur le système nerveux et l’action des microbes et des toxines sur ce dernier nous permettrait de comprendre la gangrène symétrique observée parfois et nous donnerait en même temps l'explication « des modifications cutanées, telles que, pâleur des lèvres, éruptions scarlatiniformes, érythéme, urticaire, taches hémorrhagiques, purpura, observées par un grand nombre de médecins » [Mornet] chez des malades atteints de grippe.
Mais, cependant, hâtons-nous de dire avec M. Dejerine que, dans la genèse de la thrombose, l’action du systéme nerveux nous paraît tout à fait secondaire; certes, ce dernier, en agissant sur le muscle cardiaque,
est capable de produire un spasme des vaisseaux et d'apporter ainsi des troubles dans la nutrition des parois artérielles, cette influence du système nerveux peut prédisposer à l’artérite, mais ne nous semble pas capable à elle seule de provoquer le processus inflammatoire qui aboutira à la thrombose.