‹ De l'artérite aiguë au cours de la grippeChapitre 11 sur 19 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Étude clinique

Si, en étudiant toutes les observations que nous reproduisons plus loin, nous en examinons les caractères cliniques, nous voyons d’abord que lartérite grippale ne se différencie guère de l’artérite infectieuse en général, de Partérite typhoïque en particulier, aussi nous en décerirons brièvement la symptomatologie, renvoyant le lecteur aux descriptions plus complètes de Potain, Leyden, Barié et Mornet; nous ne pourrions, d’ailleurs, que reproduire ce qui a été dit avant nous.

Le premier caractère qui nous frappe, c'est celui de la rareté de cette complication, comparée au nombre innombrable de malades atteints de grippe; sa prédilection pour le sexe masculin, puisque, sur dix-huit observations, nous trouvons seulement cinq femmes. Nous voyons qu’elle apparaît surtout au-delà de trente ans, alors que les artères peuvent être déjà altérées, qu’elle a une prédilection très nette pour les artères

des membres inférieurs, qu’elle revêt le plus souvent la forme unilatérale, mais qu'elle peut cependant revêtir la forme de la gangrène symétrique.

Au point de vue des antécédents pathologiques de nos malades, nous voyons que presque tous étaient en boune santé avant leur attaque de grippe. Comme traces de lésions cardiaques, les malades des observations IV et V en ont seuls présentés et encore étaientelles bien peu prononcées.

Ni diabète, ni paludisme, ni cachexie cancéreuse; dans deux observations, XIITet X VIII, celles de notre malade, les urines ont, à un moment donné, contenu du sucre, mais cette glyvcosurie ne fut que passagère, pour notre malade, en particulier, les examens répétés auxquels nous nous sommes livrés n’ont pu en déceler à nouveau. D'ailleurs, comme l'avait déjà fait remarquer Mornet en 1892, à propos d'un cas semblable, la glvcosurie passagère n’est pas rare dans les maladies infectieuses.

Dans un cas, nous voyons la syphilis, dans deux autres, Palcoolisme, dans un autre nous trouvons la chlorose.

L’urine de cinq malades contient de lalbumine, néphrite probablement d’origine grippale.

En résumé, les antécédents pathologiques nous paraissent avoir sur la pathogénie de l'affection une influence bien relative.

La période de la maladie où nous voyons le plus souvent survenir l’artérite est la période de convalescence, elle peut même apparaître très tardivement, une seule

fois dans le cas rapporté par Sydenham, observafion VII, le malade fut frappé dans la période de début. Pour notre malade, les phénomènes d'artérite se sont manifestés au moment où, presque guérie, elle se disposait à quitter hôpital.

Nous remarquons encore la facon brusque avec laquelle apparait l’artérite : en général, le malade, et c'est le cas pour la nôtre, a subitement une sensation très nctte d’engourdissement,

« Dans la nuit du 21 février, la malade ressentit dans son pied gauche quelques fourinillements, quelques élancements et une sensation très marquée d’engourdissement. Ayant pris, dit-elle, son pied entre ses mains, elle constata qu'il était-un peu gonflé, froid, insensible, dur comme du bois {suivant son expression) et märbré de taches bleuñtres. »

Il n’y avait pas encore de douleur, mais elle va bientôt apparaître, le plus souvent, c’est elle qui ouvre la scène, exagérée par la pression, exactement localisée sur le parcours et dans le territoire de l'artère enflam mée. C’est ce caractère qui permet de distinguer la douleur de lartérite de celle produite par les myalgies ou névralgies si fréquentes dans le cours des maladies infectieuses.

Cette douleur, parfois assez violente, comme chez notre malade, pour nécessiter des injections de morphine, s'accompagne d'abaissement de température dans la région; la peau change de couleur, présente des taches bleuûtres, noirûtres, mais ces modifications de coloration de la peau, n’indiquent pas forcément le

Do

sphacéle ultérieur, contrairement à l'opinion émise par Barie (1); chez notre malade, tout le pied gauche a présenté ces changements de coloration, et le sphacèle s’est limité aux deux premiers orteils.

Ces modifications d'aspect de la peau nous paraissent dues à la stase du sang veineux dans les capillaires de la peau et, par conséquent, à l'arrêt de la circulation artérielle. À cet arrêt va bientôt succéder la mortlification des tissus, la douleur mal localisée par le malade, siège sur le pourtour de la partie mortifiée, là où il existe une zône d’hypéresthésie, signalée déjà par Mornet en 1892 et que nous avons constatée chez notre malade.

Les battements de l'artère disparaissent au-dessous de la lésion, c’est le signe pathognomonique de l’oblitération, signe pas toujours facile à constater. Cet arrêt de la circulation peut n'être que passager, présenter des intermittences, (observation de Mornet) et le rétablissement du courant sanguin, empêche alors le sphacéle.

Si l’oblitération persiste, la portion de membre située au-dessous, mais plus spécialement le territoire irrigué par l’artère, prend un aspect gangréneux, se colore de taches bleuâtres ou noirâtres et peu à peu se sépare très nettement des parties saines par un sillon inflammatoire dont la profondeur s’accentue.

Cette gangrène a les caractères de la gangrène sèche, parce que les veines et lymphatiques qui ne sont pas

(1) Barie. Revue de Médecine, 1884,

oblitérés dès le début et restent quelquefois indemnes jäsqu’à la fin de la complication « peuvent entraîner les fluides qui imprégnentles tissus » (Hirtz, Strauss) ; dans la phlébite, au contraire, l'oblitération précoce des veines et lymphatiques produirait la gangrène humide. j

À cette phase du processus morbide, ou bien la gangrène parfaitement localisée tend à Pélimination de la partie mortfiée et ne trouble guère l'état général du malade, ou bien la température monte, l’adynamie, la prostration s’accentuent, le malade présente tous les signes d’une affection aiguë généralisée et la mort arrive très rapidement.

Aussi, le pronostic de cette complication de la grippe est sombre; sur quinze observations complètes, nous avons Six morts. :

51 le malade ne succombe pas, les pa:ties sp'acélées tendent à s’éliminer, le sillon qui sépare la partie saine de la partie malade s’élargit peu à peu, se creuse, la température redevient normale et la guérison se fait, mais avec une lenteur déscspérante, à moins que le traitement chirurgical ait tenté d’en abréger la durée.

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