CHAPITRE IV
Diagnostic et pronostic
Nous avons voulu, dans un même chapitre, réunir le diagnostic et le pronostic de l'affection; ce chapitre sera forcément très court, puisque toute la symptomatologie a été résumée dans le chapitre précédent; cependant, nous croyons utile d'esquisser les caractères qui la différencie des autres maladies avec lesquelles, à la rigueur, on pourrait la confondre.
C’est peut-être la phlébite qui pourrait être le plus souvent cause d'erreur, mais, outre que cette complication cest très rare dans le cours de la grippe, elle revêt dus caractères tout à fait distincts.
Dans la phlébite, la peau prend une coloration blanche, devient plus chaude, se couvre de lignes bleues formées par la circulation veineuse, développée en excès, et l’æœdème est bien plus prononcé, puisqu'ici il y a obstacle, non pas à l’arrivée, mais au retour du sang.
Avec une arthrite purulente, l'erreur pourrait étre
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commise, mais l’examen attentif de la région articulairé lèvera tous les doutes.
Dans la myalgie, les névralgies, les douleurs peuvent se ress :mbler, mais leur localisation diffère.
D'ailleurs, la marche des accidents ne nous laissera pas longtemps dans l'indécision; une fois l'apparition des taches, des marbrures, notre diagnostic s'imposerait.
Quant au pronostic, il revêt, ainsi que nous l'avons déjà dit plus haut, un caractère très grave; si la terminaison fatale n’est pas toujours la règle, l'artérite grippale laisse à la suite de son passage des désordres irréparables; elle n°2 le cède en rien sur ce point à l'artérite typhoïque.
Sur quinze Cas que nous avons réunis, six se sont terminés par la mort, et celle-ci résulte, tantôt d'une nouvelle localisation du germe infectieux, tantôt de la résorption des produits septiques occasionnant une septicémie généralisée.
Dans les cas où le processus inflammatoire se localise à une faible portion de membre, il est évident que le pronostic devient moins sérieux.
En résumé, sur quinze malades dont nous avons les observations complètes, nous trouvons six décès, sept malades ont dù subir l’amputation du membre atteint d'artérite, quatre ont guéri spontanément et chez deux on à vu la résolution du thrombus avant l'apparition des accidents.
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Traitement
En passant en revue les indications thérapeutiques, nous devons surtout nous placer au point de vue chnique, le mécanisme de l’artérite grippale étant encore trop complexe pour que nous puissions en différencier pour notre thérapeutique les modalités pathogéniques. Une fois le diagnostic bien établi, et nous avons vu que celui-ci était en général facile, nous devons nous occuper des indications thérapeutiques les plus urgentes, la première de toutes sera, à notre avis, la douleur, car, quand ce syndrome existe, ce qui est presque toujours la règle, il prime tous les autres; et puis nous devons d'autant plus nous efforcer de soulager notre malade que toute notre thérapeutique n'aura pas grand effet sur la marche ultérieure de la gangrène.
La première indication est d’immobiliser d’une façon absolue le ou les membres atteints, et, dans ce but, on devra se servir de gouttières ouatées.
Il est à remarquer que les malades accusent presque
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toujours une sensation de froid, plus spécialement limitée aux parties malades, la ouate conservera la chaleur du membre.
Directement sur la peau et surtout au début de l’artérite, on appliquera des compresses humides chaudes, recouvertes de taffetas gommé, dans le but d'essayer de ramener la circulation interrompue.
La douleur pourra être combattue par l’application de pommade et liniments calmants.
Robin (1} préconise la formule suivante :
VaSelinene rester nes nee ete aà !
BARON OS sertie ee ce as Essence de térébenthine....,...... 3à4gr.
Acide salieylique ...... Dot tone D HITIONGTe
Extrait de belladone....... 0. M0 10eentigre
Ou bien les applications de :
Salicylate de Methyle ..,........ gs
Les injections de morphine seront réservées pour les cas où la douleur revêt une acuité extrême.
Etant donnée la nature infectieuse de l'affection, il sera indispensable de faire une antisepsie rigoureuse, mais il faudra, dans ce but, ne se servir que de solutions ou pommades faiblement antiseptiques, proscrire sévèrement l'acide phénique, capable à lui seul de déterminer des plaques de gangrène.
L'acide borique à demi-saturation, la résorcine à 2
(1) Robin, Traité de thérapeutique appliquée. T. 2, p. 223,
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ou 3 p. + sont pour le professeur Robin, les meilleurs antiseptiques à employer.
Alors qu'on ignorait le mode pathogénique de j’artérite grippale, que les microbes n'étaient point connus et que, avec Trousseau le caillot jouissait dans la pathogénie d’un rôle prépondérant, on essayait par Padministration des alcalins et de boissons abo:dantes, de fluidifier le sang afin de dissoudre ainsi le ou les caillots formés, il nous semble, aujourd'hui que la théorie de l'infection paraît nettement établie, plus important de mettre l'organisme en meilleur état de résistance par l'administration des préparations toniques : fer et quinquina.
Nous disions tout à heure qu’on ne réussit pas en général à limiter la gangrène, cependant nous devons citer les essais du professeur Bouchard.
« Dans un cas de gangrène typhique, Bouchard tenta d'obtenir la momification aseptique du membre atteint par des injections interstitielles de créosote et obtint, parait-il, des résultats excellents ».
Quant au traitement chirurgical, nous devons reconnaître qu'il n’a pas donné des résultats bien brillants, ce quis’explique d’ailleurs par la difficulté de bien délimiter la lésion parle mauvais état des malades, profondément adynamiques et intoxiqués, par l’altération des tissus sur lesquels portera l'intervention; cependant, il est loin d’être à négliger, il est des cas d’artérite grippale où ce serait folie d'essayer une intervention, ceux dans lesquels par exemple, la lésion remonte trés haut, où les vaisseaux sont oblitérés au dessus des collatérales.
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Dans legs cas où l’artérite ou le sphacèle tendent à se localiser à un où deux orteils par exemple, nous croyons, d accord en cela avec Berthier (1) qu’ilest préférable de rester dans l’expectation, sauf 4 intervenir pour compléter la séparation des tissus en débarrassant le membre des parties sphacélées, danger permanent de septicémie ; mais pour cette intervention il sera préférable de s’en tenir aux limites même du mal, une amputation au lieu d'élection, par conséquent quelquefois bien plus haut que la lésion, risquant de provoquer des délabrements plus considérables.
Enfin, il nous semble qu'on pourrait appliquer, aux gangrènes des extrémités à la suite d’artérite grippale, la méthode dite d’embaumement qui, entre les mains de M. le docteur Reclus a donné de si beaux résultats.
Nous ne parlerons que pour mémoire des tentatives de Sévéréanu qui essaya de dissocier le caïllôt en cautérisant l’artère obstruée au moyen d’une sonde molle.
En résumé: le traitement de l’artérite aiguë au cours de la grippe se résume à bien peu de chose et peut se formuler ainsi :
19 Immobilisation absolue du membre, préalablement entouré de compresses antiseptiques chaudes, recouvertes de taffetas sommé et placé dans une gouttiére.
2 Antisepsie plus complète, s'il y a plaie, au moyen de bains antiseptiques ou d'application de pommades antiseptiques.
(1) Berthier. Gangrène des extrémités dans la pneumonie. Thèse. Paris, 1899.
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. 80 Tonifier le malade au moven de préparations de quinquina, fer, glycéro-phosphates et kola.
4 Traitement chirurgical enfin, si le sphacèle est étendu et s’il y a opportunité d’une intervention.