OBSERVATION V
Arthrite hlennorrhagique de l’articulation radio-carpienne gauche. — Immobilisation immédiate. — Guérison sans ankylosé.
(Communiquée par le Dr Bouilly.)
La nommée D..., âgée de -il ans, couturière, entre le 28 juillet 188 0^ salle Sainte -Marthe, n° 13, à l'Hôtel-Dieu, service de M. Cusco, remplacé par M. Bouilly.
Cette femme, bien constituée, de bonne apparence, a eu, il y a
treize ans, une affection de la hanche droite qui s’est terminée par ankylosé de l’articulation après quatre mois de séjour au lit et six de marche avec des béquilles. On ne constate aucune trace d’incision ni de fistules anciennes dans la région de la hanche.
Le 24 juillet, cette malade commença à éprouver des douleurs vagues dans le poignet et la main du côté droit; le lendemain, la douleur et le gonflement se prononçaient dans le poignet gauche, tandis que le cûté droit était moins douloureux.
La malade se présente à la consultation de l’hôpital le 28 juillet et est reçue le même jour.
Elle est très abattue, très souffrante, présentant de la fièvre et n'ayant pas eu de repos depuis que le poignet gauche est envahi.
Toute la partie inférieure de l’avant-bras et la face dorsale de la main présentent un gonflement inflammatoire énorme; les téguments de ces régions sont tendus, rouges ; le dos de la main est le siège d'une tuméfaction considérable, avec œdème s’étendant jusqu'à la racine des doigts. Le poignet est devenu tout à fait cylindrique; le gonflement est plus notable à la face dorsale et l’œdème s’étend sur l’avant-bras jusqu’à sa moitié supérieure.
La palpation est extrêmement sensible dans tous les points tuméfiés; elle révèle une fausse fluctuation œdémateuse; la douleur est surtout vive dans la région dorsale du poignet. Les mouvements spontanés de la main et des doigts sont tout à fait impossibles; les mouvements provoqués arrachent des cris à la malade , surtout la flexion des doigts qui tiraille les tendons extenseurs. La première impression qui résulte de l’aspect de ce membre est qu’il s’agit d’un véritable phlegmon diffus commençant de la main et de l’avantbras; la couleur et la tuméfaction des téguments rappellent tout à fait ces angéioleucites phlegmoneuses graves si fréquentes au membre supérieur.
11 n’y a pas d’engorgementganglionnaireniépitrochléen maxillaire.
Les doigts ne sont le siège d’aucune écorchure ni d’aucun phénomène inflammatoire.
Je n’hésite pas à croire d’emblée et d’annoncer qu’il s’agit là d’une synovite blennorrhagique articulaire et périarticulaire (synovite des gaines des extenseurs et radio-carpienne). L’atteinte légère et transitoire du côté opposé et l’aspect même des phénomènes locaux, le souvenir récent de faits analogues, me portent à formuler ce diagnostic.
L’exarnen de l’urèthre vient immédiatement le confirmer : la
pression du doigt en fait sourdre une grosse goutte de muco-pus verdâtre; le vagin est rouge, enflammé et le siège d’un écoulement abondant.
Le lendemain de son entrée, la malade a le poignet immobilisé dans une gouttière plâtrée étendue depuis le pli de flexion métacarpo-phalangien jusqu’à la partie supérieure de l’avant-bras. La partie laissée à nu est recouverte d’ouate laudanisée.
L’amélioration fut très rapide au point do vue des douleurs, que l’immobilisation fit presque immédiatement disparaître.
Mais le gonflement de la région radio-carpienne et la sensibilité à la pression au niveau de l’interligne, ainsi que la douleur au niveau des extenseurs par la flexion provoquée des doigts, engagèrent à maintenir la gouttière longtemps en place avec une compression ouatée-silicatée.
Pendant longtemps, en imprimant de légers mouvements de flexion au poignet, on sentait des craquements articulaires, gros, bruyants, comme si les surfaces articulaires étaient érodées.
L’appareil ne fut enlevé qu’au 54e jour.
Le gonflement inflammatoire est tout à fait résolu; la peau est sôclie et ridée, les muscles de l’avant-bras sont très atrophiés.
Les mouvements spontanés sont impossibles, les articulations des phalanges ne sont que très peu raides, à cause de la liberté laissée aux doigts dans l’appareil et les mouvements fréquents qui leur ont été imprimés; on peut faire exécuter au poignet des mouvements de flexion et d’extension assez étendus et peu douloureux; mais l’articulation paraît sèche et donne lieu à des frottements marqués.
La région dorsale du poignet présente un gonflement surtout marqué au niveau des extrémités articulaires et dont il est difficile de déterminer la nature. Il est profond, étalé, diffus et semble faire corps avec les surfaces osseuses; il existe non seulement au niveau du radius et du cubitus, mais aussi au niveau du carpe et surtout dans la région du scaphoïde.
La malade part le o octobre au Yésinct, avec la recommandation expresse d’imprimer des mouvements à son poignet et à ses doigts et de se faire électriser les muscles de l’avant-bras.
11 novembre. Elle rentre à l’Hôtel-Dieu le 11 novembre pour une chute qu’elle a faite et dans laquelle elle a légèrement contusionné sa hanche droite, autrefois malade et actuellement ankylosée.
L’atrophie des muscles de l’avant-bras et le gonflement dur de la région radio-carpienne persistent au môme degré; mais il y a une
grande amélioration dans l’étendue des mouvements do flexion et d’extension du poignet, qui déterminent encore des frottements articulaires. — Je conseille de faire électriser régulièrement les muscles de l’avant-bras, que leur atrophie rend incapables de mobiliser l’articulation du poignet, qui reprendra certainement ses fonctions si elle retrouve ses agents moteurs naturels, qui pour ce moment font grand défaut. — État général excellent.