OBSERVATION IV
Arthrite blennorrhctcjique sterno-claviculaire. — Immobilisation. —
Guérison.
(Observation personnelle.)
Veillet (Annette), 23 ans, femme de chambre, entre le 10 janvier 1880, salle Sainte-Marthe, lit n° 11.
Cette malade vient de la salle Sainte-Joséphine, service de M. le docteur Fernet, où elle était entrée le 3 décembre 1879, pour une douleur de la région sternale au niveau de l’extrémité interne de la clavicule gauche, douleur accompagnée de gène dans les mouvements du bras.
Aucun antécédent scrofuleux ni syphilitique. Pendant son enfance, elle n’a eu que des maladies accidentelles.
Dernièrement elle a été soignée pour une fièvre typhoïde, du 8 août au 8 octobre 1879, à l’hôpital Tenon, service du docteur d’Heilly.
A sa sortie de l’hôpital, elle a passé trois semaines dans une maison de convalescence; le 27 octobre, elle a repris son travail; elle était alors parfaitement rétablie.
Un mois après, vers le 23 décembre, elle fut prise de douleurs dans l’articulation du genou gauche, sans gonflement ni rougeur, mais assez fortes pour rendre la marche impossible pendant deux jours.
En môme temps survenait un léger accès do lièvre avec frissons répétés.
Au bout de deux jours les douleurs du genou disparurent complètement, et c’est alors qu’un matin, au réveil, la malade éprouva une gène dans les mouvements du bras gauche, avec retentissement douloureux du moindre mouvement au niveau de l’extrémité interne de la clavicule correspondante. Elle fut obligée de cesser tout travail et de se coucher, les douleurs étaient tellement vives que les moindres déplacements lui arrachaient des cris. En même temps survenait un gonflement étalé, diffus, au niveau de l’extrémité interne de la clavicule gauche, avec légère rougeur des téguments et douleur vive à la pression.
Le 30 décembre, la malade entre à l’hôpital dans le service de M. Fernet, où pendant plusieurs jours elle prend du salicylate de soude à la dose de 4 grammes sans qu’aucune amélioration se fasse sentir.
État actuel. — On trouve à gauche de l’extrémité supérieure du sternum et empiétant en partie sur cet os une tuméfaction étalée, très peu saillante, présentant une étendue transversale d’environ 6 à 8 centimètres et une surface verticale un peu moindre, limitée exactement en haut par le bord supérieur de la clavicule, en bas par le bord supérieur de la troisième côte gauche, à droite par la partie moyenne du sternum, s’étendant à gauche jusqu’au niveau de l’union du tiers interne et des deux tiers externes de la clavicule. A la périphérie, la tuméfaction se perd insensiblement sur les parties voisines.
Aucun changement de coloration delà peau, si ce n’est une légère teinte rosée à peine perceptible. Aucune varicosité.
Dans toute l’étendue de la tuméfaction, mais surtout au niveau de l’articulation sterno-claviculaire, sensation très nette de fluctuation.
La pression sur les limites extrêmes de la tuméfaction est indolente. Sur la clavicule, aucune douleur, tant qu’on n’est pas arrivé au niveau de l’extrémité interne. En ce point douleur vive, très circonscrite. Si on essaye de limiter exactement la région douloureuse, on voit qu’elle répond à une petite surface de l 'étendue d’une pièce de 2 francs, dont le centre n’est autre que l’interligne de l’articulation sterno-claviculaire.
Rien k la pression de la deuxième articulation chondro-sternale, — rien non plus à la troisième côte.
Les mouvements du bras en avant, en arrière et en dedans ne
sont aucunement gênés ni douloureux. Le mouvement d’élévation, au contraire, est empêché et réveille une douleur très vive au niveau du point tuméfié. Ce n’est qu’avec la plus grande difficulté que la malade arrive à porter la main à sa tète.
Amené par la constatation de ces symptômes à examiner les organes génitaux, on note une coloration rouge vif de la vulve, avec un léger écoulement blanchâtre. Au spéculum, on voit la muqueuse du vagin et des culs-de-sac rouge, granuleuse, offrant à sa surface un liquide verdâtre.
La pression sur l’urèthre fait sourdre au niveau du méat une grosse goutte de pus hlennorrhagique.
Traitement. — On immobilise solidement le bras gauche et l’épaule dans un appareil silicaté et on applique un vésicatoire sur le point tuméfié.
31 janvier. Diminution considérable du gonflement et de l’empâtement depuis plusieurs jours.
La vaginite a disparu presque entièrement. Le doigt pressant sur le canal de l’urèthre ne fait sourdre qu’un peu de muco-pus. Ce résultat est dû au traitement par l’opiat.
o février. Disparition complète du gonflement et de l’empâtement; il n’existe plus qu’une induration profonde. Plus de douleurs spontanées. On n’en provoque même pas quand on presse sur l'articulation.
7 février. Plus d’uréthrite.
21 février. On enlève l’appareil. Tous les mouvements de l’épaule étant libres et non douloureux, la vaginite et l’uréthrite étant guéries, la malade quitte l’hôpital.