OBSERVATION VII
Arthrite aiguë blënnorrhagiqUe de /’ articulation radio-carpienne et radio-cubitale inférieure. — Désorganisation rapide de l’appareil ligamenteux. — Immobilisation tardive. — Guérison sans ankylosé.
(Observation personnelle.)
Selle (Alexandre), âgé de bG ans, marchand de vins, entre le 2b août 1880, salle Saint-Ferdinand, n° 30 (service de M. Duplay).
Ce malade a eu dans sa jeunesse plusieurs attaques de rhumatisme; la dernière, il y a quatrean s, a duré deux mois, pendant les-
quels il a été soigné à la maison de santé. Pas d’écoulement uréthral à cette époque. 11 y a trente-trois ans, chaude-pisse non suivie de douleurs articulaires.
Le 20 juillet, huit ou dix jours après un coït suspect, S... a ressenti de légères douleurs au niveau du frein, sans grands picotements en urinant.
Le 23, apparut au niveau des talons une douleur très vive, et deux jours après des douleurs vagues dans les genoux et les épaules assez violentes pour nécessiter l’entrée à l’hôpital (maison de santé Dubois).
Le 28 juillet, les douleurs qui existaient les jours précédents avaient entièrement disparu, mais le poignet gauche était à son tour douloureux et tuméfié. L’enveloppement dans l’ouate sans immobilisation et l’administration du salicylate de soude ne produisirent aucune amélioration jusqu’au 2o août, date à laquelle le malade passa de la maison Dubois à l’hôpital Lariboisière.
État des organes génitaux, 2o août. — On constate l’existence d’un phimosis pathologique. L’extrémité de la verge est augmentée de volume, en massue, et le prépuce qui la recouvre est œdématié, rouge et douloureux. La pression exercée au niveau du frein fait percevoir l’existence d’une induration tout à fait caractéristique. On arrive avec de grandes précautions à découvrir les lèvres du méat, qui sont rouges, tuméfiées, et on en voit sourdre une certaine quantité de pus verdâtre. Pas de douleurs en urinant.
État de l’articulation. — L’articulation du poignet gauche nous présente à leur plus haut degré de développement les lésions de l’arthrite blennorrhagique. Depuis le début de la maladie, cette arliculation n’a pas cessé un seul instant d’être douloureuse spontanément, et le malade ne peut encore dormir tranquillement aujourd’hui. Les pressions au niveau de l’interligne articulaire produisent des exacerbations, des manifestations douloureuses que mettent aussi en évidence les mouvements communiqués. Toute la région du poignetest le siège d une tuméfaction considérable. Son diamètre antéro-postérieur en est très notablement augmenté, et cette tuméfaction, constituée par un œdème assez dépressible, s’étend sur la main jusqu'au milieu du métacarpe, sur l’avant-bras jusqu’au voisinage du coude. G est sur la face dorsale qu’elle se trouve nettement accentuée.
Les mouvements de flexion ou d’extension communiqués aux doigts dans le but de rechercher si les gaines synoviales participent à la maladie, ne déterminent aucune douleur.
Les mouvements spontanés de l’articulation radio-carpienne sont nuis. Pendant les mouvements de ilexion et d’extension communiqués, on perçoit des craquements évidemment articulaires.
En exerçant des pressions sur la tête du cubitus, qui fait saillie au niveau de la face dorsale, on la déprime comme une touche de piano et on perçoit pendant ce mouvement de gros frottements cartilagineux. L’articulation radio-cubitale inférieure parait atteinte à un haut degré, et son appareil ligamenteux en grande partie désorganisé.
État général assez bon. Le malade est fatigué par la douleur et l’insomnie.
Traitement. — O11 applique immédiatement une gouttière plâtrée descendant jusqu’aux articulations métacarpo-phalangiennes et remontant au niveau du coude. Cette gouttière enveloppe le membre dans les deux tiers de sa circonférence.
10 septembre. Depuis le jour de l’application de l’appareil le malade n’a plus éprouvé de douleurs, et a pu dormir ses nuits entières. Le gonflement de la face dorsale du poignet a presque entièment disparu sur le métacarpe et l’avant-bras. Il persiste encore, quoique moins accentué, au niveau de l’interligne articulaire. La pression, à ce niveau, est encore un peu douloureuse. Sous l’influence d’injections intra-préputiales de nitrate d’argent, le phimosis a diminué et il n’existe plus aujourd’hui d’écoulement uréthral.
15 octobre. Toute trace de gonflement et d’œdème a disparu. On enlève l’appareil, la peau est sèche, ridée. Les pressions et les mouvements ne causent plus de douleurs. Les mouvements de flexion et d’extension de l’articulation radio-carpienne sont assez étendus, mais pas complets. Le cubitus joue encore un peu à frottement sur le radius.
Depuis deux jours, apparition d’une roséole syphilitique.
20 octobre. Les mouvements du poignet sont revenus presque en totalité sous l’influence des douches et dü massage. Le cubitus est aujourd’hui complètement immobile, mais les mouvements de pronation sont sensiblement diminués. Le malade part pour VinccnneS.