OBSERVATION XIII
Arthrite aiguë blennorrhagique de l’articulation radio-carpienne et
radio- cubitale inférieure. — Destruction des cartilages et de l’appareil ligamenteux. — Immobilisation tardive. — Guérison avec raideur longtemps persistante.
(Observation personnelle.)
Briand (Jules), 22 ans, épicier, vient le 10 août à la consultation de l’hôpital Lariboisière.
Depuis deux mois, il est atteint d’une chaude-pisse contre laquelle
il n’a suivi aucun traitement régulier. Il ne présente dans ses antécédents héréditaires ou personnels aucune manifestation de la diathèse rhumatismale.
11 y a un mois, il fit une chute sur la paume de la main gauche et n’éprouva sur le moment qu’une douleur très peu marquée.
Pendant la nuit, il fut réveillé par des souffrances horribles, qui avaient pour siège son articulation radio-carpienne du côté gauche et qui s’accompagnèrent le jour même de gonflement.
Un traitement local (application de cataplasme) fut mis en œuvre sans immobilisation. Aucune amélioration ne fut obtenue. La douleur persista surtout accentuée pendant la nuit. Le gonflement ne fit que s’accroître.
Etat actuel, 10 août. — La région du poignet gauche est le siège d’une tuméfaction considérable, surtout marquée sur la face dorsale, envahissant la région métacarpienne et l’avant-bras. Le poignet a une forme cylindrique, et est immobilisé par la contracture musculaire dans une extension légère. La peau est rosée, chaude. La pression, en tous les points de la tuméfaction, rend compte de sa nature œdémateuse* Pratiquée sur l’interligne articulaire, elle détermine une douleur extrêmement violente, que réveillent aussi les mouvements communiqués. Sur la face dorsale du poignet, la tête du cubitus fait une saillie très notable, que l’on peut faire de haut en bas basculer comme une touche de piano. On perçoit, pendant l’exécution de ces mouvements anormaux, une crépitation cartilagineuse très nette.
Diagnostic. — Arthrite aiguë blennorrhagique de l’articulation du poignet. Destruction de l’appareil ligamenteux de l’articulation radio-cubitale inférieure.
On immobilise la main et l’avant-bras dans une gouttière plâtrée.
18 août. Pas de douleurs depuis l’application de l’appareil. Le gonflement commence à diminuer. L’articulation est encore sensible à la pression.
15 septembre. Il ne reste plus que des traces de la tuméfaction œdémateuse. Les pressions sur l’interligne ne sont plus douloureuses. Les mouvements de flexion et d’extension de la main sur l’avantbras sont très limités. La saillie de la tête cubitale persiste, mais sa mobilité est moins grande. Nouvel appareil.
12 octobre. L’articulation radio-carpienne a son volume et son aspect normal. Les mouvements spontanés y sont encore impossibles, non qu’ils déterminent la douleur, mais par suite de l’atrophie
assez notable des masses musculaires de l’avant-bras. Les mouvements communiqués de flexion ou d’extension sont encore très limités. Les mouvements de pronation et de supination sont impossibles.
Douches, massage. Mobilisation progressive. Électrisation.
2 novembre. Quelques mouvements spontanés s’exécutent. Les mouvements communiqués sont plus étendus. L’articulation est encore dans un état de raideur très marqué.
4 décembre. La guérison peut être considérée comme obtenue. Les mouvements de pronation et de supination restent seuls impossibles, ce qui tient sans aucun doute à l’ankylose de l’articulation radio-cubitale inférieure.