OBSERVATION XIV
Arthrite aiguë blennorrhctgique du poignet gauche. — Immobilisation. — Guérison avec raideur persistante.
(Observation personnelle.)
Malbouille (Zoé), âgée de 20 ans, cuisinière, entre le 2 juillet 1880, salle Sainte-Marthe, lit n° 25, à l’hôpital Lariboisière (service de M. Duplay).
Bonne santé antérieure. Pas d’antécédents rhumatismaux héréditaires ni personnels. Variole il y a un mois et demi, guérie sans complication.
Depuis quatre ou cinq jours, écoulement blanc, tachant et empesant le linge, non accompagné de douleurs pendant la miction.
Il y a deux jours, subitement, douleur aiguë du niveau du poignet gauche, d’abord légère et ne survenant que pendant les mouvements, mais rapidement croissante et continue, empêchant le sommeil.
Depuis hier, apparition d'un gonflement notable au niveau de la région douloureuse.
État à. l’entrée, 2 juillet. — La région du poignet est le siège d’une tuméfaction qui a son maximum au niveau de l’interligne articulaire, mais qui s’étend jusque sur le métacarpe et la moitié inférieure de l’avant-bras.
Peu marquée sur la face palmaire, cette tuméfaction est surtout accentuée du côté de la face dorsale, où elle est constituée par un œdème mou, très dépressible.
La pression est douloureuse au niveau de la jointure, sous les apophyses styloïdcs. Elle ne détermine aucune douleur lorsqu’elle s’exerce sur le métacarpe.
Les mouvements spontanés sont absolument impossibles.
Les mouvements provoqués des doigts ne sont pas douloureux, ceux de l’articulation radio-carpienne le sont au contraire beaucoup. Gros frottements cartilagineux. Quelques mouvements de latéralité.
État général bon. — Pas de fièvre.
Écoulement vaginal abondant. Goutte caractéristique dans l’urèthre.
On place le membre dans une gouttière plâtrée qui l’immobilise complètement.
4 juillet. Les douleurs ont notablement diminué sans avoir complètement disparu. La malade a dormi la moitié de la nuit, ce qu’elle n’avait pu faire depuis le début de sa maladie.
7 juillet. Quelques douleurs persistent encore dans l'articulation radio-carpienne. Sans être aussi violentes qu’au début, elles ont encore cette nuit empêché le sommeil.
L’appareil plâtré est desserré et on excerce à l’aide de l’ouate et d’une bande simple une légère compression.
10 juillet. Depuis que l’appareil a été arrangé, l’amélioration est très accusée. Plus de douleurs spontanées. Douleur à la pression bien moins développée. L’œdème persiste sur le dos de la main.
la août. On enlève l’appareil. L’avant-bras et la main sont amaigris, diminués de volume. Plus de douleurs spontanées ou à la pression. L’articulation radio-carpienne fixée dans la rectitude est le siège d’une raideur que l’on n’arrive que difficilement à vaincre.
Douches. — Massage.
15 septembre. Depuis plus de quinze jours, on n’obtient plus aucune amélioration. Les mouvements spontanés du poignet sont possibles, mais peu étendus. Les mouvements communiqués sont eux-mêmes limités par une résistance insurmontable.