OBSERVATION XV
Arthrite aigue blennorrhagique du coude droit. — Immobilisation au vingtième jour. — - Guérison avec raideur persistante.
(Communiquée par M. le professeur S. Duplay.)
Corné (Julie), âgée de 17 ans, domestique, entre le 24 juin 1876, à l’hôpital Saint-Louis, salle Sainte-Martlie, n° 64 (service de M. Duplay).
Bonne santé habituelle. Quelques antécédents strumeux, entre autres une ophthalmie n’ayant laissé aucune ti’ace. Jamais de rhumatisme.
Il y a vingt-deux jours, sans cause appréciable, sans refroidissement préalable, J... a été prise d’une angine qui a disparu dans l’espace de quatre jours. Cette angine avait disparu seulement depuis deux ou trois jours, lorsqu’à la suite d’un exercice un peu fatigant, survint du côté du coude droit une douleur violente et un gonflement notable. Une application de baume tranquille, puis d’un vésicatoire, n’ayant produit aucune amélioration, la malade se décide à entrer à l’hôpital.
État actuel. — Gonflement considérable du coude. Œdème avec empâtement, remontant jusqu’à la moitié du bras et descendant jusque sur la main.
Le gonflement de la main est très marqué, mais l’articulation radio-carpienne est absolument indemne.
Le gonflement du coude est surtout constitué par un œdème dur, douloureux, existant au niveau de l’interligne articulaii’e et s’étendant à trois travers de doigt du côté de l’humérus et du côté des os de l’avanl-bras. Il existe à peine un peu d’épanchement dans l’articulation. Le coude est dans la flexion à angle droit. L’avantbras est dans une position intermédiaire à la pronation et à la supination.
Mouvements spontanés impassibles. Le moindre mouvement communiqué d’extension ou de flexion, de pronation ou de supination, développe des douleurs très vives. Quelques mouvements de latéralité, accompagnés de légers frottements cartilagineux lors-
qu’on fixe solidement l’humérus. Très légère élévation de la température locale.
La malade n’a pas d’appétit, la langue est un peu jaunâtre, constipation. Insomnie depuis plusieurs nuits à cause de la douleur.
Réglée depuis l’âge de 10 ans, sans arrêt ni troubles, pas de fausse couche, a eu ses règles il y a vingt jours.
La jeune malade, dont l’hymen a disparu, n’avait pas connaissance d’un écoulement vaginal qui apparaît à la vulve, avant tout examen, enduit tout le conduit vaginal et se retrouve à l’orifice utérin. Cet enduit est blanc crémeux, bien lié, n’ayant aucun caractère de mucus normal. Il n’existe pas trace d’écoulement par l’urèthre au moment de l’examen au spéculum.
Diagnostic. — Arthrite blennorrhagique.
On immobilise le membre dans un appareil plâtré.
27 juin. Depuis l’application de l’appareil, la douleur a disparu; la malade dort sans souffrir. Pas de phénomènes généraux. Bon appétit. Pas de fièvre.
15 juillet. La malade n’éprouve plus de douleur spontanée, ni douleur à la pression. On enlève l’appareil. La tuméfaction n’a pas entièrement disparu. Les mouvements provoqués sont un peu douloureux, très limités, et s’accompagnent de craquements.
5 septembre. Tout gonflement a disparu du côté de la main et du coude. Les mouvements de la main et du poignet sont absolument normaux. Il n’existe plus le moindre empâtement dans les parties superficielles, mais à la partie interne de l’articulation huméro-radio-cubitale on sent encore une induration profonde, peu épaisse, appliquée contre les ligaments et les os.
Les mouvements provoqués de flexion et d’extension, de pronation et do supination, sont peu étendus. Lorsqu’on veut étendre ces mouvements, on se sent arrêté par une très grande résistance.
La santé générale est parfaite. La malade est réglée et n’a plus d’écoulement.
La malade est chloroformée. On cherche à mobiliser l’articulation dans tous les sens, mais sans pouvoir obtenir ni l’extension ni la flexion complète. Pas de frottements osseux.
6 octobre. Le massage, les douches, la mobilisation progressive ne permettent plus aucune amélioration. La malade sort avec un coude non douloureux, mais dont les mouvements, quoique possibles dans une notable étendue, sont cependant limités.