OBSERVATION II
Arthrite aiguë blennorrhagique du poignet droit. — Immobilisation rapide. — Guérison complète en un mois.
(Observation personnelle.)
Descliamps (Émile), tapissier, entre à l’hôpital Lariboisière le 27 avril 1880, salle Saint-Ferdinand, lit n° 18 (service de M. Duplay).
Pas d’antécédents rhumatismaux personnels ou héréditaires. Fracture de l'avant-bras, à l’âge de 1 3 ans, rapidement et régulièrement consolidée.
Il y a un mois, blennorrhagie ayant présenté une période douloureuse de huit jours de dui'ée et ne s’étant manifestée depuis que par la persistance d'un écoulement purulent peu abondant.
25 avril. D...j qui la veille s'était livré à un travail plus fatigant que de coutume) est réveillé subitement au milieu de la nuit
par une douleur extrêmement violente ayant son siège sur les parties latérales du poignet.
Le lendemain, il constate l’existence d'un gonflement, siégeant surtout sur la face dorsale du membre; la douleur persiste et rend impossibles les mouvements de l’articulation radio-carpicnne.
Depuis cette époque jusqu’à son entrée à l’hôpital, D... n’a cessé de ressentir cette douleur qui, supportable à certains moments de la journée, acquiert pendant la nuit une intensité telle, que le sommeil est absolument impossible.
État à l’entrée, 28 avril. — La région du poignet droit est le siège d'un gonflement qui s’étend à la partie inférieure de l’avant-bras et descend jusqu’au voisinage des articulations métacarpo-phalangiennes. Surtout marqué sur la face dorsale, il existe aussi du côté de la face palmaire et sur les parties latérales, déterminant ainsi une déformation qui rend absolument cylindrique la région de l'articulation radio-carpienne. Au niveau de cette tuméfaction, sur la face dorsale, la peau est d’un rouge uniforme, chaude. Pas de traînées de lymphangite. On peut, par la pression du doigt sur le métacarpe et sur l'extrémité inférieure de l’avant-hras, se rendre compte de la nature de la tuméfaction, qui est en grande partie formée par une infiltration œdémateuse.
Mouvements spontanés. — Lorsque son articulation du poignet est immobilisée, le malade peut sans la moindre douleur étendre et fléchir les doigts sur la main. Il n’éprouve pendant ces mouvements aucune gêne ni sur le métacarpe ni du côté de la gouttière carpienne.
Les mouvements de flexion et d’extension de la main sur l'avantbras ne sont pas possibles.
La pression du doigt sur l'interligne articulaire détermine une douleur très vive. Cette douleur, très marquée sur la face dorsale et sur la face palmaire, est véritablement atroce et arrache des cris lorsque la pression s’exerce sur les parties latérales de la jointure, sous les apophyses styloïdes du radius et du cubitus. Etat général bon. Pas d’état fébrile. Le malade n’a pas dormi depuis cinq nuits.
Diagnostic. — Arthrite aiguë blennon’hagique. On immobilise la main et l’avant-bras dans une gouttière plâtrée.
2 mai. Depuis l’application de l’appareil, la douleur a complètement disparu. Le malade a dormi ses deux nuits entières.
22 mai. Plus de douleurs spontanées ni à la pression sur l'inteilignc articulaire. On enlève l'appareil.
On constate que l’avant-bras et le poignet ont considérablement diminué de volume. L’œdème a tout à fait disparu et la peau sèche présente de nombreux plis. Les mouvements spontanés sont à peu près impossibles, ce qui doit être rapporté à l’état des muscles de l’avant-bras qui paraissent notablement atrophiés. Les mouvements communiqués sont possibles sans douleurs. Mais la llexion ne peut être exécutée complètement. Pas de craquements. Pas de mouvements anormaux.
Douches de vapeur.
1er juin. Amélioration très notable. Les mouvements communiqués s'exécutent avec ampleur. Les mouvements spontanés sont faciles, mais encore un peu limités. Exeat.