OBSERVATION III
Arthrite aiguë blcnnorrhagique du coude droit. — Immobilisation au quinzième jour. — Guérison rapide et complète.
(Observation personnelle.)
Chabamcl (Louis), 24 ans, garçon de café, entre le 10 mai 1880 salle Saint-Ferdinand, n° 18 (service de M. Duplay).
Bonne santé antérieure.
Il y a deux ans, chancre au niveau du frein, non suivi d'accidents secondaires.
Jamais de douleurs articulaires; pas de migraines. Aucun antécédent morbide héréditaire.
Il y a un mois, blennorrhagie, c'était la première, contre laquelle ne fut institué aucun traitement.
Il y a quinze jours, des douleurs vagues se montrèrent dans tous les membres. Elles furent accentuées surtout au niveau des genoux, ne durèrent que deux jours et ne s’accompagnèrent d'aucune modification appréciable des jointures. Pas de gonflement, pas de rougeur de la peau.
Au moment où ces douleurs vagues commencèrent à se calmer, une douleur très vive se fit sentir pendant la nuit au niveau du coude droit. Cette douleur, qui réveilla le malade, empêcha dès son appa-
rition tout mouvement de flexion et d'extension de l'avant-bras sur le bras.
Le matin au réveil, toute la région du coude était le siège d’une tuméfaction énorme qui remontait du côté du bi'as jusqu’à l’insertion deltoïdienne et qui descendait jusqu’à la main. La peau dans toute l’étendue de la tuméfaction présentait de la rougeur.
Des cataplasmes appliqués sur la région ne calmèrent que peu la douleur, qui était toujours assez vive pour empêcher le sommeil.
État à l'entrée, le 10 mai. — La région du coude droit est le siège d’une tuméfaction qui s'étend en haut jusqu’à la partie moyenne du bras et en bas aux deux tiers de l’avant-bras. La peau présente une rougeur phlegmoneuse, surtout marquée en arrière au niveau de l'olécrane. Sur tous les points tuméfiés, la pression du doigt fait reconnaître l'existence d’un œdème dur, très accentué. Pas de fluctuation. Cet œdème est étendu très au delà de la jointure, au niveau de laquelle la palpation fait percevoir un gonflement profond, osseux, probablement épipbysaire.
Au niveau de ce gonflement profond, douleur à la pression, surtout marquée au niveau de l’interligne articulaire, au-dessous des saillies épicondyliennes et épitrochléennes, de chaque côté de l’olécrane, sur les culs-de-sac sous-tricipitaux.
Les mouvements spontanés sont impossibles. Les mouvements communiqués sont possibles, mais douloureux. La douleur se fait surtout sentir pendant la flexion et l’extension lorsqu'on arrive à un certain degré.
Les mouvements de pronation et de supination sont également très douloureux.
Pas de mouvements de latéralité.
Pas de frottements articulaires.
On applique le jour même un appareil plâtré qui remonte jusqu à la partie supérieure du bras et descend jusqu’à la main, le membre étant dans la flexion à angle droit et dans une situation intermédiaire à la pronation et à la supination.
12 mai. Depuis l’application de l’appareil, toute douleur a absolument disparu. Le malade a dormi sans rien ressentir du côté du coude.
28 mai. Toujours plus de douleur spontanée. La pression au niveau de l’interligne en détermine encore. La tuméfaction œdémateuse commence à décroître.
iâ juin. Le gonflement a considérablement diminué. La pression
autour de l’articulation n’est plus douloureuse, mais dénote la persistance d’un certain degré d’œdème. On change l’appareil, qui est devenu trop large.
28 juin. On enlève tout appareil. L’œdème a presque entièrement disparu. Plus de douleurs spontanées ni provoquées par la pression ou les mouvements, qui sont cependant un peu limités encore.
Douches de vapeur. Mobilisation.
2 juillet. Les mouvements communiqués s’exécutent dans toute leur étendue. Les mouvements spontanés sont encore un peu gênés par la paresse musculaire. Le malade peut être considéré comme guéri. — Exeat.