OBSERVATIONS
OBSERVATION I (Observation communiquée par M. Chandelux.)
Luæalion non réduite du coude en arrière et en dehors,
datant de soixante-sept jours. — Arthrotomie et réduction à ciel ouvert.
La nommée J. J..., cultivatrice, âgée de cinquaat:-huit ans, entre à l'Hôtel-Dieu, salle Saint-Pierre, le 2 juin 1898, pour une lésion traumatique du coude sur laquelle elle fournit les renseignements suivants :
Le 29 mars, elle fit de sa hauteur une chute sur la paume de la main droite, et ressentit immédiatement une violente douleur dans le coude.
Tout mouvement de l’avant-bras était impossible. Bientôt survlut un gonflement considérable avec forte ecchymose au niveau de la partie interne. Aucun soin ne fut donné, et l'on se contenla de faire usage de frictions à l'alcool camphré.
Quelques jours plus tard le gonflement et la teinte ecchymotique disparurent, mais la malade ne pouvait se servir de son membre, les mouvements de l'avant-bras étant à peu près nuls.
Alors elle se décide à entrer à l'Hôtel-Dieu. À son ce nous constatons les signes suivants :
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Le coude présente une déformation caractéristique : l’olécrâne est remonté et fortement saillant en arrière ; avec le doigt on sent manifestement la cupule radiale, à laquelle on imprime des mouvements de rotation par la pronation et la supination de l’avantbras.
L'extrémité inférieure de l'humérus, saillante en avant, se caractérise par les différents reliefs de sa portion articulaire, aisément perceptibles avec le doigt.
Il s’agit done manifestement d'une luxation du coude en arrière et en dehors.
L'avant-bras forme avec le bras un angle de 165 degrés et ouvert en avant, Il y a impotence à peu près complète da membre, la malade pouvant à peine exécuter quelques mouvements très limités de flexion.
En raison de l'ancienneté de la lésion, on se décide à pratiquer l'arthrotomie et la réduction à ciel ouvert. -
Le 4 juin, c’est-à-dire soixante-sept jours après l'accident, la malade est anesthésiée à l’éther. Après toilette de la région, M. Chandelux fait sur la face externe du membre l’incision en baïonuelte du professeur Ollier pour la résection du coude.
On arrive ainsi rapide nent sur les extrémités osseuses articu laires de l’avant-bras, et, sans recourir au détache-tendon pour décoller le périoste, on attaque le tissu fibreux de nouvelle for nation, interposé aux différents os formant l'articalation, au m'yen de la pince à griffes et des ciseaux.
Après excision complète de ce tissu, on fait une incision de décharge au niveau de la partie antérieure de l'ésitrochlée. En exerçant des tractions sur l'avant-bras, on s'aperçoit qu'il est impossible de faire descendre suffisamment les os de l’avant-bras pour obtenir la réduction M. Ghanlelux emploie alors le procédé suivant qui lui a permis dans deux autres cas de replacer facilement les os :
Un gorgeret métallique est insinué entre l'extrémité inférieure de l'huméras et les os de l'avant-bras. En agissant forte nent sar ce gorgeret de façon à abaisser son extrémité tenue à la main, ou propulse en bas les os de l'avant-bras, tandis que l'extrémité infé-
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rieure de l’humérus est repoussée en sens inverse. La réduction se fait ainsi avec la plus grande facilité.
Deux drains d'os décalcifié sont placés : l’un au niveau de l’ineision de décharge, l’autre sur le milieu de l'incision externe; celle-ci est d’ailleurs suturée sur toute son étendue avec des fils métalliques. Pansement antiseptique. :
Dans les jours qui suivirent, la malade présenta une élévation de température jusqu'a 89% et, lorsqu'on fit le pansement le 8° jour, il s’écoula par l'orifice exterae une certaine quantité de pus.
Aux pansements suivants, ce pus diminua peu à peu de quantité pour disparaitre complètement à la fin du mois de juin, époque à laquelle les fils purent être enlevés.
On commença alors à mobiliser le coude et l'on parvint ainsi rapidement à donner aux mouvements une assez grande étendue,
La malade, impatiente de quitter l'hôpital, refusa de rester dans le service un temps suffisant et partit le 13 juillet, faisant de très mauvaise grâce les mouvements qu'on lui conseillait de répéter fréquemment dans la journée.
Il est donc à craindre que la mobilité de l’articulation obtenue presque complètement à ce moment n’ait été suivie après son départ d’un enraidissement progressif de l'articulation, peut-être même d’un certain degré d’ankylose par suite du défaut de mouvements propres à maintenir et surtout à améliorer la mobilité articu laire déjà obtenue.
Actuellement, un an après l’opération.
La flexion dépasse l’angle droit.
L’extension se fait jusqu’à 140 degrés environ.
Pronation incomplète. Pas de supination.
Le membre est un peu faible. Craquements articulaires. Grêne dans les mouvements des trois derniers doigts de la main, qui sont engourdis. Pas d’atrophie du triceps ni des muscles de l’avant-bras. La malade se sert assez facilement de son membre.
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