LE DUES
avons-nous vraiment, en retranchant à la force des mots, restreint celle de ces clauses ? Sans doute le gratifié conservera sa liberté, et, pourvu qu'il fasse l'abandon ou soit privé de la libéralité, pourra suivre ses inclinations naturelles. Mais cette liberté qui lui reste est illusoire. Pour combien, en effet, ne ne faut-il pas compter dans la détermination qu'il prendra, l’appât du lucre entrevu ? Car de deux choses, l'une : ou bien la libéralité est modique, et alors il s’agit d’une plaisanterie que,la loi ne connait ni pour la proscrire ni pour la valider : ou bien, au contraire, il s’agit d'une somme importante capable de jeter dans la balance un poids égal ou supérieur à celui de l'attrait qu'exerce sur l’indécis le mariage commandé, et susceptible par suite de provoquer une détermination « où l’argent aura parlé plus haut que le cœur ».
C'est dans ce cas que nous dirons que la condition relative au mariage est contraire aux mœurs elle suggère au gratifié le conseil immoral de renoncer à sa liberté moyennant une somme d'argent ; elle s’analyse en définitive en un marché, or, la liberté individuelle est inaliénable. Remarquons d’ailleurs que s’il suffisait de dire que le gratifié peut conserver dans tous les cas sa liberté en renonçant à la donation ou au legs, pour justifier la validité des conditions relatives au mariage, cette argumenation pourrait être appliquée à toutes les conditions illicites et l’on n’apercevrait bientôt plus le but poursuivi par l’art. 900.
Non ! La question n'est pas de savoir si le mariage reste possible et libre ; sans doute il le reste, la condition n'y peut rien changer : « Mais, dit excellement Duranton, elle place la personne entre son intérêt et ses inclinations ; l'intérêt est égoïste ici, les inclinations sont chose utile à la société, à la famille. Si elles sont sacrifiées à l'intérêt, le bien public en souffrira ».
La faculté d'option laissée au gratifié n’est donc pas une chose suffisante pour effacer le caractère illicite de la condition relative à la liberté du mariage. Elle est insuffisante également pour purger cette condition de son immoralité. En effet, ce