‹ De l'asepsie dans les opérations pratiquées sur les yeux [electronic resource]Chapitre 5 sur 8 · STÉRILISATION DES INSTRUMENTS · texte numérisé non relu

STÉRILISATION DES INSTRUMENTS

La plupart des instruments servant à l'extraction sont dans le cas d'être contaminés plus ou moins, même si on évite de porter à l'intérieur de l'œil des pinces, des couteaux etc. ayant servi sur des yeux en pleine suppuration. Il ne servirait de rien de se servir pour chaque opération d'instruments nouveaux ou repassés. Des précautions spéciales s'imposent donc d'autant plus que nous en connaissons de très efficaces, et faciles à mettre en pratique.

Le nettoyage le plus soigné, bien qu'il puisse suffire et qu'il a suffi dans bien des cas, ne réalise jamais une asepsie absolue des instruments tels que les pinces, qui présentent des irrégularités de la surface. Même la lame d'un couteau peut porter des germes microbiens a;près un nettoyage à fond. Telle est la conclusion formulée notamment par Redard (1), et à sa suite par l'unanimité des auteurs. De toutes façons, il faut donc procéder à une désinfection proprement dite des instruments, en oculistique surtout, où nous avons affaire à des milieux peu résistants à l'action des microbes, et on l'infection a des résultats peut-être plus graves encore qu'en chirurgie générale. La grande délicatesse de ses instruments impose d'autre part à l'oculiste l'obligation d'être encore plus réservé que le chirurgien dans le choix de moyens antiseptiques pouvant attaquer l'acier et surtout le fil des instruments tranchants.

D'après ce qui a été dit plus haut, nous ne serons guère tenté d'accorder une confiance illimitée à la désinfection parles moyens chimiques. En théorie, les microbes nus ne résistent

(1) Redard, De la désinfection des instruments chirurgicaux. Rev. de chir., 1888, n» 5.

pas à l'action prolongée des substances antiseptiques énergiques ; mais trop souvent ils sont enfermés dans des taches de sang, de mucus, de graisse, voire môme desséchées, toutes circonstances qui entravent et rendent môme impossible la désinfection absolue à l'aide de ces moyens. La plupart des substances les plus antiseptiques attaquent l'acier des instruments. Le sublimé corrosif doit être absolument écarté pour ce motif. La solution aqueuse d'acide phénique, usitée encore en chirurgie générale, attaque assez vite le fil de nos instruments tranchants, et du reste elle n'a qu'un pouvoir désinfectant restreint.

La substance qui en ce moment semble l'emporter sur toutes les autres est le cyanure de mercure, recommandé par M. Chibret(l), qui plonge les instruments pendant 10 minutes dans une solution aqueuse de ce corps à 1 : 100. Les propriétés antiseptiques de cette solution sont éminentes, et nous avons pu nous convaincre qu'une immersion de quelques heures dans ce liquide froid n'entame pas le poli et ne gâte pas les tranchants d'une manière sensible. Sous ce double rapport, cet agent se recommande tout spécialement.

En l'état actuel de nos connaissances, nous ne pensons pas cependant que la désinfection par un agent chimique puisse être recommandée comme méthode générale, dominante, et cela en tenant compte de tout ce que nous savons des limites restreintes mises à l'activité des antiseptiques chimiques en général.

Miquel (2) et Redard (3) notamment ont démontré que la solution aqueuse d'acide phénique à 5 : 100 ne suffit pas pour désinfecter des objets maculés avec les staphylocoques. D'après Schimmelbusch (4), le séjour dans une solution de sublimé à 1 : 2.000 ne désinfecte un fil (contaminé avec le Bacillus pyocyaneus) qu'après 24 heures, s'il est recouvert de gélatine ; et s'il est recouvert de graisse, les germes résistent indéfini-

(1) Ghibret, de l'antisepsie de l'œil, etc. Arch. d'0phtalm.,m2, t. 12, p. 433.

(îj) Miquel, Annuaire de Montsouris, 1880.

(3) Redard, De la désinfection des instruments, etc. Revue de chir., 1888.

(4) SciUMMELBusGH , Arcli. f. chir. de Langenbech, 1891, t. i2, p. 131.

NUEL

ment. Et les microbes pyogènes qui infectent nos instruments sont presque toujours contenus dans des taches de sang, de mucus, de graisse, etc. Les instruments présentant des anfractuosités surtout ne pourront absolument pas être désinfectés de cette manière.

D'ailleurs nous avons dans la chaleur, employée d'une certaine façon, un agent infiniment plus efficace que les meilleurs agents chimiques. Nous admettons la désinfection par le cyanure de mercure comme adjuvant de notre procédé général. De plus, on s'en servira avec avantage dans des cas spéciaux, surtout pour aseptiser les manches des instruments tranchants, et les instruments en caoutchouc durci ou autres (curettes, etc.), qui ne supportent pas une température élevée. Il faudra naturellement ensuite débarrasser les instruments du principe désinfectant, par exemple en les plongeant dans de l'eau bouillie aseptique.

C'est à la chaleur qu'il faut toujours recourir comme agent désinfectant, chaque fois que la chose est faisable, ce qui est le cas pour la plupart des instruments, ceux en acier notamment. La supériorité de la chaleur à notre point de vue est une chose absolument démontrée aujourd'hui ; et certainement, si on pouvait l'employer à la désinfection des organes vivants, les antiseptiques chimiques seraient, sinon tout à fait abandonnés, au moins relégués absolument à l'arrière plan. Ce n'est pas l'endroit d'entrer dans de longs développements sur la supériorité de la chaleur, ou plutôt de la chaleur humide. Nous renvoyons à ce propos le praticien notamment au Manuel d'asepsie de M. C. Vinay (1890), qui résume très bien la question sous ses diverses faces, et dont on ne saurait trop recommander la lecture à tout chirurgien. Nous lui empruntons le tableau suivant, fondamental dans la question de la désinfection des instruments et des pièces de pansement.

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