DÉSINFECTION DES PIÈCES DE PANSEMENT
Personne ne peut plus éprouver de doute sur la nécessité de désinfecter les pièces de pansement, surtout celles qui arrivent en contact avec l'œil.
Dans le temps, on croyait réaliser ce but en imprégnant les objets de ce genre (bandes, ouate, gaze etc.) de substances antiseptiques diverses. On est revenu de cette idée, d'abord parce que de cette manière on ne saurait obtenir une asepsie complète, ni môme sérieuse, et puis parce que cette imprégna-
tion altère certaines propriétés physiques essentielles des pièces de pansement.
Pour ce qui est de l'asepsie, il résulte de ce qui précède que de cette manière on ne saurait tuer les germes pathogènes enfermés dans l'ouate, la gaze etc. D'ailleurs, après l'imprégnation, les objets doivent passer par tant de mains ouvrières, qu'ils seront infectés infailliblement à nouveau. Et une contamination étant survenue par accident, l'opérateur devrait procéder à une désinfection nouvelle, ce qui est impossible. La prétendue désinfection par imprégnation n'en est pas une, et de plus, elle est très chère.
Les substances antiseptiques sont fixées généralement dans les pièces de pansement à l'aide de fixatifs constitués par la glycérine et par des principes résineux, dont la présence, outre qu'elle peut irriter la peau, diminue le pouvoir absorbant de l'ouate, de la gaze etc. Or, une condition favorable pour le développement des microbes est l'humidité. Très souvent les bords ciliaires des paupières hébergent des bactéries pathogènes ; et si les liquides déversés dans le sac conjonctival stagnent et inondent ces bords ciliaires, les germes s'y développent beaucoup mieux que si le pansement absorbe avidement. Schlange (1) a mis ce point en évidence sur des couches de gaze imprégnée de bouillon de culture et contaminée par le microbe du pus bleu. Dans la gaze découverte et se desséchant, les microbes ne se développent pas ; au contraire, ils se développent énergiquement si on recouvre la préparation d'une cloche. On peut ainsi tour à tour précipiter et retarder la croissance microbienne. C'est ce qui a fait dire à un chirurgien qu'à un pansement aseptique et peu absorbant, il en préfère un absorbant, môme un peu infecté.
Le même raisonnement doit aussi nous déterminer dans notre choix des substances à employer pour le pansement. Comme corps à appliquer au contact des paupières, l'ouate hydrophile l'emporte sur la gaze pour son moelleux et son élasticité, propriétés permettant d'exercer une compression uniforme. Mais nous préférons la gaze (chiffonnée) précisément pour son pouvoir absorbant plus fort. La gaze peut du reste à son tour être recouverte d'un coussin d'ouate.
(1) ScHLANOE, Arch. f. Chirurgie, 1887.
Un agent antiseptique d'une efficacité infiniment supérieure à celle des agents chimiques, et parfaitement applicable à la désinfection des pièces de pansement, nous est donné dans la chaleur. Et nous savons que la chaleur humide l'emporte de loin sur les autres manières d'employer cet agent. On a successivement mis en usage des étuves et des autoclaves permettant d'exposer les pièces de pansement à l'air chauffé, à la vapeur saturée à 100°, à la vapeur saturée et comprimée, à la vapeur surchauffée, à l'eau chaude avec ou sans dissolution de substances salines.
La coction dans l'eau, très efficace, altère trop les propriétés physiques de nos pièces de pansement.
On se sert encore beaucoup à.' étuves à air chaud. Pour aboutir à la désinfection, il faut monter à des températures de ISO", difficiles à surveiller, et qui altèrent plus ou moins les objets, et cela d'autant plus que réchauffement uniforme d'un espace d'air confiné est impossible : il s'y produit par endroits des températures surélevées de 100 et de 200°.
La chaleur humide sous forme de vapeur s'est révélée ici d'une efficacité supérieure.
On avait cru pouvoir se servir de la vapeur surchauffée et sous pression, en l'absence du liquide générateur. Dans ces conditions nous rentrons dans le cas de Fair chauffé, ainsi qu'Esmarch (1) l'a très bien démontré. En chauffant de la vapeur d'eau en l'absence de son liquide générateur, on lui fait perdre rapidement de ses propriétés antiseptiques.
La supériorité si marquée, comme bactéricide, de la vapeur d'eau saturée (tenue en présence de son liquide générateur) sur l'air chaud (et sur la vapeur d'eau surchauffée) tient à des causes multiples. D'abord, à l'état plus ou moins sec, tous les microorganismes résistent beaucoup mieux qu'à l'état humide aux influences nuisibles pour eux. En second lieu, porté par la vapeur d'eau, le calorique pénètre dans les corps poreux beaucoup plus facilement que s'il est véhiculé par l'air ou par la vapeur surchauffée. L'air chaud déplace l'air froid dans ces corps plus difficilementquela vapeur d'eau. Et une fois pénétré à l'intérieur, l'air communique son ca-
(1) EsMARCH, Zeilschr. f. Hygiène, 1888, t. 4, j). 197.
lorique au corps poreux plus difficilement que la vapeur. Il est d'abord mauvais conducteur, et puis une fois refroidi, il devrait être remplacé par de l'air plus chaud. La vapeur d'eau, outre qu'elle est meilleure conductrice de la chaleur, se condense, se liquéfie au contact du corps poreux plus ou moins froid, et même sans qu'il soit plus froid qu'elle, et cède son calorique de vaporisation, très considérable. La vapeur condensée laisse un vide qui est immédiatiement comblé par de nouvelles masses de vapeur, qui se condensent à leur tour etc., jusqu'à ce que la température et l'état hygrométrique du corps à désinfecter soient en équilibre avec celui de la vapeur employée.
La vapeur saturée et en tension, chauffée au delà de iOO° en présence de son liquide générateur, exige l'emploi de l'autoclave, une modification de la marmite de Papin. Ce sont des appareils coûteux, dont le fonctionnement demande à être surveillé par un homme entendu. Ces appareils, d'ailleurs très efficaces, sont recommandables pour les désinfections en grand, pour les literies d'hôpitaux par exemple, et chaque fois qu'on a affaire à des germes très résistants. Les spores les plus résistants sont tuées par un séjour de 10 minutes dans de la vapeur saturée à 120°.
La vapeur d'eau saturée à 100° (tenue en présence de son liquide générateur) se recommande à notre point de vue par une foule d'avantages. Le tableau donné à la page 47 renferme les données nécessaires pour juger de son efficacité, qui égale à peu près celle de l'eau bouillante. Aucun des microbes infectants habituels ne résiste 10 minutes au contact de la chaleur humide à 65°. Tous les coques pathogènes sont donc rapidement anéantis par la vapeur d'eau à 100°.
11 y a lieu d'autre part de se rapporter à ce que nous avons dit sur les formes plus résistantes des microbes. Ce sont la plupart du temps des germes non pathogènes. Le bacille de l'œdème malin (et le microbe du charbon symptomatique) seul demande une action désinfectante plus énergique. Il suffira notamment de ne pas se servir de pièces de pansement ayant été en contact avec un cas de l'espèce. Du reste, une précaution élémentaire consiste à ne pas se servir de pansements sortis d'un service de chirurgie en général. Sauf pour