INFLUENCE
DES DOCTRINES ETIOLOGIQUES
En 1884 il meurt à la Clinique 1 femme sur 73
En 1884, 1885 et 1886, M. le professeur Pajot, qui succéda à M. Depaul, dirigea la Clinique jusqu'à sa retraite qu'il demanda au mois de décembre 1886.
Le service fut alors de nouveau confié aux agrégés, à M. Pinard en 1887 et à M. Budin en 1888.
En novembre 1888, je pris moi-même possession de la Clinique, et vous voyez que nous avons eu l'an dernier le chiffre de mortalité le plus faible. Cette année, nous continuons à être très heureux, mais peut-être le serons-nous moins l'année prochaine; il suffit en effet de quelques cas d'éclampsie grave ou de rupture de l'utérus pour faire monter le pourcentage de la mortalité.
Ce qui s'est passé à la Maternité et à la Clinique n'est pas une exception ; la révolution a été universelle, aussi bien à l'étranger qu'en France ; à la mortalité si considérable d'il y a vingt ans, beaucoup trop grande encore il n'y a guère que dix ans, a succédé une mortalité presque nulle, grâce à l'isolement et à l'antisepsie.
Un mot seulement avant de terminer. Je vous ai donné des chiffres, je tiens à vous dire comment je les ai obtenus. Dans toutes les statistiques que j'ai publiées jusqu'ici — et je suis décidé à suivre encore les mêmes errements — j'ai toujours procédé de la façon suivante : j'ai fait figurer, sans aucune exception, toutes les femmes mortes à l'hôpital, quelle qu'ait été la cause de leur mort. En voici un exemple : Une femme, à peine entrée à la Maternité, a été prise d'un accès de folie et s'est tuée en se jetant par la fenêtre. Assurément cette femme n'est pas morte de fièvre puerpérale, et, en réalité, je ne devrais pas la compter avec les femmes infectées, néanmoins elle figure dans
ma statistique. Il en est de même pour les femmes qui meurent d'hémorragie, d'éclampsie, de rupture de l'utérus, quelques minutes ou quelques heures après leur entrée à l'hôpital. Je tiens cependant à faire entrer tous ces décès dans ma statistique, car je veux des statistiques intégrales, inattaquables, llest bon d'avoir assez de force morale pour compter tous les cas. Si on ne procède pas ainsi, on épure une statistique et on en retranche les décès consécutifs aux hémorragies, à l'éclampsie, aux ruptures de l'utérus. Puis, une fois engagé dans cette voie d'épuration, on ne tarderait pas à éliminer non seulement les femmes qui étaient malades avant leur entrée à l'hôpital, mais encore celles qui auraient pu être infectées en ville pendant un examen. Vous voyez qu'on arriverait bien vite, en procédant de la sorte, à publier des statistiques avec une mortalité presque nulle, et qu'on finirait, même de bonne foi, par tomber ainsi dans l'erreur.
Quant à moi, je donne d'abord la mortalité totale, sans commentaires : ce sont là des chiffres inattaquables. Je puis ensuite, si je le désire, interpréter les causes de mort; mais cette seconde statistique reposant forcément sur une interprétation personnelle, peut, à cause de cela même, être critiquée.
A côté de la mortalité, il faut aussi tenir grand compte du chiffre de la morbidité, car, aujourd'hui que la mortalité est minime, la morbidité indique peut-être encore mieux l'état sanitaire d'un service.