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DEUXIÈME PARTIE

DES MATERNITÉS AU POINT DE VUE DE L'ANTISEPSIE

L'étude que nous venons de faire nous a démontré que partout, à la campagne comme à la ville, dans le plus beau palais comme dans la plus humble chaumière, l'ennemi des femmes en couches, c'est le microbe; c'est lui qu'il faut empêcher de pénétrer dans l'organisme des accouchées et qu'il faut détruire quand il l'a envahi. L'ensemble des moyens propres à atteindre ce double but constitue Y antisepsie obstétricale.

En tête de tous ces moyens, vient la propreté absolue. On devrait écrire ce mot en lettres très apparentes, partout, à l'entrée de la Clinique, dans les corridors, dans les salles, afin de le bien graver dans l'esprit des étudiants et de leur en indiquer toute l'importance. La propreté est en effet la condition primordiale d'une bonne antisepsie.

a) — Des bâtiments.

Pour rendre plus commode l'application de la méthode antiseptique, il faut donc au préalable avoir un hôpital construit dans des conditions telles que la propreté soit facile à obtenir.

Cette question a été abordée autrefois à la Société de chi-

rurgie dans une discussion à laquelle j'ai pris part (1). Elle a été étudiée plus récemment dans un rapport lu par M. Rochard à la Société d'hygiène professionnelle (2).

Je vais m'appuyer sur ces travaux pour vous indiquer rapidement les conditions que doit remplir une maternité pour que l'accoucheur, en faisant de l'antisepsie, ne soit pas entravé à chaque instant par une mauvaise construction ou un agencement défectueux. Cette étude soulève des questions nombreuses ; je m'occuperai des principales, vous laissant le soin de lire, dans vos traités d'hygiène, les points que je n'aurai pas abordés.

Et d'abord, en quel endroit la maternité devra-t-elle être située ? Evidemment, on la bâtira autantque possible dans un lieu salubre, dont l'air soit pur et charrie peu de microbes. La Clinique est assez bien partagée à ce point de vue. Loin du centre de Paris, elle est en effet dans le voisinage des jardins du Luxembourg et des grands espaces de l'Observatoire, au milieu d'un quartier modérément peuplé.

Comment doivent en être orientées les façades ? Dans un pays tempéré, il convient qu'elles soient dirigées du Nord au Sud, par conséquent exposées à l'Est et à l'Ouest. Ici, les bâtiments répondent à peu près à cette règle. M. Emile Trélat, dans la revue que je vous ai citée, a bien étudié cette question (3). Il a montré que l'exposition des façades doit varier avec les pays ; dans les pays chauds, les murs regarderont au Nord et au Sud, leur direction sera inverse dans les climats tempérés. Voici pourquoi, dit-il : « L'action bienfaisante du soleil sur les habitations, est de nettoyer les murs et d'y emmagasiner la chaleur. Avec l'exposition Est-Ouest, les murs sont plus longtemps et plus normalement attaqués

(1) L'hygiène des Maternités (Discussion sur). Bulletins de la Société de chirurgie, Paris, 1806, p. HOetsuiv.

(2) Eochard. Rapport sur la construction des hôpitaux. Revue d'hygiène et de police sanitaire. Paris, 1883, p. 294 et suiv.

(3) Emile Trélat. Construction des hôpitaux (Discussion sur la). Revue d'hygiène et de police sanitaire, 1883, p. 830.

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par les rayons solaires, et ils le sont sur les deux flancs du bâtiment. Avec Fcxpcsition Sud-Nord, les murs sont moins longtemps et très obliquement attaqués par les rayons solaires, et ils ne le sont que sur la face Sud des bâtiments. Ces simples constatations montrent que dans les régions Nord, où l'on a besoin d'emmagasiner la chaleur, il faut exposer les flancs des salles des malades à F Est et à l'Ouest; et que, dans les régions méridionales où les murs s'échauffent trop, il faut exposer les mêmes flancs au Nord et au Sud. » Il faut, en outre, que les murs soient assez épais pour ne pas se laisser trop facilement traverser par le chaud ou le froid ; leur épaisseur sera d'au moins 50 centimètres, de cette façon seulement, on évitera des changements brusques delà température des salles, parce que les échanges entre l'intérieur et l'extérieur seront moins faciles et moins rapides.

Sur les façades de l'édifice, les murs seront plans, sans reliefs, sans excavations ; toute saillie, toute dépression, en effet, appelle les dépôts de poussière qu'il faut éviter. Vous demanderez donc à l'architecte qui construira un hôpital de laisser les murs unis ; mais il vous sera bien difficile de l'obtenir. Cela est regrettable, mais c'est ainsi. Je l'ai bien vu quand on a construit sur les terrains de la Maternité, le bâtiment occupé actuellement parla Clinique Baudelocque. J'avais prié l'architecte de bâtir un pavillon aussi simple que possible, sans la moindre ornementation, sans saillie inutile; j'avais tâché de lui faire comprendre l'importance de ce fait au point de vue de l'hygiène ; mais il m'a été impossible de l'empêcher de faire courir des corniches sur les façades.

Fort heureusement cela se passe à l'extérieur du bâtiment, où certains phénomènes naturels se chargent du soin de balayer les poussières retenues sur les saillies; je veux parler du vent qui emporte ces poussières, et des averses qui les entraînent. 11 n'y a donc que demi-mal.

Mais à l'intérieur de l'hôpital, il faudrait pouvoir exiger que les murs fussent plans et unis ; c'est ce que j'essayai aussi d'ob-

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tenir pour les bâtiments de la Clinique Baudelocque. C'était, paraît-il, demander l'impossible, puisque malgré mes sollicitations, l'architecte y a disposé nombre de chapiteaux et de moulures qu'on voit encore, et pourtant j'ai fait supprimer la plus grande partie de ces agréments architecturaux ! Vous n'avez d'ailleurs qu'à parcourir des yeux cet amphithéâtre, pour vous rendre compte de la façon défectueuse dont les préceptes de l'hygiène sont appliqués : « Ce ne sont que festons, ce ne sont qu'astragales » pourrait-on dire. Allez dans les corridors, dans les salles, c'est identiquement la même chose. A quoi donc servent ces chapitaux, ces moulures, ces cimaises et ces plinthes ? A rendre l'aspect des salles plus agréable, nous répondront quelques-uns. Mais je crois que cela y contribue fort peu, et d'ailleurs va-t-on à l'hôpital pour étudier la décoration artistique ? L'hôpital n'est ni un palais ni un musée.

Si ces ornements n'étaient qu'inutiles, leur seul inconvénient serait de nécessiter une grande dépense ; mais il n'en est pas ainsi . Ils sont en effet dangereux, car sur chacun d'eux se déposent et s'accumulent, avec les poussières, des myriades de miorobes. Passez le doigt sur ces saillies, vous le ramènerez noirci de poussière, et encore ne s'agit-il que de moulures accessibles et que les infirmiers peuvent nettoyer. Qu'en serait-il donc si vous inspectiez les moulures dans les endroits un peu sombres ou trop élevés pour être essuyés sans une grande peine ?

Un exemple pour fixer vos idées : Dans une salle d'accouchements, lavée à l'eau de savon simple huit jours auparavant, et qui servait tous les jours, dont les murs étaient peints à l'huile à la partie supérieure, et recouverts jusqu'à hauteur d'homme de carreau vernissé, E. Esmarch a trouvé les chiffres suivants : sur 225 centimètres carrés de la surface vernissée, il y avait 90 micro-organismes ; par contre, sur 1 centimètre carré de la bordure en saillie, qui marque la réunion de la paroi carrelée au reste du mur, il put récolter de 650 à 1350 colonies.

Dans une salle à laparotomie, construite exactement de la

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même façon, qui n'avait pas servi depuis six jours et qui était lavée au savon phéniqué après chaque opération, E. Esmarch ne put recueillir que 10 micro-organismes sur une môme surface de 225 centimètres carrés (1).

Ainsi, l'ornementation des murs étant dangereuse, je suis autorisé à dire que les murs seront plans, unis, sans saillies, sans dépressions. Qu'on abatte donc les moulures qui existent, et surtout qu'à l'avenir on s'en dispense dans les constructions nouvelles ; il serait temps que les architectes voulussent bien étudier les règles de l'hygiène hospitalière et se pénétrer de leur importance.

Ordinairement, les murs sont réunis entre eux à angle droit, et c'est sous le même angle droit qu'ils rejoignent le sol et le plafond. C'est un tort, parce qu'au niveau des angles et des encoignures, les poussières s'accumulent et qu'il est difficile de les en déloger. J'avais songé à cela depuis longtemps, et, dans mon pavillon de la Maternité, construit en 1876, j'ai fait arrondir tous les angles, y compris ceux qui sont formés par la rencontre des murs avec le plafond et le sol. On évite ainsi les inconvénients que je viens de vous signaler et on peut opérer facilement un nettoyage parfait. Ce système a été trouvé avantageux et, depuis lors, on Fa bien souvent employé.

Comment faut-il revêtir les murs à l'intérieur des salles ? La peinture est le revêtement habituel ; il est bon, car la peinture n'est pas détériorée par le lavage. On a cependant songé à mieux faire et M. Rochard, en 1883, s'est fait l'écho d'une idée que j'avais émise depuis longtemps ; il croit qu'il faudrait revêtir les murs d'un enduit imperméable. Le stuc et la peinture se laissant traverser par l'air, on obtiendrait l'imperméabilité avec de la terre vernissée ou des plaques de verre. Ces substances, que les antiseptiques ne détériorent pas, sont d'un nettoyage facile, puisqu'un simple jet d'eau,

(1) Aenould. Nouveaux éléments d'hygiène. 2e édition. Paris, 1889, p. 532.

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projeté avec une lance, suffît à les très bien laver. Mais le revêtement des murs avec de la terre vernissée ou du verre, nécessite une dépense considérable, devant laquelle on recule ; d'ailleurs l'idéal n'est peut-être pas d'avoir des murs imperméables, ainsi que l'a fait justement remarquer M. Emile Trélat (1).

Qu'un mur, en effet, soit bâti en pierre ou en brique, il est poreux et, sans qu'il y paraisse, se laisse traverser par l'air dans les deux sens, de dehors en dedans ou de dedans en dehors, suivant la pression. Si la pression extérieure est plus forte, l'air du dehors pénètre dans les salles ; si elle est plus faible, c'est au contraire l'air des salles qui traverse les murs et se répand à l'extérieur. La filtration de l'air, au travers de murs ayant une épaisseur dépassant même 50 centimètres, est très rapide, ainsi que le démontre une expérience fort curieuse de Pettcnkofer, que je veux vous rappeler (2). Pettenkofer fait, avec divers matériaux de construction, des morceaux de murs d'épaisseur déterminée, qu'il recouvre sur toute l'étendue des faces et des bords par des plaques métalliques imperméables. Les deux plaques opposées sont percées, en leur milieu, d'un trou sur lequel est soudé un tube de petit diamètre, de sorte que le manchon métallique du mur n'est ouvert qu'en ces points. En soufflant par l'un de ces tubes, on éteint aisément la flamme d'une bougie située devant l'extrémité de l'autre tube, ce qui démontre sans conteste la perméabilité des matériaux employés pour la construction du mur.

On a calculé que sous une différence de pression très faible, 1 mètre carré de mur ordinaire se laisse traverser en une heure par 2 mètres cubes d'air, ou en une journée par 48 mètres cubes. Dans une chambre, dont le mur donnant à l'extérieur aurait seulement 10 mètres carrés, il entrerait donc par

(1) Emile Trélat. Construction des hôpitaux (Discussion sur la). Ilevue d'hygiène et de police sanitaire, 1883, p. 828.

(2) Arkould. Nom-eaux éléments d'hygiène, 2e édition. Paris, 1889, p. 518.

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cette voie 480 mètres cubes d'air en vingt-quatre heures. C'est une quantité très appréciable. M. Emile Trélat a d'ailleurs bien compris toute l'importance de cette véritable respiration des salles, quand il a écrit qu'il fallait laisser aux murs leur porosité, pour que les échanges puissent se faire entre l'air atmosphérique et l'air confiné dans les bâtiments.

S'il est avantageux que le mur extérieur soit poreux, afin que l'air du dehors puisse le traverser, il n'en est pas de même pour les autres parois des salles. Celles-ci, en effet, séparent les unes des autres les diverses pièces de l'hôpital, et leur porosité n'a d'autre utilité que de permettre l'échange de leur air vicié. On pourra donc les rendre imperméables à l'air et employer, à cet effet, les terres vernissées, le verre, etc., qu'il fallait proscrire comme revêtement du mur répondant à l'extérieur. Il est bon d'ajouter toutefois, que cette question n'a qu'une importance secondaire, parce que le passage des gaz à travers les murs de refend et les cloisons est rendu presque insignifiant par suite de l'équilibre de pression atmosphérique qui existe en général dans les pièces d'un bâtiment. Les mêmes considérations sont applicables au plafond et au sol, avec cette différence cependant, que leur imperméabilité à l'air serait peut-être plus désirable, car il serait bon d'empêcher l'échange des gaz d'un étage à l'autre.

Le plafond doit être uni ; il est évident, en effet, que s'il est formé de poutres, de poutrelles et de planches, les saillies et les intervalles qui en résultent sont autant d'espaces où s'abritent les poussières; celles-ci, en se détachant, tombent alors sur les plaies ou les parties malades qui ne devraient pas être exposées aux germes. La surface du plafond sera donc recouverte d'une couche unie de plâtre, qu'on peindra à l'huile, pour qu'elle puisse être lavée aisément.

Ces préceptes généraux s'appliquent sans modification aux diverses parois des salles de nos hôpitaux. Dans tous les cas, si le sol n'est pas imperméable pour les gaz, il doit l'être absolument pour les liquides, car il faut que la salle soit lavée

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fréquemment et à grande eau; le balayage en effet doit être proscrit, puisqu'il soulève et déplace les poussières sans les faire disparaître. Si le sol n'était pas imperméable, il se laisserait traverser par l'eau qui infiltrerait les murs, de sorte que la solidité et la salubrité du bâtiment seraient compromises.

Que choisir pour construire le sol ? Je m'en suis préoccupé quand j'ai établi les plans de mon pavillon à la Maternité, et j'ai voulu me rendre compte par moi-même des inconvénients et des avantages de différents matériaux. Il y a 8 chambres dans ce pavillon; pour les 4 chambres du rez-de-chaussée, le sol fut recouvert d'asphalte; 2 chambres du 1er étage furent dallées en pierre, et les 2 autres en ardoise. J'ai observé alors les particularités suivantes.

Les dalles sont lourdes et fatiguent le bâtiment ; si on les choisit minces, pour diminuer leur poids, elles deviennent fragiles et se brisent assez vite, c'est un inconvénient sérieux, car les fissures se remplissent de poussières qu'il est difficile de déloger. Les dalles sont en outre hygrométriques, aussi, quand le temps est humide, l'eau suinte à leur surface ; d'autre part, toutes les fois qu'on les lave, elles absorbent l'eau et restent froides et humides pendant plusieurs heures ; il serait donc désagréable et dangereux pour les malades de poser leurs pieds sur un sol aussi glacial. En résumé le dallage doit être rejeté.

L'ardoise est plus mauvaise encore que la pierre. Avec elle, le sol prend une teinte noirâtre, fort triste, presque lugubre, ce qui est un désagrément, surtout à l'hôpital. Ajoutez à cela que l'ardoise est aussi hygrométrique que les dalles, et vous aurez des raisons suffisantes pour comprendre qu'il faut rejeter cette substance froide et humide.

Quand j'examinai les chambres dont l'asphalte formait le sol, je fus tout d'abord très satisfait : nous étions en hiver. Mais quand, avec le printemps et l'été, les chaleurs arrivèrent, l'asphalte se ramollit, les pieds des lits, des tables, des

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chaises s'y enfoncèrent et y creusèrent autant de trous profonds qui déformèrent absolument le sol. Il fallait donc renoncer à l'asphalte, comme on avait renoncé au dallage et à l'ardoise.

Je fis alors réparer deux chambres du pavillon et je demandai qu'on se servît cette fois de ciment pour faire le sol. Le travail fut exécuté suivant mes désirs et, quand je me rendis au pavillon pour l'examiner, je ne fus pas assez maître de moi-même pour ne pas laisser échapper quelques paroles de dépit. C'était bien du ciment, dense, homogène, de bel aspect, mais l'architecte avait trouvé moyen d'y dessiner des rainures profondes pour le rendre plus décoratif. Ainsi, je supprimais l'asphalte pour éviter les inégalités de sa surface, et on venait de creuser dans le ciment, comme à plaisir, des sillons tout aussi dangereux. N'avais-je pas raison de me plaindre ? Je fis combler avec du ciment toutes ces rigoles, et on peut voir encore, au pavillon, la mosaïque fort laide qui en est résultée.

Quoi qu'il en soit, le ciment constitue un sol très bon, imperméable, non hygrométrique, et M. Poncet, de Lyon, s'en est servi dernièrement quand il a fait construire sa salle d'opérations (1). Le ciment a un inconvénient; quand il est un peu ancien, et qu'il a été usé par des lavages répétés et les piétinements de tous les jours, sa couche superficielle se détruit en donnant naissance à une poussière fine ; l'inconvénient n'est cependant pas très grand, car il suffit de refaire de temps à autre la couche superficielle du sol.

On peut encore employer avec avantage ces carreaux polygonaux, grisâtres ou multicolores, qu'on voit un peu partout. Quand ils sont bien scellés, on n'a pas à craindre que les poussières s'accumulent dans leurs joints, et leur lavage est très facile. Ils ont encore le précieux avantage de pouvoir être remplacés un à un, quand ils sont brisés, sans qu'on soit

(1) A. Poncet. Une salle d'opération à l'Hôtel-Dieu de Lyon. Mevue de chirurgie, 1888, p. 605.

TAUNIER.

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obligé de remettre le sol entièrement à neuf; c'est une considération qui a sa valeur.

Ici, nous n'avons ni dallage, ni ardoise, ni asphalte, ni ciment, ni carreaux ; le sol est formé par une mosaïque fort belle, fort bien faite et très solide, que je suis heureux d'avoir dans mes salles. Mais la mosaïque coûte très cher; de plus, quand elle n'a pas été construite par des ouvriers habiles, elle dure peu; aussi ne sera-t-elle jamais employée qu'exceptionnellement.

J'ai vu autrefois, à la Clinique de Halle, pendant un voyage en Allemagne, de grandes salles dont la mosaïque, quoique terminée depuis plusieurs années, ne présentait pas la moindre fissure; c'est superbe et excellent.

Employez donc la mosaïque, si vous le pouvez, ou le ciment qui est aussi très bon. Mais il ne vous sera pas toujours possible de les avoir et vous devrez dans certains cas vous contenter d'un parquet en bois. Faites-le recouvrir alors d'une substance imperméable à l'eau, afin qu'on puisse, sans inconvénient, procéder au lavage. Le linoléum remplira parfaitement ce but, et le professeur Trélat a fait tapisser le parquet de sa salle d'opération avec cette variété de toile cirée, qui possède encore l'avantage de résister assez bien à l'usure.

Si j'ai tant insisté sur l'imperméabilité du sol, c'est surtout par ce que j'avais en vue les moyens d'empêcher la fdtration de l'eau à travers le parquet. Il faut en effet que les salles d'une maternité soient lavées fréquemment, et que le lavage porte non seulement sur le sol, mais encore sur le plafond et les murs. Comme il faut beaucoup d'eau pour ce lavage, j'ai songé, il y a longtemps, aux moyens d'assurer à cette eau un écoulement facile. On y arrive très simplement en inclinant le sol vers l'une des extrémités de la salle, où on établit un caniveau. Les eaux de lavage seront, par le fait même de la pente, entraînées vers le caniveau, d'où elles passeront dans le tuyau de conduite qui le termine. Or, les caniveaux sont presque toujours malpropres, et bien qu'ils soient ordinaire-

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ment munis d'un siphon destiné à empêcher les gaz de remonter par le tuyau de conduite, il s'en dégage néanmoins une odeur fétide, parce que, malgré ce siphon, l'eau sale y croupit. Vous en aurez la preuve en examinant le caniveau de la salle d'accouchements ; fréquemment je suis obligé d'ordonner qu'on le nettoie, mais je dois reconnaître que la construction en est si défectueuse, qu'il est bien difficile de l'entretenir dans un état de propreté parfaite. Je n'ai pas été étonné en retrouvant ici des caniveaux défectueux, car, en dépit de toutes mes instances auprès des architectes, je n'avais pu en obtenir de meilleurs lorsqu'on construisit mon pavillon de la Maternité.

On pourrait cependant réaliser à peu de frais des caniveaux irréprochables, en les disposant de la façon suivante : Le sol est, comme je l'ai déjà dit, incliné vers l'un des angles de la salle ; là, au niveau même du sol, et se reliant avec lui, se trouverait un tuyau traversant directement l'épaisseur du mur et venant déboucher à l'extérieur. L'eau de lavage, entraînée par l'inclinaison du sol vers ce tuyau, s'y engagerait tout naturellement, s'écoulerait au dehors et tomberait dans un tuyau de descente. Il faudrait encore que ce tuyau de descente, extérieur au bâtiment, fût parfaitement droit, afin qu'avec une tête de loup et un liquide désinfectant, une solution de sulfate de cuivre par exemple, on pût sans difficulté procéder à son lavage, et le tenir dans un parfait état de propreté. Mais ce système ne serait pas complet, si on s'en tenait là. En effet, pour empêcher le reflux des gaz vers la salle, il faut pouvoir boucher ou déboucher à volonté le tuyau à son entrée dans le mur. Un tronc de cône métallique qui s'adapterait à l'ouverture de ce tuyau et le fermerait hermétiquement, suffirait parfaitement pour cet usage.

Pour qu'elles offrent toutes les garanties désirables au point de vue de l'hygiène, il faut, en outre, que les salles soient assez spacieuses ; le cubage doit être d'environ 60 mètres cubes par femme, en observant qu'il s'agit là d'un minimum,

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car il faut plus d'air pour une accouchée que pour une malade ordinaire. A côté d'elle, en effet, se trouve son enfant; de plus, les écoulements lochiaux, d'une part, les évacuations de l'enfant, d'autre part, vicient l'atmosphère et sont des causes d'insalubrité. Il faut donc beaucoup d'air, et cet air doit se renouveler aisément, ce qui rend une bonne ventilation indispensable.

Il y a différents systèmes de ventilation. Ici, à la Clinique, comme dans beaucoup d'hôpitaux, il y a des bouches de ventilation. Mais de tous les systèmes, je n'en connais pas de meilleur que la ventilation naturelle par les fenêtres. On ouvre les fenêtres au grand large, et l'air du dehors pénètre dans la salle. Toutefois, pour qu'un courant d'air s'établisse, les fenêtres doivent être opposées, et alors en quelques instants l'air est renouvelé. On s'en rend compte facilement par l'expérience suivante : Une chambre est remplie de fumée, on ouvre les fenêtres d'un côté, il faut beaucoup de temps avant que la fumée ait disparu. Si, au contraire, on ouvre simultanément les fenêtres de deux murs opposés, on voit le courant d'air emporter la fumée en tourbillons, et en quelques secondes celle-ci a disparu. Je n'ai malheureusement pas le temps d'insister sur ces questions qui sont pourtant fort intéressantes.

Les fenêtres doivent encore descendre très bas, presque au ras du sol, pour que le renouvellement de l'air en contact avec le parquet soit assuré ; c'est une disposition qui nous manque ici. Elle a été à peu près réalisée dans mon pavillon de la Maternité, et à l'hôpital Tenon, dont l'architecte avait bien voulu me demander quelques conseils.

Vous connaissez maintenant, Messieurs, dans ses points essentiels, la construction d'un hôpital de femmes en couches. Si une maternité répond à ces conditions, vous pourrez y réaliser une hygiène parfaite, et vos accouchées s'en trouveront bien ; mais il ne faudrait pas croire que vous n'observerez jamais d'accidents puerpéraux, car rien n'est absolu en médecine, et, malgré toutes les précautions prises, quelques femmes

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deviendront malades. Vous devrez alors éloigner ces femmes des accouchées saines, pour éviter la contagion. En admettant même que vous ayez la bonne fortune de n'observer aucun cas pathologique chez vos accouchées, vous ne pourrez empêcher qu'on ne vous apporte, de la ville, des femmes déjà infectées et qu'il vous faudra également isoler. Il est donc indispensable d'avoir, dans une maternité, des salles d'isolement réservées aux femmes malades.

L'insuffisance de l'isolement est le plus grand reproche qu'on puisse adresser à notre Clinique. On y a ménagé, il est vrai, deux petites chambres d'isolement; mais elles sont exiguës, n'ont de fenêtres que d'un seul côté, et, de plus, sont voisines des salles des accouchées saines, dont elles ne sont séparées que par un petit corridor étroit et contourné. C'est un isolement fictif, d'une insuffisance notoire, auquel il faudrait pouvoir remédier.

Si donc on vous consulte, plus tard, au sujet de la construction d'une maternité, vous ferez disposer les chambres d'isolement loin des salles des accouchées, le plus loin possible, et vous recommanderez qu'elles en soient séparées au moins par une galerie ouverte à l'air libre.

Je ne connais pas jusqu'ici d'isolement meilleur que celui de mon pavillon de la Maternité (1). Ce pavillon fait aujourd'hui partie du service de mon collègue, M. le professeur Pinard, qui le destine à l'isolement des femmes malades, comme je l'avais proposé dans le rapport que j'ai adressé à M. le Doyen de la Faculté, quand il s'est agi de l'organisation de la nouvelle Clinique d'accouchements.

Ce pavillon (fîg. 3), qui a deux étages, est divisé en trois parties : une médiane et deux autres latérales, identiques à droite et à gauche. La partie centrale est destinée au personnel, on y voit l'office qui sert de salle de surveillance ; dans les parties latérales, se trouvent les chambres des malades.

(1) Pinaed. ) Les nouvelles maternités et le pavillon Tarnier. Annales de gijnécologie, 1880, t. XIII. p. 444.

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— Coupes horizontales du pavillon d'isolement; la figure du haut repréla coupe du premier étage ; la ligure du bas la coupe du rez-de-chaussée.

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Il y par étage quatre chambres dont les murs et le sol sont construits d'après les principes que je vous ai exposés. Chaque chambre a une porte et une fenêtre : les portes s'ouvrent sur les façades, les fenêtres sur les pignons, de telle sorte que la ventilation est bien assurée. Mais les chambres ne communiquent ni entre elles, ni avec Y office ; on ne peut donc aller d'une chambre à l'autre qu'en passant au-dehors : ainsi, pour visiter l'une après l'autre deux chambres d'une même façade, il faut suivre la galerie extérieure ; pour passer d'une chambre exposée au nord à une chambre exposée au midi, il faut en outre traverser le vestibule du pavillon.

Dans ces conditions, il eût été difficile de surveiller les malades; c'est pourquoi j'ai fait enchâsser une glace sans tain dans le mur commun à chaque pièce et à l'office : une infirmière, placée dans l'office, voit alors ce qui se passe dans les chambres sans se déranger; de cette façon je suis arrivé à sauvegarder la surveillance sans porter atteinte au principe de l'isolement.

Un pavillon de ce genre réalise donc tous les desiderata d'un bon isolement.

Laçage des salles. — Quelque bien tenue que soit une maternité, qu'il y ait ou non des femmes malades, peu à peu les murs et les plafonds sont pollués, les poussières et, avec elles, les microbes s'y accumulent; la propreté n'existe plus, il faut intervenir. Il n'est point question de remettre tout à neuf, mais il est indispensable qu'on lave soigneusement les salles et les objets mobiliers.

Dans mon pavillon de la Maternité, je faisais procéder à un lavage complet des chambres après le départ de chaque femme. L'infirmier emportait tous les meubles et avec une lance projetait un fort jet d'eau sur le plafond, les murs et le sol, qu'on lavait ensuite avec une solution d'acide phénique ou de sublimé ; puis, pendant vingt-quatre heures, on laissait sécher la pièce, dont les fenêtres et la porte étaient maintenues largement

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ouvertes. On réinstallait ensuite le mobilier après l'avoir lavé, on changeait également la literie, de sorte que la chambre se trouvait alors sinon neuve, du moins remise à neuf. On pouvait donc sans crainte faire accoucher une autre femme dans cette chambre.

Ce qui est possible pour une chambre ne l'est plus pour une grande salle, destinée à loger plusieurs femmes, et dont les lits ne peuvent guère rester sans emploi, quand les accouchements sont nombreux. Quelquefois cependant une de nos salles se trouve vide ; on devrait alors profiter de cette circonstance pour en retirer tous les meubles et la laver complètement. C'est ce que je demande souvent et obtiens quelquefois.

Il est absolument inutile pour faire ce lavage d'appeler une équipe de peintres, comme on le fait aujourd'hui; un simple infirmier, muni d'une échelle assez haute, remplirait fort bien cet office, sans grande dépense et avec toute sécurité ; il serait donc utile qu'à chaque hôpital fût attaché un infirmier laveur.

J'en ai fini, Messieurs, avec tout ce qui concerne la construction d'une maternité, c'est-à-dire avec l'immeuble proprement dit. Je n'ai insisté que sur les choses essentielles, et bien des points ont été omis à dessein ou à peine signalés. Ce qu'il vous est indispensable de retenir, c'est que le bâtiment doit être propre, facile à maintenir propre, car sans propreté, point d'antisepsie possible.

b) — Mobilier des maternités .

J'arrive maintenant à l'étude du mobilier. Autant que possible les gros meubles doivent être en fer : lit de fer, table de nuit en fer, table et sièges en fer, le fer peint ou nickelé étant la seule substance d'un emploi commode, et qu'il soit facile de laver. Aussi, quand on a installé mon pavillon de la Maternité, ai-je eu soin de n'y laisser entrer que des meubles en fer.

MOBILIER DES MATERNITES

La charpente du lit sera donc en fer, sans ornements, réduite à sa plus simple expression. Je n'insiste pas ; vous en avez la sous les yeux deux modèles (figures 4 et 6).

Autrement difficile est la question du sommier ; elle ma beaucoup préoccupé en 1876, et, à cette époque, j'ai examine des sommiers de différents sortes qui ne m'ont pas satistait,

FlG 4. — Premier modèle de lit en fer

car ils reposaient tous sur le principe de ces ressorts en spirale, qui sont de véritables nids à microbes. Je fis même venir de Londres une grande toile métallique, percée de trous comme une écumoire et qui, m'avait-on assuré, constituait un bon sommier ; en réalité on y était fort mal couché. C'est alors qu on me fit voir le sommier que je vous montre et que j'adoptai (ngu-

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res 4 et 5). Il est très simple et par conséquent facile à maintenir propre. Il se compose de bandes métalliques, élastiques, de la largeur de deux doigts, parallèles les unes aux autres, et maintenues en état de tension permanente par leur fixation sur deux demi-cylindres qui terminent le châssis du sommier ;

quand ces bandes deviennent trop lâches, on peut les rendre plus rigides, en augmentant leur tension à l'aide de vis placées à l'une de leurs extrémités.

Il y a un an, je faisais partie d'une Commission nommée par l'Assistance publique pour donner son avis sur le meilleur sommier à adopter dans les hôpitaux. Au Magasin central de l'Administration, on avait réuni un grand nombre de modèles de sommiers, qui tous avaient la prétention d'être hygiéniques.

MOBILIER DES MATERNITES

La Commission choisit le sommier que je vous présente (figures 6 et 7) ; il est encore meilleur que le précédent auquel il ressemble d'ailleurs beaucoup.

Ce sommier, vous le voyez, a la forme d'un gril, qui repose simplement sur le châssis du lit ; on peut donc l'enlever aisément. Les bandes construites en fer, ont environ deux travers de

Fig. 6. — Lit en fer, dernier modèle, avec sommier mobile.

doigt de largeur, elles sont légèrement convexes suivant leur grande dimension, et, au lieu d'être fixées à deux cylindres immobiles, elles sont maintenues de la façon suivante : vers la tête du sommier, se trouve une barre métallique rectiligne sur laquelle les bandes sont fixées invariablement ; à l'autre extrémité, elles sont au contraire vissées deux par deux sur des tiges transversales, mobiles les unes sur les autres et qui

60 DES MATERNITÉS AU POINT DE VUE DE l'aNTISEPSIE

permettent l'allongement de chaque bande séparément (fig. 8). Grâce à cette disposition, le sommier jouit d'une grande sou-

G.DEVV BLMANET

FlG. 7. — Lit démonté ; le sommier est représenté de face.

FlG. S. — Détail de la partie articulée du nouveau sommier.

plesse, puisque chacune des bandes métalliques qui le forment peut se raccourcir et s'allonger indépendamment des autres,

MOBILIER DES MATERNITES

suivant la pression qu'elle subit. C'est le sommier que j'ai demandé pour la nouvelle Clinique de la Faculté. Il a tous les avantages et je vous conseille de l'employer.

Un autre meuble indispensable est la table de nuit. J'en vis, en 1876, un grand nombre de modèles, mais aucun ne me plut. Je résolus alors d'en faire construire un moi-même ; le voici tel qu'il a été fabriqué et tel qu'il est encore employé (fig. 9), car on

FlG. 9. — Table de nuit démontable en fer.

n'en a pas trouvé de meilleur; il n'est guère artistique, j'en conviens, mais en somme il n'est pas beaucoup plus laid qu'un autre. C'est un meuble tout en fer, réduit à sa plus simple expression, ne possédant, ni porte, ni tiroir, ni aucun de ces diverticules profonds, qui recèlent ordinairement des impuretés de toutes sortes.

Cette table de nuit, quadrangulaire, est formée par quatre montants en fer verticaux, qui supportent trois tablettes, une en

DES MATERNITÉS AU POINT DE VUE DE L ANTISEPSIE

bas, une à mi-hauteur du meuble et la troisième en haut; la dernière tablette est entourée d'une galerie qui retient les objets. L'un des côtés est toujours ouvert, les autres sont fermés par trois plaques de tôle unie. Ces plaques glissent sur le cadre du meuble, contre lequel elles sont retenues par deux petits crampons ; il suffit de les soulever pour les enlever et démonter complètement l'appareil ; alors il ne reste ni paroi, ni angle, ni coin, et on peut laver, brosser et essuyer la table de nuit avec la plus grande facilité.

Ajoutez, au lit et à la table de nuit, une petite table en fer, comme celle des terrasses de cafés, et des sièges quelconques en fer, et vous aurez le mobilier nécessaire à chaque accouchée. Il faudra cependant encore un berceau, qui sera construit sur les mêmes indications que le grand lit, ainsi qu'un chariot en fer, qui servira à transporter les femmes à la salle de travail ou dans les salles des accouchées.

c) — Salle d'accouchements.

Ce que je viens de dire, pour les salles des accouchées, s'applique avec plus de sévérité encore, si cela est possible, à la salle d'accouchements. Le sol sera dore imperméable à l'eau et légèrement incliné vers un caniveau; les murs et le plafond seront nus, sans saillies, sans reliefs sur lesquels s'amasseraient les poussières ; ils seront peints à l'huile, afin qu'on puisse les laver souvent sans les détériorer. J'ajouterai cependant un détail : comme, dans la salle de travail, il est possible que les murs soient éclaboussés par du sang ou du liquide amniotique, il serait désirable que, jusqu'à une certaine hauteur, ces murs fussent recouverts d'une substance absolument imperméable, de faïence vernissée ou de plaques de verre, par exemple, ainsi qu'on le voit dans la salle d'opération de quelques chirurgiens. La faïence et le verre se lavent plus facilement que la peinture et résistent davantage. Cette couche

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