‹ De l'asepsie et de l'antisepsie en obstétrique [electronic resource]Chapitre 13 sur 81 · SALLE D'ACCOUCHEMENTS · texte numérisé non relu

SALLE D'ACCOUCHEMENTS

protectrice recouvrirait, jusqu'à une hauteur de 1 mètre 50 ou 2 mètres, tous les murs de la salle de travail, y compris le mur qui donne à l'extérieur.

Le mobilier sera en fer : mêmes lits, mêmes tables, mêmes chaises que dans les salles des accouchées ; la table sur laquelle on place les enfants qui viennent de naître, sera également en fer; en somme, les principes qui nous ont guidés, quand nous avons choisi le mobilier destiné aux salles des nouvelles accouchées, seront appliqués ici rigoureusement.

C'est dans les salles d'accouchements qu'on a le plus souvent besoin de divers objets, tels que sondes, canules, paquets de coton antiseptique, gaze à pansement, etc. Tous ces objets doivent être placés dans une armoire vitrée. Cette vitrine ne sera pas recouverte à sa partie supérieure par une tablette horizontale, ainsi qu'on le voit presque partout, mais terminée par un plan incliné, oblique en bas et en avant, dont la surface glissante sera facile à surveiller et à maintenir propre, tandis que les tablettes horizontales sont d'effroyables nids à poussière. Il devrait en être de même, dans tout hôpital, pour les meubles servant d'armoires.

La vitrine sera hermétiquement fermée, afin que la poussière n'y pénètre pas. Il faut, en effet, que tous les objets qui y sont placés, restent absolument propres; j'ajoute qu'ils devront, pour plus de sûreté, être renfermés dans des boîtes métalliques ou des bocaux bien bouchés : ainsi, par exemple, le coton des paquets déjà ouverts sera conservé dans des boîtes en fer-blanc bien closes ; les canules et les sondes, dont on a un besoin constant, tremperont en permanence dans des récipients contenant une solution antiseptique et hermétiquement fermés. Ce n'est qu'en prenant des précautions aussi minutieuses qu'on évitera d'infecter les femmes, car souvent, pour faciliter ou terminer un accouchement, on peut être obligé d'introduire dans les organes génitaux, soit une sonde ou une canule à injection, soit le doigt ou la main ; il faut donc que ni le doigt, ni la main, ni les instruments, n'aient été en contact avec un

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objet, je ne dirai pas malpropre, mais simplement suspect de ne pas être d'une propreté absolue au point de vue bactériologique.

Si, dans les salles des accouchées, une femme infectée est un danger pour ses voisines, le danger est encore plus grand dans la salle de travail. Ici, à la Clinique, on amène assez souvent des femmes dont l'accouchement n'a pu être terminé en ville, malgré plusieurs tentatives d'opération. Ces femmes sont quelquefois déjà malades au moment de leur entrée, et répandent autour d'elles une odeur pleine de menaces ; à leur contact, l'air de la salle, le lit sur lequel on les couche, les mains des personnes qui les soignent, sont bientôt infectés par des myriades de microbes. Il faudra donc redoubler de précautions pour que l'infection ne soit pas portée à distance par l'intermédiaire de l'air, des linges et plus directement par les doigts. Le mieux serait d'avoir à sa disposition deux salles de travail ; on pourrait alors isoler dans la seconde salle toute femme suspecte qui serait amenée à l'hôpital et la faire soigner par un personnel distinct. Habituellement on n'utiliserait qu'une salle à la fois; puis, quand on jugerait nécessaire de la laver soigneusement et de la laisser reposer, on cesserait d'y faire des accouchements et on emploierait la seconde, qui serait plus tard évacuée à son tour.

Depuis longtemps je suis convaincu de la nécessité de deux salles de travail; aussi, quand il y a quelques années, j'ai contribué à dresser les plans des nouveaux bâtiments de la Maternité, un de mes premiers soins a été de demander qu'on y construisit deux salles d'accouchements ; j'ai été assez heureux pour les obtenir et j'ai pu en apprécier l'utilité, pendant les quelques mois que j'ai dirigé ce service avant de le transmettre à mon collègue M. Pinard. Je crois donc que dans toute maternité, grande ou petite, il devrait y avoir deux salles de travail.

DE LA PURIFICATION DE l'eAU

cl) — De la purification de l'eau employée dans une maternité.

Dans une maternité, l'eau a une importance capitale. Il faut de l'eau froide et de l'eau chaude dans toutes les salles ; il en faut même beaucoup, non seulement pour le lavage des mains, les toilettes ou les injections des femmes, mais encore pour laver le sol et les murs. Malheureusement l'eau, quelle que soit sa provenance, est contaminée par des microbes (voyez p. 37).

Il faut donc la purifier avant de l'employer ; pour cela deux moyens sont à peu près partout à notre disposition : la filtration et l'ébullition.

Filtration. — Il existe un très grand nombre de filtres ; mais aujourd'hui il est accepté par tout le monde que le plus parfait est le filtre Chamberland, dont le principe repose sur des expériences de M. Pasteur, qui ont démontré que l'eau est débarrassée de tous ses microbes en traversant de la porcelaine tendre. Or, dans cet appareil, l'eau ordinaire filtre à travers des tubes de porcelaine tendre ayant la forme de bougies, et on peut admettre qu'à la sortie de ces bougies elle est exempte de micro-organismes. Pourtant il faut prendre garde, car quelquefois il y a de petites fissures dans la porcelaine, ou bien cette dernière est trop poreuse, et alors elle laisse passer quelques germes. Malheureusement encore l'eau n'y passe qu'avec une certaine lenteur, ce qui constitue un inconvénient sérieux, quand on en fait une grande consommation; déplus, ce filtre exige de fréquents nettoyages. Je vous engage néanmoins à vous servir du filtre Chamberland, c'est celui que j'ai fait installer dans nos salles.

Ebullilion. — L'ébullition tue la plupart des microbes; cependant quelques micro-organismes résistent à l'ébullition, même

TABNIER.

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prolongée ; mais ce sont les corpuscules-germes, les spores, qui offrent le maximum de résistance. Après deux et même quatre heures d'ébullition, l'eau contient encore des spores vivantes, capables de se développer et de se multiplier. M. Straus a dit, en effet, dans un mémoire remarquable, publié récemment : « Les expériences qui viennent d'être exposées démontrent donc combien était erronée l'opinion de ceux qui pensaient que tout ce qui a vie meurt nécessairement au bout d'un court séjour dans l'eau à 100°. Les spores des bactéries représentent les formes les plus résistantes du monde animé ; il en est, celles du bacille du foin par exemple (et nous apprendrons à en connaître d'autres plus résistantes encore), qui supportent sans périr plusieurs heures d'ébullition dans l'eau. La simple ébullition môme très prolongée, en vase ouvert ou en vase clos, est donc un moyen de stérilisation absolument incertain » (1). D'où cette conclusion que si l'eau bouillie est préférable à l'eau ordinaire, elle ne réalise pas toutes les conditions nécessaires, car elle peut encore contenir des micro-organismes vivants.

Vous ne vous contenterez donc pas de l'ébullition simple, puisqu'avec elle il vous sera impossible d'obtenir de l'eau parfaitement stérilisée.

Laissez-moi encore, à ce propos, vous dire ce que nous avons observé dans le service, il y a quelques semaines. Vous savez que, désirant me rendre compte de la valeur antiseptique de diverses formules d'injections vaginales, j'ai adopté pour chaque salle un liquide différent et que dans l'une d'elles, les injections devaient être faites simplement avec de l'eau bouillie. Or, comme j'observai, peu de temps après, de la morbidité dans cette salle, je suspectai la pureté de l'eau bouillie, et je priai M. Vignal de l'examiner au point de vue microbiologique. Il trouva qu'elle fournissait 30 colonies de microbes par centimètre cube, tandis que l'eau non bouillie fournissait 71 colonies ! Fallait-il en conclure que l'ébullition n'avait eu que

(1) Straus. De la stérilisation et de la désinfection par la chaleur. Archives de médecine expérimentale. Paris, 1890, p. 312.

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