‹ De l'asepsie et de l'antisepsie en obstétrique [electronic resource]Chapitre 19 sur 81 · INSUFFISANCE DE L EAU SIMPLE · texte numérisé non relu

INSUFFISANCE DE L EAU SIMPLE

les injections au sublimé, à cause de la rétention partielle du placenta. La température de la malade atteignit 40°, 4 comme maximum. Les débris placentaires furent expulsés le troisième jour et les injections d'eau tiède remplacèrent le sublimé». Certes, je ne reproche pas à M. Lancry d'avoir employé l'acide phénique à 6 0/0, ni à M. Delbecq d'avoir fait usage du sublimé, mais cette conduite ne dénote pas de leur part une grande confiance dans l'efficacité de l'eau simple, et cela amoindrit singulièrement la valeur de leur statistique.

M. Lancry n'était donc pas autorisé à dire : « La démonstration de l'excellence de l'eau simple comme liquide d'injections vaginales chez les accouchées ne ressort-elle pas claire et évidente de ces faits, et les accoucheurs qui emploient la liqueur de Van Swieten pourraient-ils donner une statistique beaucoup meilleure ? » Pour répondre à cette assertion, il me suffira de vous rappeler les chiffres que je vous citais tout à l'heure et qui se rapportent à des accouchements ayant eu lieu à Paris (322 accouchements, 1 décès ; 1258 accouchements, 0 décès) ; il me suffira encore de vous renvoyer aux statistiques que j'ai fait passer sous vos yeux au commencement de ces leçons, statistiques portant sur plus de 15,000 accouchements, et qui prouvent que la méthode antiseptique, avec l'emploi du sublimé, a fait tomber la mortalité de la [Maternité à 1 0/0 et celle de la Clinique à moins de 1 0/0. Vous n'avez pas oublié non plus, je pense, que, si faible qu'elle soit aujourd'hui, cette mortalité n'en est pas moins presque entièrement imputable à des accidents (éclampsie, hémorrhagies, rupture de l'utérus, etc.), sans aucune relation avec la septicémie et que l'infection puerpérale, a pour ainsi dire disparu de nos hôpitaux, où affluent pourtant les cas graves envoyés de la ville ; aussi voyons-nous assez souvent des séries de plusieurs centaines d'accouchements sans un seul décès (1).

Voilà les bienfaits de la méthode antiseptique. Quant aux

(1) Pendant l'année scolaire 1890-1891, sur 1,340 accouchements, il n'y a pas eu un seul décès par infection puerpérale dans mon service.

de l'asepsie en obstétrique

états de service de l'eau simple, ils ne sont pas encore solidement établis.

D'ailleurs, les injections d'eau simple n'ont qu'un effet mécanique, celui d'entraîner au dehors les matières infectieuses. C'est bien ainsi du reste que M. Lancry interprète leur action : « L'eau simple ne stérilise pas les lochies, mais elle expulse les lochies et les agents infectieux, microbes ou autres, auxquels elles servent de véhicule. » Cependant il est loin d'être démontré que, même à ce point de vue, les injections soient complètement efficaces.

Dans le but d'éclairer cette question, j'ai fait faire quelques expériences par mon préparateur, M. Vignal, qui a pris des morceaux de flanelle imprégnés de streptocoque, les a introduits dans un tube de verre, et a fait passer dans ce tube, pendant 1 heure et même 2 heures, un courant d'eau stérilisée. La flanelle, quoique soumise à une irrigation d'aussi longue durée, n'en a pas moins fourni des cultures de streptocoque, quand on l'a plongée dans un bouillon nutritif. Assurément une expérience de ce genre n'est pas absolument probante, car il ne faut pas assimiler un tissu de flanelle à la muqueuse vaginale; néanmoins les muqueuses du vagin et du col utérin présentant, comme la flanelle, des anfractuosités et des replis qui servent d'abri aux micro-organismes, un simple courant d'eau est insuffisant à les entraîner. C'est ce que démontrent, avec une entière évidence, plusieurs travaux ayant pour base des recherches cliniques dont je vous parlerai plus tard (voyez Antisepsie pendant la grossesse).

Enfin, après avoir lu ce que M. Lancry avait écrit sur les heureux résultats obtenus avec les injections vaginales d'eau simple ou bouillie, j'ai voulu me rendre compte par moi-même de la valeur de ces dernières, et, dans l'une de mes salles, j'ordonnai que les injections fussent faites avec de l'eau bouillie. Vous avez vu, dans cette salle, la moyenne des températures s'élever très rapidement et deux femmes être atteintes de septicémie. L'une d'elles eut un grand frisson, et on lui fit deux

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