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INSUFFISANCE DE L'EAU SIMPLE

injections intra-utérines avec du sublimé à 1 sur 5000. Les accidents septicémiques disparurent aussitôt, mais la malade fut intoxiquée profondément par le sublimé, et vous n'avez pas oublié les craintes qu'elle nous a inspirées. Fort heureusement, elle est sortie de la Clinique complètement guérie, mais si elle avait succombé, j'aurais été en quelque sorte autorisé à dire que sa mort devait être attribuée aux injections d'eau bouillie, puisque celles-ci ayant été impuissantes à prévenir la septicémie, nous avaient forcés de recourir aux injections intra-utérines de sublimé.

Voilà, Messieurs, les graves accidents auxquels vous exposeriez vos accouchées, si vous vous laissiez aller à employer l'eau simple. En vérité, ce n'est pas avec 173 accouchements heureux qu'on peut faire sérieusement la critique d'une méthode aussi efficace que la méthode antiseptique qui a fait ses preuves dans tous les pays.

Dans la pratique obstétricale, l'eau simple ne donne donc ni X asepsie ni X antisepsie, mais une sécurité trompeuse qui expose l'accoucheur à de terribles surprises (1).

Cependant, depuis ces dernières années, on cherche à substituer l'asepsie à l'antisepsie, en opposant à l'emploi constant

(1) Au commencement de l'année 1891, M. Lancry a lu, devant la Société des sciences médicales de Lille, un mémoire (*) à la fin duquel il expose que pour une nouvelle série de 42 accouchements où il a employé les injections vaginales d'eau simple, 3 femmes furent assez sérieusement malades. Chez la première, il y avait eu rétention des membranes pendant 24 heures, et M. Lancry fit deux injections intra-utérines d'acide phénique à 5 0/0. La seconde eut un érysipèle à point de départ vulvaire. Enfin, chez la troisième, la fièvre débuta le deuxième jour; il se développa une salpingite gauche, et, six semaines après l'accouchement, cette femme avait encore des douleurs abdominales et des accès de fièvre. A propos de cette femme, M. Lancry exprime même le regret de n'avoir pas pratiqué d'injection intra-utérine (p. 15).

Toujours est-il que M. Lancry est moins absolu dans ce second mémoire que dans le premier, et s'il conserve encore une prédilection marquée pour les injections d'eau simple, du moins il accorde que parfois on est obligé de recourir aux antiseptiques.

(*) Lancry. L'accouchement et la fièvre puerpérale à la campagne. Kosendael, Brochure, in-8°, 1891.

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des antiseptiques des objections sérieuses auxquelles je veux répondre.

On a dit qu'avec de l'eau simple, bien stérilisée, et une propreté méticuleuse, quelques chirurgiens, comme Lawson Tait, Bantock, etc., obtiennent des résultats au moins aussi satisfaisants que les chirurgiens qui font usage des antiseptiques. Soit. Mais les conditions ne sont pas les mêmes en chirurgie et en obstétrique. Voyez plutôt : Quand on veut pratiquer une opération chirurgicale, on exige pour le malade une propreté irréprochable ; la région, sur laquelle portera le bistouri, est savonnée, rasée, brossée et lavée avec le plus grand soin ; les instruments sont d'une asepsie parfaite; enfin, la désinfection des mains de l'opérateur est absolue, c'est alors seulement qu'on procède à l'opération. Il s'agit, par exemple, d'une ovariotomie : l'incision de la paroi abdominale est aussi petite que possible ; le kyste est attiré au dehors ; on sectionne son pédicule après l'avoir lié ; on se hâte de fermer la plaie abdominale par des sutures, et on la recouvre d'un pansement assujetti de manière à offrir aux microbes une barrière infranchissable, pansement qu'on renouvelle aussi rarement que possible.

Se trouve-t-on dans les mêmes conditions avec une nouvelle accouchée ? Evidemment non, et cela pour plusieurs raisons. D'abord, le canal génital, à cause de sa profondeur, de ses diverticules, des nombreux replis de sa muqueuse, est difficile à désinfecter ; puis, le voisinage de l'anus et du méat urinaire est non-seulement une cause permanente d'infection, mais encore un obstacle à l'application d'un pansement occlusif de la vulve, qui est toujours plus ou moins béante, accessible par conséquent aux microbes. Enfin, les déchirures qui résultent de l'accouchement sont souvent à ce point irrégulières et contuses, qu'il est impossible de les bien réunir par la suture.

Au point de vue de l'asepsie, ce qui est vrai en chirurgie ne l'est donc pas toujours en obstétrique. En admettant même

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qu'il fût un jour démontré que l'asepsie est suffisante en chirurgie, je pense qu'on ne pourrait jamais s'en contenter en obstétrique. 11 y a, en effet, chez les accouchées, trop de causes d'infection auxquelles nous ne pouvons les soustraire complément, pour qu'il soit prudent de renoncer chez elles à l'emploi des substances antiseptiques.

La propreté est bonne, à coup sûr, excellente même ; elle est la condition sine quâ non de toute antisepsie, mais à elle seule, elle est insuffisante. Si, grâce à une propreté méticuleuse, à une désinfection absolue de nos mains et de nos instruments, nous ne portons pas de microbes dans les organes génitaux, nous ne détruisons ni ceux qui y existaient, ni ceux qui y pénètrent, malgré les pansements vulvaires les mieux appliqués. Ces microbes, il est donc prudent de les tuer ou de les neutraliser avec des agents antiseptiques.

Supposons encore, je le veux bien, que, dans certains cas, nous puissions nous contenter de l'asepsie, mais serions-nous autorisés à le faire chez les malheureuses femmes, revêtues de vêtements sordides, qui arrivent à l'hôpital avec tous les stigmates de la misère ? Evidemment non, car ces femmes portent, sur elles, des milliers de micro-organismes. Recouvrir ces femmes de linge propre, leur donner un bain savonneux, suivi d'une toilette vulvaire avec de l'eau ordinaire et du savon, pratiquer chez elles des injections vaginales avec de l'eau bouillie, c'est faire sans doute de la bonne besogne, mais ce n'est pas obtenir une désinfection complète. Après ces manipulations, il restera encore, en effet, beaucoup de microbes vivants dans les organes génitaux de ces femmes, car l'eau bouillie n'aura pas entraîné tous les micro-organismes et aura glissé sur ceux qu'elle y laisse sans pouvoir les tuer. (Voyez : Antisepsie pendant la grossesse.)

Je me suis étendu longuement sur cette question, parce que j'ai tenu à vous prémunir contre le danger qu'il y aurait à vouloir contester l'utilité de l'antisepsie génitale dans la

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pratique des accouchements, et aussi vous mettre en garde contre les désastres auxquels vous vous exposeriez si, partageant l'engouement injustifiable dont l'eau simple a été l'objet de la part de quelques médecins, vous renonciez à l'emploi des solutions antiseptiques chez vos accouchées, pour vous contenter d'eau simple.

Tous les antiseptiques, même les plus faibles, valent mieux que l'eau simple : la clinique et le laboratoire le démontrent. Dans un hôpital comme celui-ci. employer l'eau simple, bouillie, ou môme stérilisée à l'autoclave, ce serait s'exposer presque sûrement à faire éclater des épidémies puerpérales analogues à celles qui décimaient autrefois les maternités ; l'expérience nouvelle que je viens d'en faire à la Clinique le démontre une fois de plus (voyez p. 122).

L'antisepsie est, au contraire, la sauvegarde des nouvelles accouchées.

Je tiens à l'affirmer avec énergie, car quelques accoucheurs, surtout en Allemagne, estiment qu'il faut renoncer pendant la grossesse, l'accouchement et les suites de couches, à la plus grande partie des pratiques antiseptiques, et spécialement aux injections vaginales, non seulement dans les cas normaux, mais encore dans les cas de dystocie. Ils croient trouver des arguments décisifs en faveur de leur manière de voir dans des statistiques publiées par Léopold, Mermann, etc., statistiques qui montrent que, sur plusieurs centaines de femmes accouchées spontanément ou artificiellement, sans qu'on ait procédé chez elles à la désinfection du vagin, la morbidité a été très faible et la mortalité presque nulle. Mais je n'insiste pas davantage sur ce sujet, car j'aurai à le traiter avec quelques développements dans les chapitres consacrés à l'antisepsie pendant l'accouchement et les suites découches.

Il faut remarquer, toutefois, qu'indépendamment delà désinfection absolue des mains de l'accoucheur et de la sage-femme, de la stérilisation des linges, etc., toutes précautions qui constituent l'asepsie et que ces auteurs regardent comme

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