QUATRIÈME PARTIE
Autrefois, on faisait empiriquement un peu d'antisepsie, au moyen de divers agents désinfectants ou antiputrides, mais on n'a réellement compris le mode d'action des substances antiseptiques, que depuis M. Pasteur, dont les admirables découvertes ont révolutionné la médecine de fond en comble. C'est en s'inspirant de ces découvertes que Lister, en 1867, conçut et introduisit dans la pratique chirurgicale la méthode antiseptique (1). Cette méthode cependant ne fut acceptée que tardivement en France, et c'est à M. J. Lucas-Championnière que revient le grand honneur de l'avoir préconisée et vulgarisée dans notre pays, en publiant successivement, en 1869, 1875, 1876, 1880 (2), différents travaux sur l'application de l'antisepsie à la chirurgie et à l'obstétrique.
Au début, avec Lister, l'acide phénique était le seul agent antiseptique employé. Mais bientôt, grâce aux recherches de laboratoire, différentes substances vinrent prendre place à côté de lui, et des expérimentateurs tels que O'Nial (3),
(1) J. Lister. On a new method of treating compound fractures, abscess, etc., with observations on the conditions of suppuration. Lancet, t. I, mars 1867, p. 326 et suiv.
(2) J. Lucas-Championnière. Chirurgie antiseptique. Principes, modes d'application et résultats du pansement de Lister. Paris, 2e édit., 1880.
(3) O'Nial. The relative powerof some reputed antiseptic agents. Army médical Report for 1871. Londres, 1872, p. 202 (d'après Vallin).
TARNLER.
Buchholtz (1), Jalan de la Croix (2), Miquel (3), dressèrent des tables où les antiseptiques furent classés par rang d'activité. Vous en trouverez un bon résumé dans le traité de M. Vallin (4). Il m'est impossible d'étudier ici ces travaux, et je dois me borner à en tirer les déductions suivantes :
1° Les résultats obtenus par les différents expérimentateurs ne sont pas tout à fait concordants ;
2° La résistance plus ou moins grande, que les bouillons de culture additionnés d'une substance antiseptique quelconque, opposent à la pullulation des microbes, n'est pas toujours proportionnelle à la quantité de cette substance antiseptique ;
3° Tel antiseptique tue un microbe et n'a que peu d'action sur un autre microbe.
Les reclierches des expérimentateurs n'ont d'ailleurs pas toujours porté sur les microbes qu'on observe chez les femmes en couches, de sorte qu'on ne peut pas généraliser les résultats de leurs recherches, ni les appliquer en particulier à l'obstétrique.
En obstétrique, en effet, il faut avoir principalement en vue trois microbes (voir p. 24) :
Le streptococcus pyogenes,
Le staphylococcus aureus,
Le vibrion septique.
Pour savoir comment ces trois microbes se comportent visà-vis des différents antiseptiques, de nouvelles recherches m'ont donc paru nécessaires. J'en ai chargé mon préparateur, M. le docteur Vignal, et je lui ai demandé de faire plusieurs séries d'expériences, dont j'ai arrêté avec lui le programme, et dont j'ai suivi attentivement les résultats. Mais à lui seul appartient le mérite de l'exécution et de la technique
(1) Buchholtz. Uber das Verhalten von Bakterien zu einigen Antisepticis. Inang. Dissert. Dorpat, 1876.
(2) Jalan de la Choix. Das Verhalten der Bakterien des Fleischwassers gegen einige Antiseptica. Arch. fur experim. Pathol., 1881, t. XIII, p. 175.
(3) Miquel. Les organismes vivants de V atmosphère. Paris, in-8°, 1883.
(4) Vallin. Traite des désinfectants et de la désinfection, Paris, in-8°, 1883.
STREPTOCOQUE ET STAPHYLOCOQUE
de ces expériences qui sont délicates, difficiles, et demandent beaucoup de temps, de patience et d'habileté. Je ne saurais trop le remercier du soin et du zèle qu'il y a apportés.
Je vais vous exposer d'abord ces expériences avec détail ; je passerai ensuite à l'étude de chaque antiseptique en particulier.