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I. RECHERCHES EXPERIMENTALES RELATIVES A L'ACTION DE

QUELQUES ANTISEPTIQUES SUR LE STREPTOCOQUE, LE STA- PHYLOCOQUE ET LE VIRRION SEPTIQUE.

a. — Streptocoque et Staphylocoque (1).

Les résultats auxquels nous sommes arrivés, M. Vignal et moi, avec le streptococcus pyogenes et le staphylococcus aureus, ont été si remarquablement les mêmes, qu'il y aurait inutilité à les exposer séparément ; nos chiffres s'appliqueront donc également à ces deux microbes.

Nous avons expérimenté sur eux -exactement dans les mêmes conditions ; toutefois, les cultures du streptocoque ont été faites dans du bouillon de touraillon peptonisé, et filtré à la bougie Chamberland, d'après le procédé de M. G. Roux (de Lyon), tandis que le staphylocoque a été cultivé dans le bouillon de veau, préparé comme il l'est en général pour les études bactériologiques.

(1) L'exposé de ces recherches a été fait dans les leçons que j'ai professées du 19 au 29 avril 1890 ; il a été publié en grande partie, le lor juillet 1890, dans les Archives de médecine expérimentale et d'anatomie pathologique, et a paru sous le titre de Recherches expérimentales relatives à l'action de quelques antiseptiques sur le streptocoque et le staphylocoque pyogenes, parle professeur Taenier et M. \V. Vignal. Je ne fais donc guère que le transcrire ici, avec quelques modifications ou additions qui me paraissent utiles aujourd'hui.

En rédigeant ces leçons, j'y ai ajouté l'étude de certaines matières colorantes désignées sous le nom de pyoctanines et étudiées par Stilling et par MM. G. Sée et Morau ; de la microcidine que M. Berlioz vient de préconiser, et enfin du lysol et du fluochlorure de sodium. Mais je n'ai parlé de ces substances ou ne les ai expérimentées qu'après avril 1890.

Outre les antiseptiques généralement employés en obstétrique, tels que le bichlorure de mercure, l'acide phénique, etc., nous avons expérimenté sur quelques autres substances dont l'étude nous a paru intéressante. Parmi ces dernières, nous signalerons : la créoline, autour de laquelle on a fait grand bruit et qui jouit d'une certaine vogue en Allemagne ; l'oxycyanure de mercure dont M. P. Chibret a obtenu de bons résultats en ophtalmologie, et qui a l'avantage de ne pas attaquer les tranchants des couteaux ; divers sels de cuivre étudiés par M. Galippe.

lTe Série d'expériences.

Dans cette série d'expériences, nous avons procédé comme l'ont fait O'Nial, Jalan de la Croix et presque tous les auteurs qui, après eux, ont étudié l'action des antiseptiques. C'està-dire qu'immédiatement après avoir inoculé un bouillon de culture avec un microbe, nous avons ajouté à ce bouillon l'antiseptique destiné à empêcher le développement du microbe, et que nous avons déterminé, par des recherches plus ou moins nombreuses, la dose d'antiseptique nécessaire pour atteindre ce but. Ces expériences sont très instructives, mais je me hâte de vous faire remarquer que, des renseignements qu'elles fournissent, on ne peut déduire que des indications approximatives sur la valeur antiseptique de ces diverses substances, considérées dans leurs applications cliniques.

Voici comment nous avons procédé. Dans 50 grammes de bouillon nutritif, nous avons introduit successivement 2 gouttes d'une culture de streptocoque ou d'une culture de staphylocoque et une dose variable d'antiseptique ; puis nous avons placé les ballons dans l'étuve à 36°-38°.

Si, au bout de quatre jours, il ne s'était pas encore développé de flocons dans le bouillon nutritif, nous ensemencions de nouveau les ballons avec deux autres gouttes des cultures précédentes, et nous les remettions à l'étuve pour six jours.

STREPTOCOQUE ET STAPHYLOCOQUE

Nous avons déterminé par ces expériences qu'il fallait, pour empêcher le développement du streptocoque et du staphylocoque, introduire dans un litre de bouillon :

Streptocoque et Staphylocoque.

grammes

0,015. ... de bichlorure de mercure pur, additionné du double de son poids d'acide tartrique ou de chlorhydrate d'ammoniaque, ou encore de 100 fois son poids d'alcool.

0,04-0,045 de biiodure de mercure, additionné du double de son poids d'iodure de potassium.

0,90 d'iode dissous dans l'eau, avec addition du double

de son poids d'iodure de potassium.

2 d'acide phénique.

0,165. ... de sulfate de cuivre.

0,700. . . . d'acide salicylique.

0,165 de thymol dissous dans l'eau, avec addition du

quart de son poids de soude caustique.

3 d'acide phénylsulfurique.

0,05 d'oxycyanure de mercure.

0,675. ... de chlorure de cuivre.

0,74 de sulfate de cuivre ammoniacal.

0,980. . . . d'azotate de cuivre ammoniacal.

4 d'hydrate de chloral.

3 de créoline Pearson (1).

3,335. . . . d'acide borique.

0,700.... de naphtoip.

0,57 de cyanine (bleu de quinoléine).

0,75 de safranine.

0,35 de violet de méthyle (pyoctanine) (1).

0,35 de jaune(auramine) de méthyle (pyoctanine).

0,20 de microcidine.

1,50 de lysol.

0,25 de fluochlorure de sodium.

(1) La créoline de Pearson rendant trouble le bouillon de culture, et le violet de méthyle le rendant peu transparent, nous avons déterminé la dose d'antiseptique qu'il était nécessaire d'ajouter aux bouillons pour les rendre stériles en ensemençant quelques gouttes de ces bouillons dans des tubes de gélose nutritive, toutes les fois que l'examen microscopique nous paraissait douteux.

RECHERCHES EXPERIMENTALES

5e Série d'expériences.

Les premières expériences, que nous venons de relater, n'indiquent qu'une seule chose : la dose d'antiseptique nécessaire pour empêcher le développement du streptocoque, dans un houillon de culture préalablement stérilisé ; mais des conditions analogues n'existent pour ainsi dire jamais en clinique, où on a généralement affaire à un milieu déjà peuplé de microorganismes qui y pullulent.

Pour arriver à connaître la dose d'antiseptique qui tuera le streptocoque en voie de développement dans le bouillon nutritif, il faut modifier l'expérience.

A cet effet, nous avons ensemencé des ballons de bouillon avec une goutte d'une culture de streptocoque âgée de quarante-huit heures, puis nous avons placé les ballons pendant 24 heures dans Fétuve à 30° ; le streptocoque s'était alors un peu développé, et l'on apercevait dans le bouillon quelques petits flocons, très suffisants pour indiquer que le micro-organisme était en plein développement, mais pas assez nombreux cependant pour gêner les observations ultérieures.

Nous avons introduit alors, dans ces bouillons, des doses croissantes d'antiseptiques, et porté ensuite les ballons àl'étuve à 36°-38°.

Lorsque la dose d'antiseptique a été suffisante pour arrêter le développement du streptocoque, on ne voit, même au bout de quelques jours, ni apparaître de nouveaux flocons, ni grossir ceux qui existaient déjà; au contraire, les flocons, composés de microbes en pleine vie avant l'addition d'antiseptique, se désagrègent et précipitent au fond des ballons.

Il peut se faire que la dose d'antiseptique introduite soit assez grande pour empêcher le développement des microbes, mais insuffisante pour les tuer : dans ce cas, une goutte du liquide du ballon, ensemencée sur la gélose, donne en 48 heures les colonies caractéristiques du streptocoque ; aussi est-il nécessaire de faire cette épreuve, si on veut être certain que ht

STREPTOCOQUE ET STAPHYLOCOQUE

dose d'antiseptique employée a été assez forte pour tuer le micro-organisme, ou si elle n'a pas simplement ralenti ou empêché le développement de ce microbe, dans le milieu où elle a été introduite.

Les expériences faites de cette façon nous ont montré que pour tuer le streptocoque et le staphylocoque, en voie de multiplication, dans un litre de bouillon nutritif, il était nécessaire d'ajouter :

Streptocoque et Sta-

phylocoque, grammes

0,05 de bichlorure de mercure pur, additionné du dou-

ble de son poids d'acide tartrique ou de chlorhydrate d'ammoniaque, ou encore de 100 fois son poids d'alcool.

0,15 de biiodure de mercure, additionné du double de

son poids d'iodure de potassium.

1,20 d'iode dissous dans l'eau, avec addition du double

de son poids d'iodure de potassium.

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