ASEPSIE DU PERSONNEL D UN SE1ÏV1CE D ACCOUCHEMENTS
il n'y a réussi qu'à moitié. Je me suis rappelé alors que Nélaton se lubrifiait les doigts avec du savon, quand il il n'avait pas de corps gras pour pratiquer le toucher. Le doigt, recouvert de savon, glisse très bien ; de plus, le lavage des mains qui suit (le toucher se fait sans difficulté, puisqu'il n'y a sur les mains ni graisse ni vaseline insolubles. C'est pourquoi je ne procède plus au toucher dans mon service qu'avec les doigts enduits de savon. Je vous engage à faire comme moi ; toutefois vous vous abstiendrez de recourir à ee procédé si vous avez des doutes sur l'asepsie du savon dont vous disposez. Il faut savoir, en effet, que si les savons préparés à chaud sont aseptiques, il n'en est pas toujours de même de certains savons de qualité inférieure qui, par mesure d'économie, ont été fabriqués à froid avec des matières grasses putréfiées et renfermant des microbes capables de résister, à basse température, à l'action de la soude ou de la potasse (1).
Chez les femmes en travail, vous pourriez même procéder au toucher non seulement sans corps gras ni vaseline, mais encore sans eau savonneuse : les liquides et les mucosités du vagin, la laxité de ce canal, rendent souvent cet examen facile.
11 y a certaines précautions à prendre lorsqu'on pratique le toucher, et je vous les signale, car on commet encore journellement, à ce sujet, bien des fautes contre l'antisepsie. Beaucoup de médecins, en eflet, après s'être lavé les mains pour toucher, les essuient dans le premier linge venu. C'est une très mauvaise pratique, qui expose à infecter les mains qu'on vient d'aseptiser à grand peine. Cependant, si on se servait de linge stérilisé, cette infection ne serait pas à craindre ; mais pourquoi compliquer les choses par une manœuvre qui est inutile et qui peut être dangereuse ? On examine donc sans s'essuyer les mains. Il faut, en outre, se bien garder, avant d'introduire le doigt dans le vagin, de toucher avec ce doigta quelque objet que ce soit : ainsi on ne
(1) Von Eiselsbeeg. Ueber den KeimgehaU von Seifen und Verbaudmaterialien. Wiener mediz. Wochena., 1887, p. 603.
devra pas saisir les draps pour les soulever ; on évitera aussi de se toucher le visage, les cheveux, la barbe, ce que l'on fait très souvent par habitude, sans penser aux dangers qui peuvent en résulter.
Avant chaque examen intra-génital, il est évidemment nécessaire de prendre les mêmes précautions. Mais quelquefois on est autorisé à se départir un peu de cette rigueur; si, en effet, on a procédé scrupuleusement à une première désinfection (voir page 354), et si, dans la suite, on a pris soin de ne porter la main sur aucun objet septique, on pourra, quelques instants plus tard, avant de toucher à nouveau, se contenter d'un simple savonnage au sublimé qui enlèvera ou stérilisera les poussières nouvellement déposées sur l'épiderme ; c'est ce que nous faisons tous les jours.
L'accoucheur peut-il soigner des femmes malades, faire des autopsies et des dissections ? — Tout ce que je vous ai dit jusqu'ici de l'antisepsie relative à l'accoucheur, s'applique aux cas où il n'a été en contact avec aucun foyer d'infection ; mais il n'en est pas toujours ainsi, soit que l'accoucheur ait donné des soins à une femme malade, soit qu'il ait pratiqué des autopsies ou fait des dissections. Je vais examiner ces divers points.
Dans une maternité qui fonctionne bien, où l'antisepsie est appliquée dans toute sa rigueur, il est exceptionnel qu'une femme soit prise de fièvre puerpérale. Mais cela peut arriver. Dans ce cas, que faut-il faire ? Il faut isoler la malade et la confier au médecin de l'établissement : voilà la conduite la plus sage. A la Maternité de Paris, j'avais obtenu, depuis 1871, que toute femme malade fût transportée immédiatement à l'infirmerie, ainsi que le stipulaient d'ailleurs les anciens règlements. A partir de ce moment, je cessais de la voir, et elle était soignée par le personnel du service de médecine, qui ne pénétrait pas dans les salles des accouchées saines. L'isolement était donc parfait, et les personnes chargées des femmes en couches bien
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portantes n'étaient pas exposées à s'infecter au contact des accouchées malades.
La séparation des malades est une pratique excellente, qui devrait être partout observée ; mais il conviendrait surtout que l'accoucheur ne soignât pas d'accouchées atteintes d'accidents puerpéraux, car rien ne l'infecterait plus sûrement que d'ouvrir, par exemple, un abcès, de traiter par la laparotomie une péritonite puerpérale, ou de vider un utérus contenant un placenta putréfié ; malheureusement, cette abstention n'est pas toujours réalisable. En particulier, ici, à la Clinique, un isolement absolu est presque impossible à obtenir; nous n'avons, en effet, pour les femmes malades, que deux uniques chambres, et encore sont-elles voisines des salles des accouchées valides ; en outre, nous sommes obligés de donner nos soins à ces malades, ce qui nous expose à nous infecter et à transporter ensuite avec nous l'infection. Comme nous ne pouvons modifier cette situation, du moins pour le moment, nous nous efforçons de la rendre la moins dangereuse possible ; aussi nous voyez-vous toujours terminer la visite par ces chambres d'isolement; de plus, pour y entrer, mon chef de clinique, mes sages-femmes et moi-même, nous sommes revêtus de blouses que nous quittons en sortant. Quant aux infirmières attachées aux chambres d'isolement, il leur est défendu de pénétrer dans les autres salles du service et, autant que possible, de communiquer avec le reste du personnel. Nous obtenons ainsi un isolement relatif, mais a peu près suffisant, car jamais, depuis que je dirige la Clinique, je n'y ai observé de cas de transmission de fièvre puerpérale. Il va sans dire qu'après avoir donné nos soins aux femmes malades, nous insistons sur le lavage des mains, et que nous y ajoutons même des bains généraux de sublimé.
Notre isolement est donc défectueux, et je proteste contre son insuffisance, mais heureusement nous ne sommes que bien rarement dans la nécessité d'y avoir recours. Ainsi, depuis le commencement de l'année, nous n'avons isolé que quatre
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femmes : une femme intoxiquée par le sublimé, une autre atteinte de pleurésie indépendante de l'état puerpéral, et enlin deux malades infectées ; ces deux dernières seules pouvaient être la source de dangers, et je répète qu'il n'y a pas eu transport de leur infection aux accouchées saines.
Il me reste encore à examiner les deux autres points : L'accoucheur, lorsqu'il vient de faire une autopsie ou une dissection, est-il autorisé à pratiquer des accouchements?
La question est controversée. Certains accoucheurs et chirurgiens allemands ne renoncent en aucune façon à l'anatomie pathologique, et passent, sans transition, de la salle de dissection à l'amphithéâtre d'opérations. Mais ils procèdent auparavant à une désinfection sévère de toute leur personne, changement de vêtements, lavage de la figure, désinfection parfaite des mains. M. Lucas-Championnière est sur ce point très catégorique : « Si un interne sait se purifier suffisamment, il peut vaquer à toutes ses occupations, faire les autopsies, qui sont de son devoir, faire de l'anatomie et examiner ses malades sans danger. S'il est négligent des précautions antiseptiques, il aura beau se condamner à des quarantaines, il viendra toujours un moment où il empoisonnera ses accouchées. Des gens qui ne font jamais d'autopsie, en tuent souvent beaucoup plus que des anatomistes soigneusement antiseptiques » (1).
Si des chirurgiens, venant de toucher à des matières cadavériques, ont pu, grâce aux soins qu'ils apportaient à la désinfection de leurs mains, pratiquer des opérations sans avoir à déplorer d'accidents, je ne crois pas qu'il soit sage d'imiter leur conduite. C'est, à mon avis, jouer avec le danger. Celui-ci existerait surtout après des autopsies de fièvre puerpérale, et tous ceux qui en ont fait, se rappellent combien est pénétrante et tenace l'odeur cadavérique dont les mains restent imprégnées à leur suite ; il est probable que des microbes existent encore à la surfaceet peut-être même dans la profil LUCAS-CHAMPIONNIÈRE. La chirurgie antiseptique. Paris, 1880, p. 219.
ANTISEPSIE CHEZ LA FEMME ENCEINTE
fondeur de l'épîderme, tant que cette odeur persiste. Pour se débarrasser de ces germes, il faudrait non seulement faire disparaître les malpropretés qui recouvrent la peau, mais encore enlever par le raclage les couches superficielles de l'épiderme qui en recèlent un grand nombre .
En règle générale, je m'oppose donc à ce qu'un accoucheur fasse des autopsies, et je ne veux absolument pas que l'étudiant en médecine s'occupe d'anatomie pathologique, de médecine opératoire ou d'autopsies médico-légales à la Morgue, pendant qu'il est stagiaire à la Clinique.
Toutefois , si l'accoucheur a pratiqué l'autopsie d'une femme morte de fièvre puerpérale, il devra non seulement se désinfecter des pieds à la tête, prendre un bain de sublimé, changer de vêtements, et envoyer ceux qui sont contaminés à la buanderie et à l'étuve, mais encore s'abstenir, au moins pendant vingt-quatre heures, si cela est possible, de toute pratique obstétricale. Je reviendrai d'ailleurs sur ce sujet (voir Antisepsie dans la clientèle civile par le médecin).
Mais il y a des autopsies qui offrent moins de danger ; je veux parler des autopsies des nouveau-nés qui ont succombé sans infection, et qu'on ouvre peu de temps après la mort ; il est vraisemblable que, dans ces conditions, le nombre des microbes est restreint et qu'ils ne sont pas très nocifs. On peut également, sans grand risque, disséquer des pièces conservées depuis longtemps dans de l'alcool souvent renouvelé, car ces pièces sont aseptiques, sans quoi elles se putréfieraient.