‹ De l'asphyxie non toxiqueChapitre 15 sur 27 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Troubles nutritifs.

Chapitre d’attente : car les renseignements expérimentaux sur l’état de la nutrition, sur les fonctions digestives , au cours de l’asphyxie, nous font absolument défaut.

Il est évident qu’à la période ultime, lorsque le sang est surchargé d’acide carbonique et ne renferme plus que des traces d’oxygène, tous les processus nutritifs sont réduits à leur minimum; la suppression des échanges gazeux entraîne l’abolition de la vie cellulaire.

Mais que se passe-t-il dans la première période ? Sur ce point nous n’avons aucune donnée, sauf en ce qui concerne l’état de la température et des urines.

Cependant Regnard, (1) a constaté que dans l’asphyxie mécanique les combustions sont légèrement ralenties, fait qui concorde avec la diminution d’urée signalée par divers auteurs tels.qu’Eichliorst (2).

1° Modificatiom thermiques dans h asphyxie. — Brown- Séquard (3) et Bernard (4) oiit montré qu’au début de l’asphyxie rapide la température centrale ou périphérique monte pour tomber au moment de la mort. vSenator (5) seul a obtenu des résultats contraires. Mais Kohler (6).

(l) Des var. pathoi. des comb. respii’. Paris, 1879.

(21 Arcbiv. f. path. Auat. und Pliys,, t. LXX.

(3) Soc. de biol., 1856.

(4) Do l’asphyxie, etc. p. 470.

(5) VirchoAv’s Aichiv., XLVI.

(6) Arch. f. cxp. Path. und Pha-raak., 1877.

qui a repris récemment ces expériences, est arrivé à des conclusions analogues à celles des auteurs français.

Cl. Bernard attribue l’élévation initiale de la température à la transformation du sang artériel en sang noir dans les muscles, par suite du ralentissement du courant sanguin qui se voit au début de l’asphyxie. Cependant nous avons vu que ce phénomène est loin d’être constant. On peut aussi l’attribuer à l’afflux du sang dans les parties extérieures du corps, par suite de la dilatation vasculaire. Ne pourrait-on pas enfin, avec Kohler, rapporter la production de chaleur à la précipitation des mouvements respiratoires dans ce qu’il appelle la période de compensation ? Car, d’après lui, l’élévation thermique est d’autant plus grande que le passage de l’air est plus gêné. (Expériences sur des lapins à qui on avait lié la trachée.)

Quant à la chute de la température, dans la dernière période, elle est évidemment due à la suppression des combustions organiques, lorsque la réserve d’oxygène est épuisée. Ainsi sAxplique également que dans l’asphyxie très lente la température s’abaisse dès le début, par suite du ralentissement graduel des oxydations.

I 2° Caractères des urmes. — Ici nous n’avons guère de I renseignements précis en dehors de ce que nous avons dit j plus haut de l’urée ; car les recherches de Senator et de 1 Kohler ne portent que sur la période de dypsnée, et ent core les résultats obtenus par ces expérimentateurs offrent trop de contradictions pour qu’il soit utile de les consigner >i ici. Comme toutes les sécrétions, les urines sont abon- 1. dantcs au début, puis l’uropoièse s’arrête. Quant à la pré* t sence d’albumine dans les urines, niée par plusieurs au- '1 teurs, affirmée par d’autres, ce qui prouve pour le moins

qu’elle n’est pas constante, elle pourrait être attribuée soit à des modifications dans la composition du sang (Gubler, Vogel), soit à la stase rénale consécutive à l’affaiblissement de l’action du cœur. Ed. Robin, cité par Picot (1), admet qu’on peut assimiler les animaux asphyxiés à des animaux à sang froid, chez qui, en raison de l’insuffisance des combustions respiratoires, les urines sont normalement albumineuses. :

Enfin on a signalé dans les urines, au début de l’as- I plwxie, l’existence du sucre : ce qui nous amène à dire quel- m ques mots de la ghycémie asphyxique^ bien étudiée par Bert (2), et Dastre (3). I

C’est A. Reynoso (4) qui, partant de vues théoriques inexactes, découvrit le diabète asphyxique. Puis P. Bert et Dastre, reprenant ces études à un point de vue plus scientifique, montrèrent que la présence du sucre dans le sang et les urines n’est pas en désaccord avec le fait signalé par Cl. Bernard que dans l’asphyxie le glycogène disparaît du foie. Voici comment ces physiologistes expliquent le processus. Dans la première période de l’asphyxie, le foie irrité par l’action d’un sang brusquement désoxygéné verse dans le torrent circulatoire une forte proportion de sucre, d’où une glycémie intense, et par suite de la glycosurie. Si l’asphyxie continue, le sucre se détruit dans le sang, et, comme le foie n’en fabrique plus, la glycémie et la glj^co- B surie disparaissent. 8

(,1) Des grands processus morbides, t. II, p. 55. H

(2) Press, barom., p. 732. H

(3) De la glycémie asphyxique. Th, Paris, 1879. fl

(4) Ann. des sc. natur., 4® sér., t, III. Bj

Page 1