CHAPITRE VI Résumé
Si nous laissons de côté les questions de doctrine encore indécises, nous sommes amené à constater que l’action du sang* imparfaitement liématosé porte à la fois sur les deux grandes propriétés animales ; contractilité et neurilité, frappées de déchéance après une période d’excitation passagère.
Quant à l’enchaînement des troubles fonctionnels, résultant de l’influence délétère du sang noir sur les centres nerveux et sur- tous les tissus, nous ne pourrions l’exposer aussi bien que l’a fait P. Bert dans les lignes suivantes (1) : « Passant maintenant des propriétés aux fonctions, nous ’voyons qu’elles atteignent celles-ci dans l’ordre chronologique suivant : fonctions cérébrales (intelligence, instinct) , fonctions médullaires ( actions réflexes ) , mouvements respiratoires, mouvements cardiaques ; si bien que chez l’animal asphyxié disparaissent d’abord les impulsions volontaires, puis les mouvements involontaires des membres et du tronc, plus tard encore ceux du diaphragme, et,
I en dernier lieu, ceux de l’organe central de la circulation.»
La caractéristique physiologique de l’asphyxie nous est ) donc fournie par l’abolition des propriétés des centres nerveux qui domine dans la seconde période du processus ; aussi là ' tout est-il régulier, et, quelle que soit la cause de l’asphyxie, la filiation des accidents est-elle toujours la même.
(i) Art. Asphyxie du Dict. pratlq., p. 560.
Au contraire, la première période, qu’on pouvait appeler dyspnéique, est essentiellement variable, suivant le degré d’excitabilité des centres nerveux, suivant aussi le procédé employé pour éntraver l’iiématose. Les organismes à vitalité puissante s’asphyxieront plus vite, parce que chez eux les combustions organiques sont plus actives, et que, partant, l’asphyxie locale des centres nerveux sera plus prompte ; d’où des différences suivant les espèces, suivant les âges, suivant les individus.
D 'autre part, le mode d’asphyxie doit singulièrement modifier la marche du processus. Lorsque la perturbation de l’hématose est brusque, comme par exemple dans la strangulation, les phénomènes d’excitation nerveuse seront intenses ; mais la mise enjeu de toutes les puissances musculaires préposées à la respiration n’aura aucun effet utile sur les échanges gazeux et la dilatation forcée de la cage thoracique, impuis- , saute au point de vue de l’hématose, ne fera qu’aggraver la situation en déterminant des altérations plus ou moins accusées dans le parenchyme pulmonaire, tels que l’emphysème ou même la rupture de quelques alvéoles. La dyspnée, suivant l’heureuse expression de M. le professeur Sée (1), s’augmentera par la dyspnée,jusqu’à épuisement de l’activiié musculaire.
Qu’au contraire l’asphyxie s’installe lentement, comme dans la respiration en vase clos, les phénomènes réactionnels d’origine centrale seront moins accusés ; la mort surviendra lentement, progressivement comme à la suite de toutes les dépressions organiques, de toutes les cachexies.
Ainsi toutes les asphyxies, spécialisées dans leur première phase, présentent les mêmes caractères et j^euvent êtrecon-
(1) Art. Asthme du Dict prat.
fondues dans une description commune pendant leur seconde période; c’est à celle-ci, à celle-ci seule, que devrait être réservée la dénomination d état asphyxique, en physiologie comme en clinique.