CHAPITRE VIL
De la mort apparente dans l’asphyxie.
Nous se saurions ici passer en revue toutes les questions afférentes à ce sujet, si (îomplètement étudié par notre maître, M. le professeur Parrot, dans* sa thèse d’agrégation (1860). Nous nous bornerons à relever les quelques particularités que le retour de la vie, après mort apparente, offre chez l’animal asphyxié.
Les troubles que le sang asphyxique a produits dans tous les organes sont trop profonds pour qu’il soit facile de ranimer les animaux que l’asphyxie a mis en état de mort apparente. Ce fait signalé par plusieurs physiologistes, Boehm l’a mis en lumière par des expériences très pro- ; hautes (1). 11 a prouvé en effet que, dans l’anhématosie, le I cœur perd plus vite son excitabilité que dans toutes les au- I très circonstances qui déterminent la syncope, les intoxica- I tiens par exemple.
I Si chez des chats asphyxiés on attend plus d’une minute I après l’arrêt du cœur pour pratiquer la respiration artifi- ; cielle combinée avec la compression du thorax, ces tentatives restent presque toujours infructueuses: la mort est défini- ' tive.
(i) Arch, f. experim. Path. uad Pharmak., 1877,
Alors môme que les battements du cœur, que les mouvements respiratoires reprennent, qu’en un mot l’animal est ranimé, l’atteinte portée à la vitalité est telle que souvent la mort survient ultérieurement par œdème aigu des poumons ou asphyxie lente : dénouement qu’expliquent les altérations profondes qu’on trouve chez les animaux.
Enfin, lorsque la survie est définitive, on observe des phénomènes intéressants. Ici l’on nous permettra de reproduire l’analyse que nous avons faite de ce travail dans la Revue des sciences médicales (vol. XII).
Le plus constant de ces phénomènes est une exagération considérable de l’excitabilité réflexe, déterminant des cram-
pes et des convulsions au moindre attouchement. Ces symptômes disparaissent à mesure que les mouvements volontaires se rétablissent. La mobilité revient progressivement à la norme; mais, au début, les mouvements sont imparfaits, irréguliers, ataxiques.
La sensibilité reste longtemps obtuse, quelquefois durant des semaines. Elle fait entièrement défaut dans la période de stupeur. Tous les animaux sont aveugles pendant les premiers jours, bien qu’il n’y ait aucune altération matérielle de l’organe visuel. Les autres sens sont également émoussés pendant quelque temps, mais à un degré moindre.
La température s’abaisse considérablement après l’expérience (jusqu’à 33“ et 31° dans l’anus). Les centres régulateurs de la température sont donc, d après Boehm, paralysés.
Enfin, chez tous les animaux, l’urine recueillie après l’expérience est très riche en sucre.
En résumé, le système nerveux passe par une période de mort appareille avant la mort réelle. Le cœur se ranime le
premier; les beautés fonctions nerveuses les dernières. Pendant un certain temps, l’animal ne vit que du coeur et de la respiration ; puis le retour de la sensibilité réflexe annonce le réveil de la moelle. A ce moment encore le cerveau rest& inactif ; dans une dernière période enfin, il recouvre son fonctionnement normal.
Boebm confirme donc ce fait connu depuis longtemps que les fonctions réapparaissent dans l’ordre inverse de celui où ellessesont éteintes, et cette étude, en quelque sorte posthume, de l’aspbyxie nous démontre une fois de plus que le caractère essentiel de ce processus est la déchéance progressive de toutes les grandes fonctions, déchéance due à l’action du saug noir.