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Influence du système nerveux sur la circulation

On pourrait se croire autorisé à tranclier aujourd’hui par l’affirmative cette question préalable : les vaisseaux du poumon sont-ils, comme ceux de la circulation générale, subordonnés à l’influence directe du système nerveux ? Les troubles produits dans la circulation du poumon sous l’influence du système nerveux, troubles constatés par les physiologistes et observés en clinique, semblent en effet de nature à imposer cette conclusion, que les vaisseaux du poumon sont pourvus d’appareils vaso-moteurs au même titre que les vaisseaux des autres organes.

Mais on sent bien vite la nécessité d’une démonstration directe de l’existence de l’appareil nerveux, si l’on songe que les modifications primitivement produites dans la circulation périphérique, et dans le cœur lui-même, ne peuvent manquer de retentir mécaniquement sur la circulation pulmonaire.

L’hésitation s’accentue quand on constate que telle perturbation circulatoire périphérique, par exemple l’augmentation de la pression dans le système artériel produite par l’excitation vaso-motrice générale, doit nécessairement mo-

difier la circulation pulmonaire dans le même sens que le ferait l’intervention directe des vaso-constricteurs sur les vaisseaux du poumon.

De même nous concevons qu’une modification fonctionnelle du cœur, par exemple un excès de force propultrice du ventricule droit, puisse élever la pression dans les branches de l’artère pulmonaire, tout comme le ferait le resserrement actif des branches terminales de cette artère.

Enfin qui nous démontre que les lésions expérimentales du centre nerveux bulbo-protubérantiel, à la suite desquelles on voit survenir des accidents hémorrhagiques dans le poumon, sont bien la cause des troubles circulatoires

qu’ont provoqués ces désordres? Les animaux en expérience ont pu exécuter de violents mouvements respiratoires, exagérer à un très haut degré la valeur de l’aspiration dans leur poitrine en même temps qu’ils étaient dans l’impossibilité d’y introduire une quantité d’air correspondante : nécessairement dans ces conditions les troubles de la circulation pulmonaire sonttrop complexes pour que nous nous croyions en droit de les attribuer à l’intervention directe du système nerveux, alors surtout que des conditions étrangères multiples se sont produites qui sont capables de les déterminer.

On voit que, si nous avons accepté sans hésitation les conclusions des expériences physiologiques pour tout ce qui touche àla question de la mécanique circulatoire pulmonaire, nous avons quelque raison de nous montrer à priori beaucoup plus réservé au sujet de l’innorvation do ces vaisseaux.

Cependant nous devons nous efforcer de tirer de l’expérimentation les renseignements plus ou moins rigoureux qu’elle comporte, sans nous laisser arrêter d’emblée par les difficultés du sujet.

Ici, plus encore qu à propos des conditions mécaniques de la circulation pulmonaire, nous nous croyons dispensé d’entamer l’iiistorique détaillé du sujet : quand nous aurons reproduit les citations sans nombre qui enrichissent les mémoires étrangers sur cette question, nous n’aurons point avancé d’un pas dans la connaissance du fait qu’il nous importe de chercher à élucider. Nous ne saurions trop répéter que nous n’abordons pas les sujets physiologiques à la manière des physiologistes, mais en médecin cherchant à éclairer l’étude pathologique par les résultats expérimentaux (1).

La grande difficullé dans les expériences instituées en vue d’établir l’existence et le mode d’action des vaso-moteurs pulmonaires consiste, pensons-nous, à écarter l’influence essentiellement variable du cœur. A la rigueur, on peut se mettre à l’abri des autres causes d’erreur et tenir compte du retentissement des variations de la circulation générale sur la circulation pulmonaire, supprimer l’action des mouvements respiratoires par la curarisation des animaux et l’ouverture du thorax ; mais on reste fort embarrassé quand il s’agit, sinon d’éliminer, du moins d’interpréter les eflets des variations de l’action cardiaque et de leur faire leur part dans les modifications qui surviennent du côté de la circulation pulmonaire.

(1) Nous pourrions nous contenter de renvoyer pour la question histologique aux récents travaux qui ont eu pour objet spécial le point qui nous occupe, par exemple au Mémoire d’Openchowsky (de Kieffj intitulé ; Ueber die Drückverhaltnisse im Kleinen Kreislaufe. Pflüger’s Arch. Bd. XXVII, 1882. Nous devons toutefois remarquer que dans ce travail, très complet au point de vue de la bibliographie allemande, il n’est fait mention ni des recherches de Brown-Séquard qui remontent à 1873-75, ni de celles de François-Franck, communiquées à plusieurs reprises à la Société de biologie (1880), et publiées par la plupart des journaux français. On pourra, combler facilement cette lacune en se reportant à un article de rîénocque (Gaz. hebdr de méd. et chir., sej>t. 1879) et à la thèse de Lalesque, 1881.

L’expériüiicG décisive nous parait encore à réaliser j elle consisterait à faire pour l’action du système nerveux ce qu’on a fait pour les influences mécaniques : établir à travers le poumon encore enfermé dans la poitrine une circulation artificielle de sang défibriné et, .en agissant sur le système nerveux afférent au poumon, déterminer ainsi, d une façon irrécusable, l’action indépendante de ce système nerveux sur les vaisseaux pulmonaires. Cette expérience nous paraît réalisable, grâce aux procédés perfectionnés dont on dispose aujourd’hui et nous croyons savoir que des études de ce genre sont actuellement en voie d’exécution. Mais il faut bien nous contenter des résultats obtenus déjà avec les procédés ordinaires, et bien qu’ils ne nous paraissent pas à l’abri de toute critique, ils nous semblent établir avec une vraisemblance suffisante les points essentiels de la question pour que nous cherchions à les mettre à profit.

1. Nous considérons comme devant être abandonnée la théorie ancienne de l’action vaso-motrice pulmonaire des nerfs pneumogastriques : un trop grand nombre de faits contraires à cette interprétation ont été produits pour qu’on puisse songer à la discuter ; plusieurs auteurs, après l’avoir autrefois soutenue, l’ont du reste abandonnée aujourd’hui. Disons seulement que le seul argument qu’on ait fait valoir en sa faveur était tiré des altérations complexes, inflammatoires, apoplectiques, qu’on observe dans le poumon, à la suite de la section des pneumo-gastriques. Or il a été surabondamment établi que ces altérations résultent de l’association d’un grand nombre de causes étrangères à l’influence vaso-motrice ; ainsi les perturbations toute mécaniques de la respiration avec les grands mouvements asphyxiques, la perte de la tonicité des muscles bronchiques,

La stase sanguine toute passive résultant de la paralysie graduelle du cœur distendu et du ralentissement général de la circulation, la pénétration de substances alimentaires dans les bronches, etc. lout concorde à faire écarter cette hypothèse de 1 influence vaso— motri«;e du pneumogastrique sur le poumon.

2. L’action du grand sympathique, admise aujourd’hui par la plupart des physiologistes, repose sur une base autrement solide, quelques critiques qui puissent encore être adressées à cette seconde interprétation.

On sait que Brown-Séquârd a vu se produire dans le poumon des ecchymoses, des foyers apoplectiques, etc., à la suite de lésions variées du mésocéphale quand les voies nerveuses sympathiques étaient intactes; ces désordres faisaient défaut, quand la communication entre le poumon et les centres nerveux par les trajets sympathiques était interrompue.

Plus récemment, plusieurs auteurs, parmi lesquels on peut citer Lichtheim, François-Franck, ont cherché à déterminer avec la mesure de la j)ression soit dans le ventricule droit, soit dans l’artêre pulmonaire, soit à la fois (Franck) dans l’artère pulmonaire et l’oreillette gauche, le sens des modifications circulatoires qui se produisent dans le poumon sous l’influence des excitations des centres nerveux supérieurs (Bulbe) et des nerfs sympathiques multiples reliant ceà centres aux plexus pulmonaires.

François-Franck a obtenu des indications comparatives qui semblent bien établir que sous l’influence des excitations des branches du premier ganglion thoracique les vaisseaux pulmonaires subissent un resserrement énergique : il a vu la pression s’élever dans l’artère pulmonaire etle cœurdroit.

tandis qu’elle s’abaissait dans l’oreillette g’auclie. Dans le même sens parlent les expériences faites à Lyon, dans le laboratoire du professeur Chauveau, par^MM. Arloing et Morel, à propos du mécanisme des accidents produits par les irritations pathologiques des viscères abdominaux. Ces auteurs ont cherché à obtenir la démonstration du retentissement sur les vaisseaux pulmonaires des excitations hépatiques, gastriques, etc.

Toutes les recherches que nous ne faisons que mentionner ici tendent à établir l’action vaso-motrice pulmonaire du grand sympathique. Les expériences de François-Franck, concordantes avec celles que Brown -Séquard avait faites quelques années auparavant, sont même assez explicites sur ce point : ce physiologiste a mis hors de cause, autant que possible, la modification fonctionnelle du cœur en opérant sur des animaux dont le cœur avait déjà son maximum d’activité et qui n’ont présenté au cours des examens manométriques aucun trouble du reflux cardiaque appréciable (cité parLalesque, thèse, p. 162).

De tout ce qui précède, nous pouvons donc conclure (sauf réserves relatives à la part encore insuffisamment déterminée qui reviendrait au cœur lui-même) :

1° Que les vaisseaux du poumon peuvent se resserrer sous une influence nerveuse émanant du sympathique et non du pneumogastrique.

2” Que le resserrement des vaisseaux pulmonaires détermine, comme le ferait un obstacle d’une autre espèce, la diminution do l’afflux sanguin au cœur gauche et l’augmentation delà tension dans le système afférent (artère pulmonaire et cœur droit).

Si en réalité les vaisseaux du poumon sont soumis à l’influence vaso-constrictive du sympathique, on pourra s’ex- Droyfus-lirisac. o

pliquur d’uiio lacon plus cüinplotola série dos accidents produits, et dans la circulation pulmonaire et dans la circulation générale, par l’action excitante du sang asphyxique.

Ce sang, modifié comme nous le verrons bientôt, constitue en effet, ainsi que l’ont surtout montré les recherches persévérantes de Brown-Séquard, un agent d’excitation puissant pour le système du grand sympathique.

Etant donné la provenance sympathique des vaso-moteurs pulmonaires, nous pouvons admettre, avec les auteurs cités plus haut, que les nerfs qui transmettent aux vaisseaux du poumon l’influence vaso-motrice centrale se détachent de la moelle avec les racines du sympathique cervico-thoracique , gagnentles ganglions cervical inférieur etpremier thoracique dans lesquels ils se groupent pour en sortir ensuite, sous la forme débranchés afférentes aux plexus pulmonaires.

Enfin, comme conséquence de ces données, on peut considérer comme conforme aux faits généraux de la physiologie neuro -vasculaire que des excitations périphériques, surtout viscérales, gagnant les centres nerveux, se réfléchissent par l’intermédiaire de ces nerfs vaso-moteurs sur l’appareil vasculaire du poumon. Ainsi devraient être interprétés les accidents circulatoires pulmonaires et les accidents cardiaques consécutifs qui apparaissent, comme l’a montré M. Potain, au cours d’un certain nombre d’affections douloureuses du foie et de l’estomac (1).

De la même manière s’expliqueraient aussi un grand nombre de troubles circulatoires, soit pulmonaires, soit cardiaques, survenant sous l’influence excitante du sang as-

(1) Voyez pour l’exposé critique de cette question un article d’ensemble de François Franck sur les cardiopathies d’origine gastro-hépatique (Gaz. he’od., 1880) — la thèse de Morel (Lyon, 1870) — et un travail récent de Barié (Revue mensuelle).

pliyxique : cette influence se ferait sentir sur les vaisseaux pulmonaires par l’entremise du système nerveux, en en déterminant le resserrement énergique suivi lui-même des conséquences veineuses, artérielles et cardiaques qui ont été indiquées plus haut au sujet du resserrement vasculaire du poumon, quelle qu'en soit la provenance.

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