‹ De l'assistance des classes rurales au 19e siècleChapitre 10 sur 34 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

SOUS les armes nécessitant unb udgel do plusieurs milliards. Nous no pai'lous pas ici dos désastres causés par la guerre; on connaît cette communication saisissante faite à l'Académie des sciences morales on IS^iO par M. K.Passy, et dans laquelle, après avoir évalué à 1,"UU,UU() hommes les pertes causées à la France parles guerres du premier empire, il montrait les départements de l'Est se ressentant encore, en 184:i, des conséquences de ces funestes hécatombes, ne laissant pour perpétuer la race que les individus les moins forts et les moins valides; n'est-il pas certain également que les armements oxagéi'és, outre qu'ils sont des causes permanentes de misère, forment des causes imminentes d'attentats nouveaux. « Toute l'expérience de ce <( siècle, dit M. Joseph Garnier, vient démontrer, en chiffres « effrayants, que le système militariste de la guerre succéu dant à la paix armée est la raison de laugmentation des « dépenses, de la masse grossissante des emprunts, de la « multiplication des impôts... Une autre démonstration qui (c en résulte, c'est que ce soi-disant moyeu d'éviter la « guerre l'amène iufaillihiciiiciil. comme jadis le port de (( l'épée amenait le dégaiuement. m Lord Salishury exprimait en peu de mots la même pensée, lorsqu'il disait : « Les peuples se trouvant à proximité de ces armements sont dans la position d'un homme menacé par une avalanche {>rèto à tomber sur lui (1). »

(1) On lit co qui suit (ians le rnpport sominairo fait au nom de la commission d'initiative, sur la i)ri)])i(silion de M. Passy, tendant à ramélioration du droit international (Chambre des députés, session ordinaire de 1888, n" 2768} :

a I/(''tat de trêve armée dans lequel rivent actuellement les peuples de l'Kuroiic les conlrainl tous à faire des d<-pe[ises militaires dont l'excès toujours cnjissant les comluit à la liaiU|ueroule. »

Ainsi s'exi)rimaicnt, en décembre 1887, les j)résidcnls îles quatre principales'associations i)ari(iques de France, et (juelques jours après, l'un d'eux montrait à l'appui de cette opinion notre Ijudjjet de la (fucrrc dépassant un milliard, soit un tiers du bud^'et total, tandis qu(; l'autre tiers est absorbe par les intérêts de la dette, jiroduit elle-même en majeure partie des guerres passées. « Le chiffic de cette dette, poursuivait M. Frédéric l'assy, n'est pas moins de 26 à 27 milliards, lehuiticini' ou le dixiènii- du capital évalué de 200 à 225 milliards et il dé-

Ces budgets écrasants qui appauvrissent l'Europe et la mèneront à la ruine, doivent être au moins doublés si l'on tient compte de la perte de travail occasionnée par cette immobilisation sous les armes de la partie la plus vigoureuse de la population. Les classes rurales sont surtout frappées par cet impôt qui enlève proportionnellement plus de paysans que d'habitants des villes, puisqu'en raison de leur robuste constitution, les cultivateurs du sol présentent moins de cas de réforme. A cette époque de crise où il faut produire au meilleur marché possible, le petit fermier se voit arracher le lils qui l'aidait dans ses travaux, et doit le remplacer en consacrant les petits bénéfices de Tannée à payer un ouvrier.

N'est-on pas en droit de se demander si tous ces sacrifices sont indispensables pour la défense de chaque nation européenne. Ce qui constitue une armée puissante, c'est moins le nombre des hommes que la force de résistance des combattants aux privations de toutes sortes auxquelles ils sont exposés; c'est la confiance dans les chefs, depuis le général jusqu'au simple sergent; il faut, suivant une expression vulgaire, se sentir les coudes ; or en France, avec notre système emprunté à la Prusse, comme si nous n'avions point un génie propre, la mobilisation composerait d'immenses troupeaux incapables de dépasser les premières étapes sans remplir les ambulances d'éclopés et de ma-

passc la totalité de notre production annuelle. Il atteint pour Tcnsemljle de l'Europe plus de cinq fois autant. »

Ainsi donc, plus de 140 milliards consacrés tous les ans à l'entretien de la guerre décorée du nom do paix armée, voilà ce que vaut à l'Europe le gaspillage que lui impose l'incurable défiance dans laquelle vivent, à l'égard les uns des autres, ses peuples.

Ce sont là les dépenses directes. Mais il convient également de faire entrer en ligne de compte les dépenses indirectes tout aussi considérables, sinon plus, occasionnées par l'improductivité de cinq millions d'hommes immobilisés chaque année sous les armes et dont le chômage est si funeste à l'agriculture, à l'industrie, au commerce, aux sciences, aux lettres, aux arts.

Que dire des vingt millions d'hommes qui pourraient en un instant être jetés les uns contre les autres sur les champs de bataille et comment évaluer les pertes qu'entraînerait leur choc ! »

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lades, ne connaissant pas même leurs chefs, n'ayant eu aucun rapport ensemble et incapables de ces résistances héroïques (jui su[)posent l'esprit de corps et la conviction que l'on a, à côté de soi, des camarades en état de vous seconder. Est-ce (ju'un oflicier supérieur allemand, le {général Von derdoltz, n'a |>as annoncé (jue rKurope verrait ap[>ai'ailre unjour un Alexandre (pii, à la tète (rime troupe de guerriers rés(diis, aguerris, rompus à toutes lesl'atigues, balayerait ces grandes armées sans cohésion et sans résistance. Au point de vue militaire, la nation armée est donc un principe funeste qui entraine des sacrifices énormes, des dépenses immenses; c'est une cause de décadence; néanmoins un parti, pour satisfaire son esprit anti religieux, voudrait augmenter encore les défauts de cet appel de tout le monde sous les drapeaux. Le but de ces réformes ne peut-être un secret, puisqu'à la Cluunbre des députés (séance du M mai 1887), M. Laisant a piouoncé textuellement ces paroles adressées au Miuisti-c de la guerre, nommé à cette épo([ue : « En ce (pii concerne la u nouvelle loi organique militaire en [)articulier, la (jues- « lion poli(i(jue essentielle est la suivante : êtes-voiis on (( n'ètes-vouspas ])<)ur rexem|)tiou des séminaristes? )> El le Journal offin'H [[). 101)0, il" col.^ ajoute : « Vifs applaiulissenicnts à gauche. » De pareilles pensées se passent de commentaires.

A un auti'c [)oinl de \iie plus gém-ral, les gouvei'n;inls ne (le\ raient-ils pas. ciunnie li' disait M. .1. (iarnier. saisir toutes les occasions ponr demander, an nom de l'intéi-èt social et national, la rt'duclion simultanée et pi-ogressive des armiMuents. Est-ce (pu- les petits i'",tats ne devi'aient pas se gi'oii|H'r |Hiiir nue delense eoninnine? Esl-ce <|ue Ion ne |»onrrait |)as, avi'c nn peu de bonne volonté et de concessions réciprocjues. revi'nir sur les rêves ambitien\ de Nicolas, de Napoléon, de linillainne et de hismarck (|iii on! mem'" ri;nro|ie de l;i gneiTi' de Criint'e ii Tt-crasement du Danemark ; de reciasement du Danemark à l'abaissement de l'.Vutriclie, p(jur ari'iver. par la couslitu-

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tion de l'Italie une, à la mutilation de la France, à la création du grand empire Allemand et enfin à ce règne de la paix armée ruinant tous les royaumes et les rendant incapables de soutenir la concurrence avec les peuples du nouveau-monde.

Il faut applaudir aux tentatives des hommes de cœur qui, depuis tant d'années, vont tenir partout des congrès pacifiques; préconiser à la suite de Cobden le système des arbitrages, système qui a déjà évité tant de luttes. « En cas <( de conflit, disait M, Jules Duval, au congrès de 1862 <( pour le progrès des sciences sociales, comment faites- {( vous au sein d'une nation? Vous établissez des tribu- <( naux. Eh bien, il faut arriver à la l'éalisation de la même « idée pour les conflits entre nations, il faut établir une <( sorte de tribunal amphictyonique qui règle les que- « relies des peuples. »

Cette idée, soutenue par de puissants génies, n'est pas encore descendue dans les masses populaires; on doit insister, mettre en lumière l'utilité d'un tribunal européen pouvant intervenir par voie d'arbitrage. Une pareille organisation est-elle une utopie? Des faits récents permettent d'espérer le contraire; n'avons-nous pas vu, il y a peu de temps, deux puissances, dont l'une était protestante, recourir à l'autorité du Pontife, qui, du Palais composant ses États, dirige l'Eglise avec une telle sagesse? Quiconque aurait prédit, il y a dix ans, un événement semblable aurait ■été traité de visionnaire. Cet exemple consolant donné au monde par le Chancelier de fer ne permet-il pas d'entrevoir sous la pression des nécessités sociales le retour à un •ordre de choses conforme aux intérêts de l'humanité?

Il est du devoir du Gouvernement de hâter ce moment, car les populations laborieuses succombent sous un fardeau de plus en plus lourd, et la continuation de cette prétendue paix, c'est à bref délai la ruine, la banqueroute et la disparition dans l'univers de l'influence prépondérante de l'Europe (1).

(1) Ces lignes étaient écrites depuis plusieurs mois lorsque nous

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