‹ De l'assistance des classes rurales au 19e siècleChapitre 13 sur 34 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

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phases successives. Les colonies naissantes coûtent, c'est la première phase; en se développant elles tirent de la mère-patrie, avec laquelle les habitants ont conservé de nombreux liens de parenté et d'affection, des produits de toute espèce; plus tard l'agriculture ayant progressé avec l'industrie, les colonies envoient au dehors des céréales; enfin arrivées à leur maturité, elles luttent sur tous les terrains de la production. Les nations européennes doivent donc créer de nouvelles colonies de peuplement pour que les C(mtre-coups de ces phases successives ne coexistent pas, se compensent mutuellement et assurent aux peuples vieillis des débouchés certains.

Notre siècle a assisté à la période durant laquelle l'Amérique et l'Australie ont beaucoup emprunté à l'Europe; et ce fait, coïncidant avec la création des chemins de fer et l'application de l'électricité, a amené partout, notamment en France, un accroissement subit et exagéré de la valeur des terres; de plus, des cultures, comme celle de la betterave, l'élan imprimé à notre viticulture parles traités de 1860, tout contribuait à donner au sol une plusvalue dépassant les espérances des optimistes eux-mêmes. Sous cette influence, les paysans ont vu augmenter leurs produits, s'ils étaient fermiers, et ceux qui, déjà propriétaires, sentaient grossir leurs épargnes, n'ont eu qu'un seul souci, accroître, accroître encore l'étendue de leurs dcunaines; d'autant mieux que, méliants par tradition et pai- nature, ils tenaient pour suspectes les valeurs mobilières. De IHoO à ISTo, tout le monde se disputait cette denrée précieuse: la terre; les riches pensant trouver dans la propriété foncière un placement sûr et rémunérateur, les cultivateurs désirant étendre ainsi le champ de leur activité. Ensuite chacun s'est mis à élal)lir son train ordiiuiire de maison comme si celte situation, causée par des circonstances excrplionncllcs et anormales, devait toujours durer; nous arrivons au terme de ces illusions; le phylloxéra a détruit de nombreuses richesses; les chemins de fer, après avoir dépassé les

frontières, ont continué à produire sur d'autres points les phénomènes économiques dont nos diverses provinces avaient éprouvé les heureux effets ; les colonies arrivées à leur tour au développement normal de leur agriculture inondent l'Europe de leurs productions. Il n'est point surprenant de voir constater partout une baisse dans la valeur de la propriété foncière.

Tout le monde souffre : Les petits et les moyens cultivateurs qui ont acheté de la terre au plus haut cours et souvent en empruntant la moitié ou le tiers du prix d'acquisition, ce qui leur cause à l'heure actuelle une situation fâcheuse, les rendements annuels ne permettant plus comme par le passé de solder l'intérêt des emprunts. Les fermiers qui ont consenti des baux avant la crise et supportent ainsi des frais trop élevés par rapport aux bénéfices réalisés. Les propriétaires devenus acquéreurs depuis vingt-cinq ou trente ans ou ayant basé leurs dépenses ordinaires sur un revenu élevé dont tout cependant devait leur faire prévoir la fragilité.

Une entente étroite, entre propriétaires et cultivateurs, doit se produire en vue d'atténuer les conséquences de cette crise ; on ne saurait recommander d'une manière générale aux propriétaires de faire valoir par eux-mêmes. Dans son étude magistrale sur la Normandie (l""" édition p 293), M. Baudrillart a parfaitement mis en lumière les causes diverses rendant difficile une gestion directe; il reste le métayage dont l'usage fréquent au sud de la Loire atténue les périls de la situation. Ce métayage met du reste en rapports journaliers le possesseur et le cultivateur; il force le premier à résider davantage au milieu de ses terres, à s'intéresser aux améliorations à introduire; en un mot, il rend le patronage des classes éclairées plus actif, tout en maintenant dans la région un argent qui, avec le système du fermage, sert à acquitter des dépenses faites à la ville.

Partout où le métayage n'est pas conforme aux habi tudes locales, le propriétaire doit supporter sur les baux une

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