‹ De l'assistance des classes rurales au 19e siècleChapitre 16 sur 34 · CRÉDIT ET SYNDICATS AGRICOLES · texte numérisé non relu

CRÉDIT ET SYNDICATS AGRICOLES

Le 22 mars 1887, M. Clamajeran s'exprimait ainsi, au Sénat: « L'agi-iculture souffre également de l'absence et de <( l'abus du crédit; elle soufl're d'un crédit insuffisant et « mal organisé quand elle veut emprunter dans un but <( utile pour des améliorations. Elle souffre de l'abus du <i crédit quand les campagnards empruntent non pas pour «(améliorer leurs propriétés, mais, ce qui arrive souvent, <( pour acheter de la terre et la prendre à un prix tel qu'il « est impossible que la culture soit rémunératrice. »

A côté d'industries pouvant s'exercer dans les campagnes il faut donc organiser le crédit agricole. Le petit cultivateur pour se j)rocurer les machines, engrais, semences, bestiaux nécessaires, a besoin de se trouver dans la même situation que le commerçant, c'est-à-dire d'avoir l'instrument de crédit à sa portée, afin d'éviter des déplacements onéreux et d'obtenir un prêt que le contrôle rapide du prêteur rend facile. A l'étranger, de nombreux efforts ont été tentés dans ce but ; il est superflu de rappeler ici les monti frumentari, et les fondations propagées si heureusement par M. Luzatti; en INorwège, chaque canton avait

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autrefois des dépôts de céréales destinés aux agriculteurs que le manque de routes mettait dans l^mpossibilité de réunir les semences indispensables. Ces dépôts sont actuellement transformés en caisses rurales faisant des avances à la culture; la loi a favorisé ce mouvement par l'assimilation de leurs opérations à des engagements commerciaux, ce qui supprime tout délai et occasionne forl peu de procédure en cas de recouvrements forcés.

Chez nous la loi du "iH juillet 1860 et le décret du 10 février 1861, ont permis la création de la Société du crédil agricole de France; on voulait faire davantage et organiser par les soins de l'État des banques cantonales ; la commission supérieure chargée de centraliser les résultats de Tenquète de 1866 a repoussé cette proposition et adopté le 13 juillet 1860 la résolution suivante : « S'il est vraiment « à désirer que l'agriculture voie augmenter le crédit dont (( elle jouit et rencontre, dans des institutions spécialement (( appropriées à ses besoins, de plus gi-andes facilités poui- « utiliser ses épargnes et se procurer des capitaux, il serait « dangereux de réclamer pour de telles institutions le « concours de l'État. Un pareil concours implique toujours « une responsabilité morale et souvent une ingérence qui « expose l'administration à des attaques qu'elle doit « éviter. » Depuis cette époque, quelques essais ont été tentés, mais il reste presque tout à faire.

Kn Italie, en Allemagne, des caisses d'épargne sont autorisées à prêter à l'agriculture ; en France les réserves considérables obtenues étant mises à la disposition du gouvernement, il y trouve, ainsi que les discussions budgétaires récentes l'ont prouvé, une dangereuse facilité pour masfjucr de véritables emprunts. Il est à souhaiter qu'une loi permette à ces caisses déplacer autrement leurs (•;ipil;iu\ (1\

{I, Lors de la discussion au Scii.it du ]nc(jpt dr loi sur l'orpanisation du crédit apricolo iiioI)ilicr, projet rrnvuvi- ;'i la coiinnission qui on f^taii saisie depuis six ans, M. Oudct disait {Officiel, p. 97, séance du 3 févrior 1888) : « Ce fju'il y a à faim c'est, .lu lieu de jeter dans le pays de

Les syndicats agricoles peuvent, du reste, préparer la . solution de ces questions de crédit. Les adversaires et les promoteurs de la loi du 22 mars 1884 songeaient surtout aux associations ouvrières et l'on ne prévoyait point l'usage que les cultivateurs, propriétaires et fermiers, tireraient <les règles nouvelles. Aujourd'hui l'association syndicale agricole fait des progrès rapides ; plus de 120 syndicats se sont formés, la Société des agriculteurs a pris la tète <lu mouvement et créé dans son sein un conseil fournissant à tous les syndicats de puissants moyens d'information. Ici encore l'initiative individuelle est appelée à résoudre le problème.

Dans le même ordre d'idées, on pourrait organiser des sociétés ayant pour objet l'édification de demeures rurales, construites selon les principes de l'hygiène, et constituant de petits domaines donnés à ferme à des chefs de famille, moyennant un prix de location basé sur le revenu et l'amortissement du capital, de manière qu'au bout d'une certaine période le tenancier se trouverait propriétaire du <lomaine, jouissant ainsi de toutes les améliorations qu'il aurait fait subir au sol.

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