I 4. — SOCIÉTÉS DE SECOURS MUTUELS
« Les sociétés de secours mutuels ont pour but, en prêtant « aide et assistance à leurs membres participants, de leur « assurer des secours en cas de maladie, blessures ou « infirmités, ou de constituer des pensions viagères de « retraite en faveur de leurs vieillards. Elles peuvent en « outre contracter des assurances individuelles ou collec- « tives en cas de décès, pourvoir aux frais des funérailles
fausses espérances de banques d'Etat qui ne peuvent aboutir qu'à des déceptions, d'enseigner aux paysans, comme l'ont fait chez eux les financiers allemands ou italiens, les principes du crédit, et leur montrer par la création de syndicats locaux, d'abord limites, ce que peut le groupement des forces individuelles pour arriver au crédit. »
ClIAPITHE 111 79
« et allouer des secours aux ascendants, aux veufs, veuves « ou orphelins, des membres participants décédés. »
Cette définition empruntée au dernier projet de loi sur ces sociétés, voté par le Sénat en 1886, montre quels services inappréciables elles pourraient rendre à la campagne en secondant les efforts de l'assistance ou en en comblant les lacunes. Malheureusement, accueillies avec faveur dans les villes, les sociétés de secours mutuels s'établissent péniblement au milieu des centres ruraux. On objecte que chaque cultivateur compte des membres de sa famille installés à peu de distance et pouvant lui venir en aide; que les cotisations imposeraient une gêne excessive aux membres participants qui ne touchent pas de salaires fixes et dont les ressources pécuniaires sont souvent presque nulles ; qu'il est dilTicile de trouver des membres honoraires, etc.
Ces objections sont loin d'être irréfutables. On pourrait, en premier lieu, réunir les habitants de plusieurs communes, ce qu'autorise le décret du 26 mars 18o2 ; utiliser ensuite toutes les associations existantes : confréries locales, corps de sapeurs pompiers, etc. En ce qui concerne les cotisations, il n'est pas possible de procéder de la même manière que dans les cités, les versements au lieu d'être mensuels seraient semcsti'iels et même annuels, selon l'époque du i)ayemeïit des salaires ou des rentrées <rargent provenant de la vente des récoltes. Ces cotisations, d'un taux minime, pourraient même être acquittées partie en nature : grains, pommes de terre, etc.; produits conservés dans un dêpiM cciiti-al et j-êpai'lis entre les sociétaires, selon les ijesoins constatés.
Les sociétés, abonnées avec un ou plusieurs inêdcciiis. assui'crait'Ml les soins médicaux en t('m[)s opporluii cl éviteraient ainsi l'aggravation de maladies de peu d'importance au début. Les memlires honoraires seraient facilement trouvés parmi les propriétaires du pays, les riches fermiers, cause naturelle de rapprochement entre les différentes fractions de cette grande famille qui compose
la société française. La constitution de ces sociétés est, au point de vue qui nous occupe, un des objets les plus dignes de la sollicitude de tous.
§ 5. — LES CAISSES d'épargne ET LES SOCIÉTÉS D'ASSURANCES
Les sociétés de secours mutuels assurent au travailleur malade le médecin, les médicaments quelques secours destinés à lui permettre d'attendre son entier rétablissement; il fautfaire plus encore, et mettre à la disposition de chaque membre de la classe laborieuse des caisses d'épargne, où il puisse placer ses modestes économies et les retirer au moment voulu; des caisses de retraite pour la vieillesse; des caisses d'assurances en cas d'accidents. Qu'ici encore le rôle de l'Etat se borne à une sévère surveillance des fondations libres, a Nous avons en France, « dit M. P. Leroy-Beaulieu, deux caisses officielles d'assu- (( rances sur la vie et contre les accidents; voilà longtemps « qu'elles fonctionnent et avec des résultats restreints; l'i- « nitiative individuelle, croyons-nous, sera plus féconde et « plus ingénieuse, plus active que celle de l'Etat même « dans ce domaine ; en tout cas, c'est une erreur de croire « que l'on aurait réformé le monde parce que l'on aurait « fondé au nom de l'Etat une ou deux institutions de préce voyance; entre les espérances et les résultats, il y aurait « un grand intervalle. [Econ. français, 14 janvier 1882.)
Nous dirons peu de choses des caisses d'épargne; il faudrait seulement, comme M. de Soubeyran l'a démontré, ne pas atteindre par la réduction du taux de l'intérêt les petits versements, quitte à frapper d'une réduction plus forte les sommes qui, en raison de leur chiffre élevé, témoignent que leurs possesseurs ont certains revenus.
Quant aux caisses de retraites, il est bon de les multiplier, afin de faciliter au paysan les moyens de s'assurer, pour ses vieux jours, une rente viagère lui permettant de ne pas être à charge à ses enfants. Mais il ne faut pas que l'Etat en fasse, grâce à des conditions trop favorables, une
CIIAI'ITKK III 81
sorte (le caisse d'assistance. Ainsi de IH.^U à 188-2 la caisse des reti'aites de la vieillesse a dû prélever sur les ressources générales du budget 92 millions (Chambre, annexe, l-"" juillet 188(). Ttapp. AiidillVet sur le projet de loi relatif à la caisse nationale des retraites), et c'est seulement ])ar une loi du 30 janvier 1884 que cette caisse a été chargée de pourvoir, au moyen de ses propres ressources, au payement des rentes. Nous repoussons pour notre pays les assurances obligatoires (ju(^ veut établir M. de Bismarck; ce (ju'il faut avant tout ins[tirer aux hommes libres, aux citoyens, c'est le sentiment de la dignité et de la responsabilité; c'est l'habitude du selfhelp et de la prévoyance volontaire ; « Quiconque, a dit « M. F. Passy, veut persuader aux ouvriers (ju'il est |)our M eux d'autres moyens d'améliorer leur soi-t et d'abritei' (( leur lendemain contre le froid et la vieillesse, est, selon u le mot de Franklin, un em]>oisonneur. )>
M. le D"" (Jriinleld, habitant Parme, proposait, en 1880, de l'aii'e verser entre les nuiins de l'Ktat la somme de cinq francs pour tout enfant déclaré à l'état civil; en calculant sur 1,100, OUI) naissances dans le royaume Italien il an-ivait au chiffre de 5,500,000, devant permettre, avec l'accumulation des intérêts et les décès, de servir, à 60 ans, une pension de un franc ])ai' jour aux enfants survivants. Admettons même que l'idée serait |)raticable, et cpi'au bout de (iO ans les gouvei'ueuients successifs auraient conservé |)ieuseinent cet immense dépiM , nous croyons (pi'une t(dle ]»erspecl ive, toute modeste (|u'elle ])nisse être, entraverail l'inilialive des assiii'és et les empèclierail souvent, dans le cours de leur vie. <le inetlre de (■(•lé des sttinines (|ui ivunies li'iir prociireraieii! |)lus de 'M'ù') IVancs (le l'en les \iag(''i'es.
One l'on iiinlli|ilie les a ■>sii ra liées eiuilre la gi'ele, l'incendie, la perte des bestiaux, (pu' l'on lasse les plus grands efforts pour reluire ces assurances acc(>ssibles à Ions; (jue Miènie riiiilial i\(' el la bienfaisance piavees otlVenl des livrets de caisse d'épargne doniiani le goût de l'ecoiiomie ;
82 DE l'assistaxck des classes rurales
(les primes accroissant les premières sommes prélevées sou à sou sur les jouissances grossières du cabaret; rien de mieux. Ce sont là des remèdes excellents propres a combattre la misère. Mais pas d'assurances obligatoires, de retenues obligatoires; la liberté sait varier les solutions suivant les circonstances et les adapter à cliaque cas particulier; Tintervention directe de TÉtatest au contraire, selon l'expression heureuse de M. Cheysson, « la loi procédant par formules autoritaires, immuables; au lieu d'un vêtement confectionné sur mesure, c'est une camisole de force qui blesse et comprime les membres sous prétexte de les soutenir».
CHAPITUK IV