‹ De l'assistance des classes rurales au 19e siècleChapitre 6 sur 34 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

gents nouveaux d'iiommes dans la force do l'âge, propres au travail, et dont l'Europe a supporté toutes les dépenses d'éducation, sont en mesure de nous fournir les céréales, le lard, peut-être bient<H la viande, à un prix inférieur à celui auquel peuvent descendre nos producteurs français. La Russie, l'Allemagne, l'Italie, l'Australie, l'Inde nous font concurrence sur le marché universel et produisent en abondance le blé, le vin, le sucre de betteraves, l'huile, la laine, etc. Sauf quelques portions du territoire adonnées à l'élevage des bestiaux et à l'industrie fromagère les symptômes de décadence sont partout sensibles. Qui a perdu le souvenir des tableaux saisissants apportés à la tribune du Sénat par M. de Saint-Vallior séance du 20 février 188i); dans le Nord, la propriété rurale a baissé de 30 à 40 % ; l'Est voit reparaître les prix de la période de la Restauration, et si le Nord-Ouest soufl're moins, cela tient à ce que les voies ferrées, établies tardivement de ce côté, ont agrandi les débouchés intérieurs et amené une plus-value que les circonstances malheureuses que nous venons d'exposer ne tarderont pas à enrayer.

En dehors de ces faits, il s'en présente d'aulrt's dont les conséquences sont égalcnicul rcdoulahlcs. Alms (jue l'agriculture possédait cette situation prospèi'o que les siècles précédents n'avaient pas connue, les travaux industi'iels qui, avec des salaires élevés, offraient aux paysans le mirage séduisant i\'m\ hoi'izou inconnu de jouissances matérielles, le régime de la conscription, l'instruction i»i'iniaii'('. déjà mal com[)ris(\ lii-ent prendre en dégoût la [)r()r('ssion de cullivatiMir et aiiit'uércMil. au profit des villes, un déplacenuMil de la partie la plus jeune et quelquefois la plus intelligente de la ])npulalion rurale (1); les campagnes perdirent en (|ualile et en (liiaiitit»'. .Actuellement les propriétaires du sol, en face de la concurrence étrangère, manquent de bras pour leurs

\\l A. niaïKiui écriv.iil en 18!il {Jour». ICcmom. l.'i S"i)ti.Miil)rc IS.'ii p. 13):

« Nous ne saurions trop li" iv-cliri-; inal^Tc la .suprrioriti^ inconlo.'*-

cultures et sont contraints de payer à un prix excessif des auxiliaires qui, plus exigeants que par le passé, travaillent en revanche beaucoup moins.

Le paysan lui-même, vivant sur son bien, consommant ses céréales, nourrissant ses bestiaux avec ses fourrages, retirant un bénélice des autres produits maraîchers ou de la basse-cour, se ressentirait à un degré moindre de la crise, sil n'avait pas, en général, acheté à crédit de la terre durant les années de prospérité, terre encore grevée de créances hypothécaires qu'il est impuissant à rembourser.

De plus les impôts, fruits d'une politique téméraire et aventureuse, croissent sans limite; les communes entraînées dans le tourbillon de dépenses scolaires superflues, privées de Tinfluence modératrice des plus imposés, voient augmenter leurs centimes additionnels, et les impositions ayant ainsi plus que doublé depuis quarante ans, on trouve des départements où la propriété agricole arrive à payer de ce chef des sommes approchant u de la moitié de la valeur du produit demandé au sol, net des frais de culture ». [Enquête sur VagricvJture 1879, p. iM et 337.)

Si encore les bénéfices des années d'abondance avaient été employés à des améliorations utiles, ou placées en épargnes sérieuses, la crise serait moins grave ; malheureusement le pays a pris goût au bien-être, au luxe; les cabarets se sont multipliés jusque dans les moindres bour-

table de la vie agricole sur la vie des manufactures, il se fait tous les jours un déclassement fâcheux de la poi^ulalion des champs au profit ou plutôt au détriment des villes, déjà assez encombrées pour leur repos et pour leur sécurité. Le paysan, attiré par le charme décevant de nos faubourgs, abandonne peu à peu, grâce à la facilité des communications, son village déjiourvu des éléments de bien-élre entassés dans les villes. Il commence à trouver moins de poésie à son clocher, à son église, où il ne peut arriver qu'au travers d'une mare de boue. Il a entendu parler de théâtres, de distractions moins niDimtoiies que celles

de son cabaret communal Plus j'ai parcouru la France, plus je me

suis fortifié dans la conviction que c'est du côté de la commune rurale que doivent se diriger tous les regards des administrateurs et des économistes. »

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j:;adL'S et ce ne sont i»as les ouvriers seuls qui en iorun-iit la clientèle; le petit cultivateui' y pei'd son temps et son arp:ent au ^rand détriment de ses intérêts; les foires li'op ir(''(|ii(Mites favorisent les dépenses inutiles; au milieu de ce déticit moral, les sentimeids reliy;ieux s'alVaiblissent et on ne trouve plus an moment voulu l'énergie nécessaire pour résister aux épreuves. On s"ol)stine à voidoir s'adonnera la jmnssance. aux satisfactions de la vanité; on fait des dettes; l'esprit de famille se perd; les vieux parents deviennent une charge intolérable et trop souvent c'est avec peine s'ils ti-ouvcnl, à tour de n'ilc, chez leurs enfants un coin pour re[>osci" leur tête. Les licilations, les ])rocès accusent pai" leur n(nnl)re ci'oissanl la division des es[)rits; et riustniction, de |)liis eu plus mal (lirii.;('e, l'ait mépriser ce travail si noble de la culture. On veut enc(»re fuir vers les villes et cependant, ainsi cpie nous le disait en 1884, M. Méline, alors minisfi-e île l'agriculture, <> len- « combrement de la population oii\i-ière dans les cités est « arrivé à son comble et pi'ovoque un retlux iiu'vitable << vers les campagiu's; celles-ci sont avei'ties, |>arfaitement « avei'ties, (\\n' l'ère des gros salaires, dans les villes a (I pris lin et (pi'elles n'y ti'oiivei'ont ni la sécurité ni le u bien-être ». Séance du :ii) février lH8'i.

La situation est grave; elle appelle de sérieuses réformes, mais l'ien n'est dèsespi^-rt'- ; il liiiil seiilenieni prendre garde de se laisser- sednii-e par les deeevantes ])romesses du proleetionnisme, et (-"es! en bii-mème, dans un retour aii\ liabit mies de I i-;i\;iil, d'm'dre, d'epiirgne. retour secondé par des mesures législatives favorisant la reconstitution du capital rnoriil de l;i nalitni, (pie le peu|>le IroHvei'a le moyen de ^urmonler les épreuves présentes en s'assuraid un ;i\enir de prospérité durable.

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