‹ De l'assistance des classes rurales au 19e siècleChapitre 8 sur 34 · CHAPITRE l'UKMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE l'UKMIER

relèvement que rien ne saurait i-cniplaecr. Klle eontriluK' au perfectionnement moral de ediii ipii donne aussi bien que de celui qui reçoit. Toutefois elle est irrégulière dans ses dons, la perpétuité la lasse ; abondante durant certaines périodes, elle ne peut suffire à d'autres moments. Il est, au contraire, nécessaire, en présence d'une misère constante, d'organiser des secours dont la dui-ée ne laisse aucune blessure sans assistance. Ces grandes institutions catholiques, ces Miséricordes, qui existent chez les nations méridionales, sont parfaitement adai)tées à cette tâche et facilitent le rôle de la bienfaisance publique. Dans nos régions du Nord, étant donné l'état actuel des esprits, ce mode de secours ne pourrait évidemment être adopté; sous ce rapport, la législation française, imitée par beaucoup de peuples, a choisi un juste milieu présentant de réels avantages, lorsque les passions sectaires ne viennent pas en comprometti'e l'harmonie. Des corps moraux sont constitués par le ijouvoir, mais avec une vie propre. Ce n'est pas l'État, le département ou la commune, c'est un être de raison chargé de représenter l'universalité des pauvres; ces corps ont des ressources provenant d'anciennes fondations, augmentées de dons, legs et collectes; quelquefois on y ajoute certains droits prélevés sur les plaisirs des riches; ces Commissions constituent l'adminislralion qui gère les biens, centralise les recettes, à charge (le reiidce (■()iii[)le aux aiitni'itt'S supérieures. Oiiaut aux soins à (humer dii'eclenient aux malades, à la visite des indigents, CCS coi-ps administi'atifs ne sullisani pas pareux-mêmes, font ai»|iel à ce (|uc le catholicisme a produit de ])liis j»ur : à la i-eligieiise. Les malheui-eiix soiil alors, comme l'a si bien dit .M. A. l'iauck dans la discussion récente sur le socialisme, « conlic'-s à des mains dirigées par une leiulre pitié »; et un accm-d inter\ienl eiilre les repi't'senlanls de la charilt' e( cen\ (h; la société pour le plus gi'aud avaiilage de tous.

Cette aciinii collective est ir-gilinie, elle est boniu'; mais voici où le ialileau change, ou cette action devient néfaste.

32 iiE l'assistance des classes rurales

Quand l'État se contente de déclarer que les corps, qu'il a constitués, représentent les pauvres et que toute donation, faite d'une manière générale à ceux qui soufTrent, doit revenir à ces administrations spéciales; ces conclusions sont logiques. S'il va plus'loin, s'il ne veut pas que l'on donne aux indigents d'un lieu déterminé par l'intermédiaire de particuliers, de sociétés ; s'il décide que toute clause contraire, inscrite dans un testament, est réputée non écrite; s'il fait intervenir, dans ces matières délicates, les tribunaux administratifs à l'exclusion des juges ordinaires, il commet un excès de pouvoir. Ce n'est ])as tout; suivant les idées du moment, la charité privée, qui devrait être au-dessus des discussions de partis, se trouve entravée, proscrite; les sœurs sont chassées des hôpitaux au grand détriment des soins spirituels et temporels des malades, ainsi que de la bonne gestion des finances hospitalières.

Or ces violences, passagères nous Tespérons, troublent l'harmonie établie par les lois et la coutume, nous amènent insensiblement à la charité légale avec ses périls. En présence des faits accomplis, les fondations diminuent; les subventions communales ou de l'Etat, qui devaient être l'exception, grandissent d'année en année, l'argent des contribuables tend à devenir le i)rincipal aliment de la bienfaisance ofïicielle.

Voilà les dangers qui menacent la charité en France, en Italie, alors que le maintiendu contrat primitif aurait permis d'éviter ces écueils. Nous protestons en conséquence contre l'ingérence absolue du Pouvoir en matière de secours; nous voulons que l'État se borne à prendre soin de certaines infortunes pour lesquelles il n'existe pas actuellement d'abris suffisants, et dont le soulagement rentre jusqu'à un certain point dans les mesures de sûreté générale. Les enfants abandonnés, les aliénés, les sourdsmuets et les aveugles forment cette catégorie, et encore l'État devrait-il quelquefois se borner à élever des asiles modèles, servant de guides aux elTorts de l'initiative

CIIAI'ITRK l'IlKMIKK iJ.T

privée. Partout il faut cuiicécler aux Coi'ps Muraux, représentant les pauvres, une plus forte autonomie-, partout ou doit seconder la création de sociétés aux(|U('ll('s l'État peut conférer, après examen, la vie civile, qu'il sui-veillf et qui, une fois reconnues d'utilité publique. mulliplitMit les maisons ouvertes à l'indigence.

(( Laissez donc, disait M. Tliiers, dans sou nuigistral « rapport de 1850, laissez la religion avec ses touchantes (( prédications faire sortir de la bonté, de l'amour de Dieu, « du repentir même, des dons abondants pour le pauvre. « Ne gênez aucun bien, n'en arrêtez aucun. Laissez la bien- (I faisance des individus, de la Religion, s'étendre en tous (( sens comme une forêt vierge de hupudle il ne faut pas « retrancher une seule branche. » u Toutes les fois, ajoute u M. Armand de Melun, que la charité est combattue ou « restreinte, la nécessité où est l'Ltat de se mettre à sa « place devient pour une nation un danger et une ruine. »

« Enfin, s'écrie M. Paul Leroy-Beaulieu. une société qui « ne laisserait aucune place dans son sein aux (l'uvreseha- « ritables, ne tarderait pas à être frappée d'auêniie, a (( s'affaisser où à s'éteindre. » [Revue des Deux- MondcK, i:i mars 1H7().

Que l'on ne pense pas cependant que si nous restreignons le rôle de l'État, nous voulons limiter son action poiii- le bien. « Savez-vous, disait M. Cochin. au congres « de Matines en 1863, savez-vous quelle est surloul la clia- « rite que je réclame de l'État, c'est celle (pi'il peut faire (( iiulirectement, et comment? en diminuant les levées (» (riioniines et les levées d'argent, eu ayant en vue (|;ins (( toutes les lois l'amélioration du sort du plus graml i( nombi'e; prenez moins d'enfants aux familles pauvres. (I deinaudez-leiii' moins d'argent, donne/.-leni' l:i paix .-1 (( rinsti'nction. \oila votre part de c|i;ii-ili'; cllr est l,'i pre- (( miêr(! et la meilleurcî. Mais entraver, ri'glenienter, iinit( fier la i)ienfaisance. c'est effarer nu devoir, créer tin (( droit, assnnier un fardeau; trois calamités à la fois.»

Nous ne parlons bien eiilemln (jin' des temps ordinaires;

les périodes de crises, déranj:;eiil l'équilibre de toutes les lois, se jouent des prévisions humaines; il y aurait de la cruauté à vouloir appliquer alors les règles ordinaires. « Il en est de l'assistance, a écrit M. Jules Simon, comme u de l'action même du pouvoir : elle est légitime partout « où elle est nécessaire et seulement où elle est néces- « saire. » Lorsque des tremblements de terre, des inondations, des épidémies viennent ravager une partie du territoire, il i'aut faire appel à la charité de tous, mais on conçoit qu'en présence de l'urgence et de l'étendue des besoins, le trésor public fournisse une contribution immédiate et exceptionnelle. Encore est-il indispensable que le fléau, dont il s'agit de réparer les ruines, soit dû à la puissance des éléments, car une stagnation des affaires, une crise industrielle ne motivent pas ordinairement de telles dérogations aux principes, sauvegarde de la société. Ainsi la Chambre des députés a-t-elle i-epoussé des propositions émanant de MM. Baudi'v d'Asson et Tony-Révillon. tendant à voter des subsides de plusieurs millions en faveur des classes ouvrières. Ré}>ondant à M. Tony-Révillon . M. Waldeck-Rousseau, alors Ministre de l'Intérieur, disait : « Ce n'est pas à l'État qu'il appartient de venir en aide aux « misères quand elles présentent ce caractère de géné- (( ralité. »

Telles sont les idées, résumées ici brièvement, que nous allons essayer de développer ; elles tendent toutes, comme on le voit, à la reconnaissance des attributions légitimes de l'État, à la sauvegarde de la liberté individuelle, et de la liberté d'association ; libertés précieuses, ayant pour conséquence naturelle, la responsabilité des citoyens envers Dieu, envers eux-mêmes, et envers la société.

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