EFFETS DES SECOURS DISTRIBUÉS A\^(; DISCERNEMENT. S
Nous le demandons en toute sincérité : de tels résultats ne nous entrainent-ils pas à contester l'exac* titude de ce reproche qu'on fait à l'assistance d'encou-* ragèr l'imprévoyance? Et ne sommes -nous pas en droit de proclamer que si la distribution aveugle ou incoDsidérée de secours faite à des individus indignes de cette faveur peut et doit même entraîner cette conséquence regrettable, il ne saurait en être de même des libéralités données avec discernement aux indigents, pour lesquels celles-ci ne sont que l'appoint de leurs efforts et de leur travail. D'ailleurs, cette induction se fortifie encore , on le verra ci-après, par les résultats qui se sont produits dans le développement naturel des moyens de moralisation , à partir du jour où l'exercice impuni jusque-là du vagabondage et de la mendicité a cessé de faire une concurrence désastreuse à la fréquentation des écoles.
Mais , dira-t-on , en admettant que l'assistance bien entendue et appliquée avec intelligence ne soit pas un obstacle à la prévoyance , encore faut-il que ceux qui vivent de leur travail , et au besoin des secours de la charité , puissent disposer d'un superflu , si minime qu'il soit. Sans doute, l'institution des cais^^^t^'^r^n^ est admirable , mais pour qu'elles puissent devenir les banques du pauvre et du prolétaire , n'est-il pas rationnel que ceux-ci puissent disposer journellement d'une somme quelconque et la mettre en réserve ?
Les caisses de retraites , si ingénieuses dans leurs combinaisons trop peu connues, pourraient encore ,
40 LES CAISSES DE REtRAITE ET L'ASSISTANCE.
il est vrai , leur permettre de se ménager des moyens d'existence pour leurs vieux jours ; mais sur quelles ressources l'ouvrier , qui trouve à peine , par son salaire quotidien , le moyen de se nourrir et d'élever sa famille, peut-il opérer le prélèvement qui, confié par ses mains à des institutions de prévoyance » fructifierait à son profit, et pour l'avenir, dans les caisses de ces établissements ?
Il serait difficile de répondre à ces arguments si l'expérience ne venait en fournir la réfutation.
Qu'on pénètre avec nous dans l'intérieur d'une famille d'ouvriers pauvres , mais laborieux ; qu'on se rende compte des ressources créées par leur salaire et des charges auxquelles elles ont à satisfaire; sans doute la balance est difficile à établir, et tous les détails d'un ménage . en absorbent le plus souvent le montant. Mais à côté des besoins réels de la famille , il existe des besoins factices que son chef s'est créés trop souvent et auxquels il trouve encore le moyen de satisfaire. On devine que nous voulons parler Ici des fatales habitudes de cabaret sur lesquelles nous aurons l'occasion de nous étendre longuement. Le fait est tellement vrai , que des bureaux de bienfaisance ont été obligés de mettre pour condition à la délivrance de leurs secours, que le père de famille renoncerait à ces habitudes. A ce point de vue, l'assistance ainsi comprise et appliquée est donc un puissant auxiliaire de la moralisation et de l'économie. Lorsqu'au don matériel elle joint l'action des conseils et de la persua-