‹ De l'assistance en provinceChapitre 23 sur 83 · ASSOCIATION 5 MUTUAUTÉ ET ASSISTANCE. M · texte numérisé non relu

ASSOCIATION 5 MUTUAUTÉ ET ASSISTANCE. M

sion y elle doit inévitablement faire pénétrer les habitudes 4'ordre et les substituer peu à peu à celles de rinconduite. Il en serait autrement si , en présence des souffrances nées des abus et de la débauche, elle se contentait de soulager les misères sans en rechercher la cause, si elle ne faisait d'un changement radical dans ces habitudes la condition de la continuation des secours dont elle dispose. L'aumône individuelle faite dans la rue ou aux portes des maisons produisait TefiFet contraire ; arrachée par les obsessions de l'hypocrisie, elle ne contribuait le plus souvent qu'à fournir un aliment aux exigences du désordre ; tandis que le secours à domicile , délivré par des mains ij:itelligentes aux individus dont la vie, dont les besoins sont connus, devient pour eux la source de la prévoyance, de l'ordre, souvent même de la régularité et de l'économie.

Les institutions de prévoyance ne sont pas les seules qui puissent devenir pour les travailleurs la cause déterminante de ces habitudes. Uassociation et la mutualité, qui se sont développées sous l'impulsion puissante et tutélaire du gouvernement de l'Empereur, ne présentent-elles pas à l'ouvrier un moyen facile de tirer un parti avantageux du prélèvement le plus modeste opéré chaque semaine et chaque mois sur le produit de son salaire? Ne sait-il pas que le versement de cette cotisation lui assure une réserve précieuse pour les jours de maladie? Tel, obéissant à un sentiment de fierté naturelle , aimerait mieux souffrir en silence que de solliciter les secours de la charité , de

h2 ASM>CiATIO?i , MUTUALITÉ ET ASftiSTANCfe.

TassisUmce , ci qui ne craindra pas de recevoir ce»x de Tassociation dont il est membre participant. Cette subrention qui lui vient en aide n'est-elle pas prélevée sur un fonds commun à la formation duquel il s'est astreint par un versement régulier? Le moment est arrivé pour lui d'en toucher sa part, et il la reçoit sans scrupule.

Le mode d'assistance par l'association et par la mutualité ne saurait être l'objet d'encouragements trop puissants. Lorsqu'on parvient à engager les ouvriers d'un même atelier, les habitants d'un même quartier, d'un même village, à entrer dans l'association, ils se font un point d'honneur commun de satisfaire aux conditions de leur engagement; et si quelqu'un d'entre eux se laisse encore entraîner par hasard vers des plaisirs et des distractions condamnables, au moins ne s'expose- 1- il pas à s'entendre reprocher de ryc pas avoir tout d'abord soldé le montant de sa cotisation. Qu'un camarade lui fasse observer que ses écarts , en se renouvelant, peuvent amener pour lui des désordres de santé , et forcer la société de lui venir en aide ; mais qu'il ajoute, avec cette liberté autorisée par leur position respective, que c'est faire bon marché des ressources de l'association que de s'exposer à faire peser sur elles des dépenses qui ne devraient pas être pour ainsi dire le prix de la débauche ; ah I croyez-le, cette parole d'un compagnon fera vibrer dans son cœur des sentiments d'honneur et de délicatesse que les conseils d'un chef, d'un supérieur, auraient été impuissants

AsâùciAffON , MtrrrAufÉ, WlrôYAtfdL M

à réveiller. L'idée qa^on pourrait lui reprocher âé spéculer sur l'association , le poursuit et l'arrêté sur là pente. Nous avons recueilli à cet égard des détails d'uù véritable intérêt. Ils prouvent que les natures lesf plus értdurcîes, en apparence, conservent un sentiment instinctif d^orçueil et de loyauté.

Bien que la plupart des règlements des sociétés dé secours mutuels prévoient le cas où l'ioconduite pourrait devenir la cause déterminante de Texclusidn de leurs membres , ceux-ci seront plus facilement fetenus par la crainte d'encourir la mésestime de leurs co* associés, que par la crainte d'être privés des avantages éventuels de l'association .

On ne saurait donc , nous le répétons , seconder avec trop de persévérance fet création et le développement de ces œuvres de la mutualité. Telle est, du reste, depuis long-temps, la pensée qui anime et dirige les actes du gouvernement. On voit, dans le dernier exposé de la situation de l'Empire, que t le relevé » statisticfue des sociétés de secours mutuels en signale » 4,500, comprenant 500,000 membres participants » et 64,000 membres honoraires. Leurs capitaux » réunis excèdent 24 millions. Â cette somme il faut » ajouter un fonds de retraites créé par i ,500 sociétés, • et qui s'élève déjà à près de 5 millions • .

L'effet de l'association est donc , on le voit , de substituer la prévoyance collective à la prévoyance individuelle. Là mutualité, qui en est la base, constitué un mode d'assistance soumis à des r^les et à

hU ASSOQATION, MUTrAUTÊ^ PBÉVOYàNCE.

des lois communes, et de même que notre qpuvre, elle échappe au reproche d'encourager la paresse et l'imprévoyance.

Qui ne sait d'ailleurs que tel individu , dont Texis* tence s'écoulait naguère au jour le jour et sans souci du lendemain, est celui-là même qui, plus tard, sera le plus disposé à pratiquer des habitudes d'ordre et d'économie , dès que les avantages lui en auront été révélés, et qu'il aura pu mettre de côté l'élément même le plus modeste d'une première épargne. Or, quelle que soit la forme empruntée par l'assistance , il n'est pas douteux que , si elle est faite avec intelligence et discernement, elle ne doive produire ce résultat. Au besoin , les exemples sont là pour nous prouver que les secours distribués par la charité ont souvent pour effet, non-seulement de combattre les misères existantes , mais encore d'empêcher leur retour , en ménageant ainsi à l'homme laborieux, momentanément aux prises avec le besoin, les moyens de se créer pour l'avenir des ressources d'autant plus sûres qu'elles sont le produit de son économie et de sa prévoyance.

Ces résultats ne sont pas les seuls qui se soient produits, car nous avons vu encore l'assistance développer les instincts les plus charitables chez des individus momentanément appelés à profiler de ses libéralités.

Plusieurs d'entre eux , dans l'effusion de leur gratitude, ont voulu, à l'occasion du renouvellement des souscriptions , inscrire leurs noms au nombre de ceux des souscripteurs, et s'associer, par la promesse d'une

ASSOaATION^ PRÉVOYANCE, CHARITÉ. U5

légère cotisation annuelle, au maintien et à la marche d'une œuvre dont ils avaient été les premiers à recueillir les bienfaits.

En présence de tels exemples, ne serions-nous donc pas autorisés à repousser les imputations dirigées contre Toeuvre qui , au mérite de soulager les souffrances , réunit celui d'inspirer des sentiments aussi nobles à ceux qui sont l'objet de sa sollicitude.

Sans doute des faits contraires pourraient être exceptionnellement signalés , et nous n'ignorons pas que certains pauvres ont essayé d'escompter leurs misères dans un intérêt personnel ; mais ces tentatives ont toujours échoué contre la sévérité des investigations et du contrôle des commissions charitables.

Telle que nous l'avons comprise, et qu'elle est constamment appliquée, l'assistance a été, chez les uns , l'auxiliaire de la prévoyance ; chez les autres , la cause déterminante des élans de la charité ; pour tous, enfin, une excitation permanente au travail et aux habitudes d'une vie régulière.

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