‹ De l'assistance en provinceChapitre 26 sur 83 · STATISTIQUE DE L'INSTRUCTION 'PRIMAIRE · texte numérisé non relu

STATISTIQUE DE L'INSTRUCTION 'PRIMAIRE

Ces chiffres n'expliqueDt-ils pas âvec autorité ces couleurs ténébreuses tombées du pinceau de l'illustre rédacteur de la Carte intellectuelle de la France, sur le point géographique où la Nièvre était représentée ?

Plus tard , cependant, la loi précitée de 1833 et en 1834 , le vote par le Conseil général de deux centimes spéciaux; postérieurement enfin celui du troisième centime extraordinaire, dont le produit était destiné à seconder les efforts tentés par les communes , contribuèrent puissamment, il faut le dire, au développement et au progrès de ce service.

Aussi , vingt années après l'application de ces utiles mesures, la Nièvre, pour une population de 326,000 habitants, ne comptait déjà pas moins de 26,000 élèves.

Ce chiffre était de 28,000 en 1855 , ce qui donnait 8,57 V,.

Plus du tiers, soit 10,235 enfants, étaient admis gratuitement. Les relevés les plus exacts établissaient que 18,000 enfants étaient encore privés d'instruction.

La mesure de l'interdiction de la mendicité et l'œuvre de l'assistance sont appliquées ou mises en pratique, et tout aussitôt une amélioration notable se révèle dans cette situation , d'année en année.

De 1855 à 4857, la progression s'élève de 26,000

De 1857 à 1858, à. . . . 39,904 De 1858 à 1859, à. . . . 42,417 De 1859 à 1860, à. . . . 42,907

l'assistance et la fréquentation des écoles. 49

C'est-à-dire qu'en cinq années l'accroissement du nombre des élèves fréquentant nos écoles se traduisait par un chiffre de près de 17,000, présentant pour le nombre total de 42,907 une proportion de 11,87 Vo sur l'ensemble de la population du département, ladite proportion dépassant de 2 7o la moyenne de 10 7o qui est généralement considérée comme le niveau normal représentatif de l'état de prospérité du service de l'instruction primaire dans l'ensemble de l'Empire. Ce résultat n'implique-t-il pas une preuve irrésistible des avantages de l'application des mesures administratives? Et, en présence des chiffres qui en sont la sanction , pourrait-on récuser l'heureuse influence qu'elles ont exercée sur la fréquentation des écoles, c'est-à-dire des établissements où , par une instruction appropriée à leurs besoins et par une éducation morale et religieuse, les enfants du peuple sont initiés aux secrets d'une science mise à leur portée e!r aux devoirs du citoyen envers la société ?

Mais quelle corrélation existe-t- il, dira-t-on, entre une œuvre charitable , destinée à tempérer les rigueurs d'une mesure de police, et l'empressement subit avec lequel les parents, jusque-là rebelles à toutes les sollicitations de l'autorité, ont compris la nécessité d'envoyer leurs enfants aux écoles ? Le fait est cependant bien simple à expliquer :

Lorsque la mendicité pouvait s'exercer impunément, elle était considérée, dans certaines familles,

comme un moyen facile et certain d'augmenter leurs

50 AUGMENTAT. DU NOMBRB DES ÊLJ^VRS. — SES CAUSES.

ressources. C'était principalement aux vieillards et aux enfants que cette mission était attribuée , les uns devant plus spécialement , par leurs infirmités, exciter la commisération publique, les autres en provoquer plus sûrement les effets par l'intérêt instinctif qui s'attache aux besoins du jeune âge. Allant de ville en ville, courant les foires, les bourgs, les hameaux, implorant des secours et des aumônes par le récit souvent mensonger des besoins de leurs familles ; dans l'intervalle, parcourant les routes, les chemins, s'exerçant mutuellement à toutes les ruses de cette vie vagabonde : telle était l'existence de plusieurs milliers d'enfants. Certes , une pareille école n'était pas celle de la morale ; loin de là même , les habitudes les plus perverses s'enracinaient dans leurs mœurs , exposées sans frein à l'action dissolvante de passions honteuses et brutales.

Ils ne connaissaient , pour la plupart , de la vie de famille que l'exemple d'un intérieur sans dignité ou que les reproches qui leur étaient adressés , lorsque le produit de leurs collectes journalières , peut-être même de leurs déprédations , n'était pas aussi abondant que celui des jours précédents. On les traitait de fainéants, de paresseux , et leur seule ressource , pour ne plus encourir ces reproches souvent accompagnés de mauvais traitements , était de continuer le lendemain plus activement leur existence vagabonde, en complétant par le grapill^e ce que l'aumône volontaire, fatiguée de tant d'obsessions , ne leur accordait qu'à

AUGMBIITAT. DU NOMBRE HES fLÈVES. — SES CAVSKS. 51

regret. Associés par groupes souvent de sexes différents, ils contractaient, en outre, des habitudes offensantes pour la morale et pour la pureté dei mœurs, sMnitiant ainsi, dès le plus jeune âge, aux désordres d'une promiscuité sans frein.

Ce tableau est triste , mais il n'a rien d'exagéré. Nous en avons tous été les témoins.

La mesure de l'interdiction de la mendicité a suffi , cependant , pour mettre un terme à ces fatales habitudes, et ce résultat, dont les conséquences ont été, depuis, si salutaires à tant de points de vue, n'est pas , assurément , l'un des moins heureux que nous ayons à signaler.

Le jour où le parcours de la voie publique fut interdit aux mendiants et aux vagabonds , les parents qui avaient résisté jusque^à aux exhortations des curés, aux conseils des instituteurs, aux avis de l'autorité, comprirent que le moment était arrivé de donner à leurs enfants uiie autre direction.

Les plus pauvres profitèrent immédiatement de la gratuité qui leur était offerte, aux termes de la loi, et furent admis dans les écoles. Les autres s'y présentèrent spontanément; leurs familles même n'hésitèrent pas à payer le montant de la rétribution scolaire. Telle est l'explication de la progression qui s'est produite d'année en année dans la population des écoles, et qui, pour l'ensemble de la période quinquennale, on l'a vu , s'est traduite par un chiffre de dix-sept mille enfants enlevés à la vie d'oisiveté, de paresse et de libertinage.

53 OIKECTIOZf DE L^ENSRIGNKMBNT POPILAIRK.

Assurémeot , l'interdiction de la mendicité a déterminé ce résultat ; mais l'œuvre de l'assistance , qui en est le point de départ , devait en assurer la permanence en substituant aux produits de l'aumône recueillis par les enfants des véritables indigents, la répartition des secours mis à sa disposition par la charité privée.

Si l'on se rend compte de la sollicitude éclairée qui préside depuis quelques années surtout à la direction des établissements d'instruction , du soin que des maîtres dévoués et choisis apportent à l'enseignement de toutes les connaissances élémentaires mais utiles, enfin à celui de tous les préceptes de morale qui constituent une bonne et saine éducation , il est impossible de ne pas reconnaître l'heureuse influence que cette transformation doit nécessairement opérer dans un temps donné sur les tendances des mœurs publiques. La génération actuelle en recueille déjà les effets par l'ordre extérieur qui s'est établi autour d'elle; mais les générations futures sont appelées à en profiter plus largement encore. Vainement, les détracteurs de l'instruction populaire cherchent-ils à insinuer que l'enseignement donné aux classes inférieures de la société est le plus triste cadeau qui puisse leur être fait; aujourd'hui ces accusations ont fait leur temps et elles sont repoussées par la logique des faits. Sans doute, et nous l'avons dit dans maintes circonstances, l'instruction qui n'est pas appropriée au milieu dans lequel doivent s'écouler ces existences modestes, l'instruction qui dépasse le but au lieu de se contenter de l'atteindre.

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