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seigle ou de sarrazin , le pain des ménages e.st noir. Cependant celui qui se distribue aux pauvres et qui est pris chez le boulanger a une saveur et un aspect bien différents. Il est pénible pour le souscripteur de manger du pain noir, tandis que celui des indigents, acheté avec le montant des ressources de la charité , constitue une nourriture plus saine, plus agréable. Ce contraste est une sorte d'insulte pour le donateur qui, chargé du soin de faire l'aumône personnellement comme auparavant, partagerait au moins avec les pauvres le pain dont il se nourrit lui-même.
A défaut de raisons sérieuses , on le voit , l'esprit d'opposition s'en prenait à des prétextes qui ne souffraient pas la discussion, car ils étaient inspirés par un sentiment de basse jalousie peu conciliable avec celui de la charité.
A ce sujet, nous nous sommes contenté d'appeler l'attention des commissions de bienfaisance sur la mesure qui, même dans un intérêt d'économie , pourrait ultérieurement faire adopter la manipulation d'un pain de qualité similaire à celle du pain généralement en usage dans le pays.
Dans beaucoup de petites communes même , où les souscriptions ont été consenties en nature, ne pourraiton pas, au lieu de recueillir le grain et de le donner pour compte au boulanger, évaluer la quantité de pain que chaque double décalitre peut produire , charger le souscripteur de le manipuler lui-même et de le remettre directement aux pauvres désignés , eu échange d'un
G ALGIJIA DE L'ÉGOISME. — REFCS SISTÊM ATIQUES. 123
boD délivré par là commission de bienfaisance ? Ce mode de procéder , en usa^ déjà dans quelques loca< lités, est du meilleur effet. Il a, d'ailleurs, l'avantage de resserrer chez les uns le lien du patronage , et d'éveiller chez les autres des sentiments plus directs de reconnaissance.
Mais, à côté de ces résistances ou de ces refus , se rattachant à une cause apparente vraie ou fausse ; à côté de ces oppositions plus ou moins motivées et qui , pour la plupart, ont cédé devant nos explications loydes, il en est d'autres qui, basées sur une force d'inertie systématique, sont restées inébranlables. Que dire, en effet , à un homme qui répond : t Je ne veux i pas , parce que tel est mon bon plaisir ; je ne
• veux pas souscrire , parce que je ne veux pas ? ■ Que dire à celui qui répond :
f J'entends faire la charité moi-même directement
• et à ma porte , attendu que c'est aujourd'hui le seul 1 moyen d'influence qui nous reste. » Le seul moyen d'influence ! Est-ce donc ainsi que vous comprenez la charité. C'est au nom du sentiment chrétien que nous faisons appel à votre générosité, à votre bienfaisance, et vous nous répondez que vous voulez faire vos aumônes vous-même , parce que c'est le seul moyen d'influence qui vous reste ! Mais cette influence , comment l'entendez- vous ? Votre réponse ne cachct-elle pas une arrière-pensée qui appartient à un domaine bien étranger au sujet qui nous occupe? Car si, par votre influence, vous entendez celle de l'exem*
i7tl l'AtlfôlfE EST LN MOYEN D'INFLUENCE.
pie , des conseils et de la consolation que le riche doit avoir à cœur d'exercer autour de lui , mais ne vous est-elle pas laissée tout entière ? Est-ce que, en sollicitant votre concours, nous n'avons pas eu le soin de vous faire comprendre la nécessité de ne pas souscrire pour la somme intégrale qu'il est dans vos convenances ou dans vos moyens de consacrer aux bonnes œuvres? Est-ce (|ue nous ne vous avons pas adjuré , au contraire, de ne vous dessaisir que de la moitié , du quart même, de ce que vous aviez l'habitude de donner précédemment, afin de conserver par devers vous les moyens d'exercer directement la charité, afin d'avoir la possibilité d'aller vous-même visiter le pauvre sous son toit , et de lui remettre des secours appropriés à ses besoins, en accompagnant votre offrande de ces paroles encourageantes qui en doublent le prix? Quia non in
solo pane vivit homo.
Tel est le précepte de l'Evangile. Est-ce donc pour vous y conformer que vous regrettez le temps où la mendicité étant libre, des vagabonds et des mendiants, qui vous étaient pour la plupart inconnus, venaient à jour fixe étaler leurs haillons à la porte de vos demeures, et attendre, au milieu des propos les plus grossiers arrachés par leurs convoitises rivales, qu'il vous plût de leur faire remettre, quelques menues pièces dont ils se disputaient la monnaie? Vous regrettez ce temps peutêtre , parce que vous croyiez pouvoir fonder votre influence sur des habitudes apparentes de générosité I Mais pourriez-vous affirmer que les secours ainsi dis-