‹ De l'assistance en provinceChapitre 45 sur 83 · ON EST OBUGÉ DE MODÉRER LES SOUSCRIPTIONS · texte numérisé non relu

ON EST OBUGÉ DE MODÉRER LES SOUSCRIPTIONS

l'appropriation d'une maison d'école ; la première annuité est en ce moment en recouvrement ;

> 3"* Indépendamment des prestations obligatoires» tous les ans je réclame des prestations volontaires pour nos chemins vicinaux ordinaires, et on mêles accorde sans jamais refuser.

» Or, si je dois assurer l'avenir des pauvres dans ma commune , je dois aussi protéger leurs bienfaiteurs , soit contre le trop grand élan d'un bon cœur, soit même contre leur amour-propre , et prendre en considération les diverses charges communales qui ont pesé et qui pèsent encore sur eux.

» J'ai donc calculé que si mes administrés, dont je connais toutes les affaires, fournissaient un pour cent seulement, non pas de leur revenu ostensible, mais réel, toutes charges, même occultes et hypothécaires, réduites , l'œuvre de l'assistance serait assurée , sans grever d'une manière sensible la souscription.

» C'est pourquoi, dans la collecte des engagements, j'ai désiré les ramener tous aux environs de ce chiffre de un pour cent, et avoir de l'équité dans la proportionnalité de la bienfaisance.

• C'est sous l'influence de cette idée, qu'assisté, tantôt de mon curé, tantôt de mon adjoint, j'ai parcouru la commune. Eh bien I je dois vous dire , Monsieur le Préfet, que je n'ai eu k procéder presque que par réduction ; j'ai même restreint de 20 fr. une souscription contre le gré du donateur I Les pauvres n'y perdront pas; le nombre rachète la

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force de la souscription ; aussi , non-seulement nous if avons pas essuyé de refus, mais encore nous n'avons trouvé que des g^is bien disposés , hautement approbateurs de l'œuvre. Nous avons en des journaliers demandant à être inscrits pour i fr., pour 50 centimes et même pour une paire de sabots ! Ce mode d'opérer, à mon avis, est avantageux , en ce que :

> l"" Il est équitable, et tout ce qui est équitable est juste et durable ;

* 2^ Il vulgarise le sentiment de la bienfaisance et le rend accessible proportionnellement à l'homme riche et à celui qui n'a qu'une modeste aisance ;

> 3<> 11 ôte des prétextes aux riches ^oïstes et avares, dont vous nous avez entretenus dans la conférence cantonale à Châtillon. Dans le mouvement généreux de tous, Tégoïsme reste davantage isolé ;

» i"" L'œuvre de l'assistance, par la masse des souscripteurs , devient une œuvre commune ; de sa prospérité, chaque habitant devient moralement solidaire.

> Enfin , nous sommes contents , nous avons un plus grand nombre de souscripteurs , et lors même que notre liste ne s'augmenterait pas des forains et des vingt-quatre personnes qui nous restent à voir (et nous comptons sur tous), avec les ressources actuelles nous pourrons augmenter les 900 fr. déjà placés de 300 fr. par année ; ainsi notre avenir

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» est assuré. Veuillez, Monsieur le Préfet, ne pas > vous préoccuper de nous. >

Oo comprendra que nous n'ayons pu résister au désir de citer un rapport rempli de faits et d'aperçus aussi intéressants. En quelques lignes, l'honorable ipaire de B"*** démontre tout ce que le chef d'une administration municipale , dévoué aux fonctions dont il est investi, peut obtenir de la confiance de ses administrés. Initié à leurs besoins , à leurs intérêts , il dirige et modère l'élan de leur bienfaisance, en proportionnant la part à prélever sur leurs revenus en faveur des pauvres , avec les charges connues des uns ou des autres. Aussi , avec une simplicité qui fait d'autant mieux ressortir le mérite de son initiative et celui das résultats obtenus, il ajoute : c Nous sommes con- » tents , nous avons des ressources assurées pour le • présent , pour l'avenir , et vous n'avez plus à vous » occuper de nous, p

Ce qui s'est passé à B*'* s'est reproduit dans d'autres communes , car le bien est facile à faire, lorsqu'il est développé par l'intelligence et secondé par la charité.

De tels exemples, que nous avons été si heureux de citer, serviront de modèle et d'enseignement, espéronsle, à ceux que nos raisonnements n'ont pu convaincre tout d'abord, ou qui , sous une influence quelconque, ont ajoi^rné la déclaration de leur concours à uoe autre époque, ou subordonné leurs souscriptions à l'éventualité de circonstances plus favorables. Car , dans

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la série déjà très-longue, soit des objections » soit des résistances qui se sont produites , il en est que nous avons encore passé sous silence , et cependant il peut être d'un bon effet de les dévoiler.

A celles-ci, l'influence ides passions locales, et même des circonstances générales de la politique» n'était pas étrangère.

Telle personne qui avait répondu par un refus au maire de sa commune, parce que celui-ci Pavait froissée naguère , ou parce qu'elle ne croyait pas devoir lui accorder la même confiance, est venue nous apporter sa souscription, plutôt que de donner à ce magistrat la satisfaction d'enregistrer son engagement. Mais telle autre également s'est renfermée dans un refus absolu , sous l'influence de ces mêmes rancunes. Enfin , le croirait-on ? la question romaine, qui agite en ce moment les hautes sphères du monde politique, la question tant controversée du pouvoir temporel du Pape , la marche générale des affaires de la Péninsule, sont venues fournir leur contingent de prétextes à la résistance d'un petit nombre.

De même que celui-ci ne voulait pas, en souscrivant, donner un témoignage de confiance au maire de son village, celui-là craignait, en se rendant à nos instances , de donner en la personne du chef de l'administration un témoignage d'adhésion à la politique du Gouvernement , dont ses principes ou ses sympathies Téloignaient.

Et c'est ainsi que, dans une œuvre de charité, et

OPINIOri DE M. MICHEL CHEVALIER. 155

alors que là charité est de tous les partis , de toutes les situations, nous avons vu substituer les haines et les passions mesquines de localité au sentiment le plus noble , qui aurait dû servir exclusivement de mobile à la conduite des uns ou des autres.

Aussi , le succès obtenu par l'opération du renouvellement des souscriptions n'en est-il que plus important, quand on se reporte à la multiplicité des résistances contre lesquelles nous avons eu à lutter.

Le résumé que nous avons cru devoir faire de ces diverses objections nous remet en mémoire les observations bienveillantes qu'un honorable et éminent économiste nous adressait en janvier 1 857 , précisément à l'occasion des doutes que faisait naître dans son esprit la possibilité d'un renouvellement indéfini des souscriptions.

f A mon gré, c'est fort contestable, nous écri-

> vait M. Michel Chevalier. Il n'y aurait pas la moitié

> des départements où les préfets suffiraient à la tache.

» Il faut des hommes d'un grand mérite , Monsieur^

> pour faire marcher bien droites et d'une manière in- » définie des institutions qui n'ont d'autre base que » la bonne volonté des particuliers .

• Enfin, l'avenir prouvera. Jusque-là, bornons- » nous à faire des voeux pour que l'exemple que vous » avez donné ait de nombreux imitateurs. Je n'ai pas » besoin de vous dire la haute considération que votre » œuvre m'a inspirée pour votre personne; je serai

> toujours heureux de vous la témoigner. »

1 S6 AVBNllI W» 08UVRBS BASÉES SCm LA CE AUTÉ.

Si Dous cédoDS au désir d'ioToquèr cet hooorabis tèmoigiiage , c'est moins poor dôos prétaloir d'aïhisions persoDoelles , assurément bien flatteules, que pour démontrer que les doutes émis par un homme d'une aussi haute expérience disparaissent d'eux-mêmes devant l'évidence des faits. Sans doute, il a fallu quelques efforts pour amener ces résultats, mais notre t&che n'a-t-elle pas été singulièrement facilitée par le bon sens pratique des population, et croitron qu'avec un peu de bonne volonté , ce qui s'est produit dans la Nièvre ne se puisse obtenir ailleurs ?

Nous n'avons recherché les objections dans nos conférences cantonales , qu'afin de donner un plus grand retentissement à nos réponses; mais souvent k lumière se faisait spontanément autour de nom , et nous nous rappelons toujours avec bonheur que , dans une de ces conférences où nous adjurions les personnes qui nous entouraient de faire connaître hautement leur opinion, un simple maire de village, interrogé sur ses impressions personnelles , nous fiausait la réponse suivante *

€ N'ayez aucune inquiétude , Monsieur le Préfet , « sur le renouvellement des souscriptions ; ne crai- • gnez pas l'influence des propos intéressés ou des i aliments spécieux qu'on cherche à répandre. Ils

> seront sans effet sur le bon sens des masses : je

> le déclare ici en mon nom et au nom de mes col- » lègues , il est impossible à tm$t homme 4e tKjmm foi,

$UCCfi9 ÙV BBMOOTtLLBMmT DBS •OUfiClUPTIONS. 4 S7

> dégagé de pasiùms ou de pression extérieures ,

> livré à ses seules inspirations , de ne pas reeonnattre » les avantages réalisés et les services rendus au pays t depuis cinq ans par l'application de la double me- » sure de l'assistance et de l'extinction de la men-

> dicité. >

Nous avons cru devoir reproduire ici ces paroles textuelles et. pour ainsi dire prophétiques , car elles nous avaient tellement frappé, que nous les avons nous -même citées dans plusieurs circonstances, comme refermant les plus sûrs éléments de la solution de l'espèce de plébiscite sur lequel les habitants de la Nièvre étaient appelés à se prononcer.

Près de vingt-trois mille d'entre eux , nous l'avons déjà dit, sont venus se faire inscrire sur les rôles de l'assistance et ont revêtu de leurs signatures l'engagement de payer, pendant chacune des années de la nouvelle période, le montant de leurs souscriptions vdontaires.

En 1855, Tensemble des ressources réunies dans chaque commune atteignait le chiffre de 284,541' 69

En 1860, il ne s'est élevé qu'à. . 254,417 69

Différence en moins. . . 30,123 91

mais par le fait, la diminution est loin d'atteindre un chiffre aussi élevé, et elle s'explique naturellement par la valeur originairement attribuée aux souscriptions en nature , valeur qui , rapprochée du cours actuel deg

138 RÊSULTiLTS GÊNÊRiLUX DES SOUSCRIPTIONS.

mercuriales (1860), fait une diiîérence de près de moitié en sus.

En eiîet, alors qu'en 1855 les souscriptions en nature avaient été évaluées à 42,000 fr. environ, l'évaluation de 1860, pour des quantités au moins identiques, ne s'élève qu'à 17,263 fr. 83 c. Le blé, qui constitue le principal élément de ces souscriptions, valait 6 fr. le double décalitre en 1855. Il n'est coté qu'à 3 fr. en 1860.

En doublant le chiffre ci-dessus , on arrive sans peine à combler une partie du déficit accusé plus haut.

Il est encore une ressource qui n'existait pas la première fois et qui apparaît aujourd'hui dans la nomenclature de l'actif de l'œuvre. Créée par les économies réalisées sur les budgets précédents ou par les fondations spéciales provenant de la même source, elle s'élève à 15,191 fr. 50 c.

Enfin , nous avons expliqué également que dans dix communes^ placées dans des conditions exceptionnelles, nous avions dû autoriser le recours à l'impôt extraordinaire, combiné d'ailleurs au profit des propriétaires résidants, avec leurs souscriptions.

Cette ressource monte à 11,160 fr. Ainsi, parle fait , la diminution que nous avions dû signaler j)lus haut se trouve largement compensée par ces nouveaux éléments de revenus, et si aux chiffres ci«dessus on ajoute les sommes allouées pour le service de la médecine cantonale , qui prête son concours si dévoué et si

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