‹ De l'assistance en provinceChapitre 51 sur 83 · LES CABABBTS ET LA LIBERTÉ DE L'INDUSTRIE · texte numérisé non relu

LES CABABBTS ET LA LIBERTÉ DE L'INDUSTRIE

publics qu'en les soumettant à une active surveillance que peuvent être prévenus ou diminués les abus auxquels a voulu remédier le décret du 29 décembre 1851 . Personne , assurément , plus que nous ne professe te respect de la liberté de l'industrie. Tel qu'il a été inscrit dans nos lois par le législateur de 1789, il a assuré » par la destruction du monopole , le développement et le progrès de toutes les œuvres de l'esprit humain. Mais ce principe lui-même est soumis à des exceptions consacrées par la loi , lorsqu'il s'agit des industries dont l'exercice peut devenir incommode , dangereux et insalubre. On exige l'éloignement de certains établissements , on empêche leur concentration dans les lieux populeux où la santé publique pourrait en être affectée. Mais la morale a-t-elle donc moins de droit à la protection de la loi ? Et quand l'autorité chargée de l'appliquer a la conviction que la multiplicité des cabarets est une cause de désordre et de démoralisation, ne devrait-elle pas être maintenue en possession du pouvoir discrétionnaire que le décret du 29 décembre 1851 avait entendu lui donner tout d'abord, de refuser les ouvertures nouvelles, par cela seul que le nombre existant suffit aux besoins? On conçoit que le législateur ait hésité à fixer lui-même une limite ; mais le droit de restriction nous semblerait pouvoir être, sans inconvénient, délégué par lui aux dépositaires de l'autorité, qui demeureraient seuls juges de l'opportunité des créations nouvelles. Le droit de restriction serait-il , en définitive , plus exorbitant que celui qui

166 LCê Cabarets et la liberté m VtmkSstMtL

a été consacré, au profit de certaines commîmes, pm le commerce de la bonlangerie? La limitation du nombre des établissements où il s'exerce est basée sur des mo6fc d'ordre public, auxquels se rattache la nécessité de n'en laisser la direction qu'à des personnes préseittaA des garanties de solvabilité. On n*a pas toulu qifif pftt dépendre du caprice du premier tenu d'oorrir et de fermer à volonté une boulangerie , sur les fournitures de laquelle le public est en droit de compter. On a pensé que le monopole était une nécessité , et on a en raison. Mais, par analogie , quoique dans un autre ordfie d'idées , ne pourrait-on appliquer également aux établissements qui sont à la fois une cause de démoralisation et de ruine pour la santé des individus ou pour la fortune des familles, ce principe de restrîctioo observé avec tant de soin quand il s'agit de donner des avantages à ceux qui fournissent les éléments les plus nécessaires de l'alimentation publique? Maintenir quand même la jurisprudence contraire, ce serait, à notre avis, pousser peut-être bien loin l'observation rigoureuse des principes de 1789. S'ils consacrent la liberté, au moins ne protégent-its ni l'abus m la licence. Or, la liberté et le bien qu'elle se propose de développer, soit dans l'ordre moral , soit dans l'ordre matériel , cessent au moment oh de l'excès de cette lft)erté natt le mal. C'est ce qui se produit par l'effet an nombre illimité des cabarets.

Assm*ément, le département de la Nièvre a eu naguère ses mauftais jours ; mais il en a depuis kHtg-

LES CMMlfiTSt^OMT IHN OBâSACL» A 1^ MORAIMAI^M. 167

lemps Fayûbeté le souvenir par ràxcellent esprit de ses populations el pso* son dévouement instinctif an principe d'autorité. Au point de vue moral et politique , il présente une amélioration progressive que nul m SMTÙt révoquer en doute.

Dans Tordre matériel» son agriculture et son indui»iFÎe sont des plus florissantes ; il^ n'est pas de concours « usiiversels et régionaux, où le nom de la Nièvre ne soit dignement représenté , et ne retentisse avec éclat. Pea de départ^oaents possèdent par eux-mêmes des éléments pitls complets de richesse et de prospérité.

Le paupérisme , c'est-à-dire la réunion des circonstai)e8S> permanentes qui provoquent l'indigence, tendent à s'efiheer devant l' heureuse application des mesures qui' ont organisé Fassistance, et qui lui ont donné pour sanction Tœuvre admini^rative de l'extiiietion de ta BMndicité. La càarité n'est plus exposée à voir sas Ufeà^tés s'égarer, en allant gros^r les ressc^irces des îAdigeats de contrebande ou des mendiants de profession. Elle n'a plus qu'à s'occuper du soulagement des véritables indigeots; mais bien que la loi divine ait solenn^m^t déclaré qu'il y aura toujours des pauvres parmi nous ; bien que la prétention de vouloir tarir la source de toutes les misères soit aussi insensée i|ue de vouloir intervertir l'ordre des saisons ou de modifier les grandes lois qui régissent notre laondé terrestre , n'est-il pas pour les représentants de l'autorité un devoir étfoit, celui de diminua autant cplè^ possible, par les moyeMdent ils disposent^ ces itoîm-

16$ tTATMTIQinS M» CABARETS ET UBOX KtOCS.

breuses occasions de faillir, qui engeodrent les causes individuelles de la misère? Or, nous avons pensé qu'en signalant , par Texposé des chiffres extraits d'une statistique officielle, la multiplicité vraiment effrayante de ces causes , ce serait déjà remplir une partie importaote de cette tâche , et Ton remarquera qu'en relevant ces chiffres autour de nous , dans un département où les tendances vers le bien sont dominantes , nous ne nous proposons que de leur attribuer une importance relative , laissant au lecteur le soin d'en tirer lui-même les conséquences que lui dictera sa raison. *

Le département de la Nièvre compte en ce m(»nent 326,000 habitants, et la population de la ville de Nevers , son chef-lieu , ne s'élève pas à plus de 18,000.

Or, le dernier recensement des cafés, cabar^ et débits de boissons existants dans le département établit que leur nombre, quoique singulièrement diminué depuis plusieurs années, atteint encore le chiffre de 2,446, en i86i , ce qui donne une proportion de 1 établissement par 434 habitants.

 Nevers , le nombre des cafés , cabarets et (itôbits de boissons est de 266. En y ajoutant les hôtels et les auberges , le nombre s'élève à 297 , ce qui , dans le premier cas , donne une proportion de 1 établissement par 68 habitants, et dans le second, de 1 par 62.

Il reste donc , déduction faite des établissements du chef-lieu , 2.419 débits de boissons qui , répartis entre les 317 communes du département, donnent une

NÙÊgJÊIKR DBS HABITUÉS QUI LES FRÉQDBBITENT. 169

im^yenae de 6 établissements par commune; dans quelques-unes, cette moyenne , par le fait, est tout au plus de 2 ou 3 , mais dans les autres , où l'agglomération du chef-lieu est plus importante, elle dépasse facilement ce chiffre.

Or, tous ces établissements vivent, se soutiennent, plusieurs d'entre eux , même , prospèrent. Quelques années suffisent aux chefs d'établissements pour faire une fortune brillante et rapide. Les exemples sont là ; au besoin les noms pourraient être cités. Ce fait n'a rien de surprenant , si l'on réfléchit qu'en dehors des dimanches et des jours de fête, où la population ordinaire qui fréquente les cafés est doublée et souvent triplée, les cafés de première, seconde et troisième cat^orie , au nombre de quarante-six , à Nevers , ne reçoivent, par jour, pas moins de 1^795 habitués, dont la dépense moyenne est de 1 fr. 28 c. par tête, soit de 2,080 fr. 50 c. dans son ensemble. La recette moyenne de chaque établissement est de 40 fr. 24 c, sur lesquels le bénéfice est de 70 p. O/o environ , quand il ne s'élève pas davantage. On remarquera qu'il ne s'agit ici que de la moyenne des jours ordinaires, et qu'ainsi que nous l'avons établi plus haut, les jours de fête , de marché et de foire, ces chiffres , dans certains établissements surtout, atteignent des proportions dont les recettes de 12 et 1,500 fr. peuvent donner une juste idée.

Or, ces chiffres trouvent facilement leur explicaiion dans ceux des consommations, tels qu'ils sont

Page 1