EXPOSÉ ET PLAN DE L'OUVRAGE
Prix de Morogues, en 1857.— Opinion de rAcadémie des sciences morales et politiques. — But de Tassistance et de l'interdiction de la mendicité. — Régularisation de l'aumône individuelle. — Ce système n'est pas la charité légale. — L'assistance est-elle le seul moyen de résoudre le problème du paupérisme? — Les reproches qu'on lui adresse à cet égard sont-ils fondés ? — Du rôle dévolu à l'administration dans la recherche et dans l'assistance des misères morales qui engendrent Tindigence. — Premiers succès obtenus dans la Nièvre.
L'Académie des sciences morales et politiques, en nous décernant, en 1857, le prix fondé par M. le baron de Morogues en faveur du meilleur ouvrage publié sur l'état du paupérisme et sur les moyens d'y remédier, s'exprimait ainsi par l'organe de son honorable rapporteur, M. Léonce de Lavergne:
t Le mécanisme dont il s'agit ne nous est pas d'ail-
» leurs assez connu pour que nous puissions l'appré-
» cier dans tous ses détails , et ce que nous en savons
» nous inspire encore quelques doutes , non que nous
> repoussions le principe de l'assistance , qui nous pa-
» raît , au contraire, nécessaire dans une juste mesure,
» mais parce qu'il ne nous est pas démontré que la
» forme adoptée soit en effet la meilleure. L'expé-
2 OPIXIO.N DK l/ACADÉMIK KJ RU DE L'OIVHAGK.
» rience commence à peine. Il faut plusieurs années » et même plusieurs périodes quinquennales pour la » bien juger. Tout ce qu'on peut dire pour aujour- » d'hui, c'est que les premiers résultats paraissent c bons, au moins pour l'extinction de la mendicité , la » plus hideuse manifestation de la misère (l).»
Si les doutes de l'honorable rapporteur n'ont pas empêché l'Académie .de nous donner un témoignage éclatant de sa bienveillance, il nous a paru que les termes dans lesquels ils étaient exprimés nous imposaient le devoir de faire connaître les résultats obtenus dans le cours de la première période quinquennale de l'apphcation de notre œuvre , et de compléter cette communication par le compte-rendu des opérations qui ont eu pour résultat le renouvellement des souscriptions destinées à en assurer la marche pendant une seconde période.
Tel est le but des pages qui vont suivre.
On se rappelle dans quelles circonstances nous avons été amené à faire une étude spéciale de cette grande question du paupérisme, tant de fois soulevée et si rarement résolue.
L'administration d'un département important venait de nous être confiée presque au lendemain des mauvais jours dont le souvenir avait laissé une si triste impression dans l'opinion publique.
(l) Rapport de M. de Lavergne, juin 1858, tom. xxiv, des Comptet-Rendut de l'Àcadémie.
f>: DÊPARTKMKNT DE LA NlfeVRE ET LA MENDICITÉ. 3
Evidemment la Nièvre valait mieux que sa répulatioQ, et Teiamen le plus superficiel de sa situation amenait avec lui la preuve des ressources infinies que présentaient Tesprit éclairé de ses habitants et l'intelligence d'une nombreuse population industrielle etagricole, avide de travail et de progrès.
Cependant, au milieu de toutes ces conditions de bien-être, un mal profond exerçait traditionnellement ses ravages dans le pays. Il y régnait partout, et en despote. Ce mal , c'était la mendicité; non-seulement la mendicité, triste et dernière ressource des vrais pauvres , mais encore la mendicité , refuge ou prétexte de la fainéantise et du libertinage; la mendicité, élevée à la hauteur d'une profession des plus lucratives par des industriels émérites, se recrutant, soit dans le département, soit dans les départements limitrophes ; la mendicité, enfin, considérée par les meneurs politiques de l'opposition la plus dissolvante, comme un moyen d'action et de propagande auprès de populations crédules et impressionnables.
A tous les points de vue , notre devoir était de la faire disparaître.
Un simple arrêté de police interdisant la mendicité, et l'ouverture préalable d'un établissement destiné, suivant la lettre de l'article 27/t du Code pénal, à obvier à la mendicité, auraient suffi assurément pour autoriser la poursuite des délits de mendicité. Rigoureusement appliquée , cette mesure aurait déjà , sans aucun doute , produit des effets appréciables vis-à-vis