LES CABARETS ET LA POUCE CORRECTIONNELLE
Aussi , des conseils généraux se sont émus des conséquences de cette situation. Dans sa session de 1859, celui de la Nièvre, répondant à un vœu du conseil d'arrondissement de Cosne , invitait l'autorité préfectorale à persister énergiquement dans les sages résistances qu'elle opposait aux nombreuses demandes qui lui parviennent habituellement.
Nous avons reçu maintes fois des lettres de propriétaires, cultivateurs ou fermiers, qui nous exposaient leurs doléances , au sujet des habitudes de cabarets contractées aujourd'hui par leurs domestiques et leurs ouvriers.
Les chefs de parquet eux-mêmes ont été souvent dans le cas de nous signaler l'influence que ces habitudes exerçaient sur la criminalité. Où se commettent, en effet, les délits pour coups et blessures qui viennent alimenter les débats de la police correctionnelle et souvent ceux de la cour d'assises, sinon dans les lieux publics , où la raison se perd dans les fumées de l'ivresse?
Ce qui se passe dans la Nièvre n'est pas un fait isolé ; car, récemment , nous voyions que le bureau de bienfaisance de Versailles demande qu'il soit pris des mesures contre l'ivrognerie et les cabarets qui l'encouragent.
Le Sénat lui-même, dans sa séance du 13 mars 1861, a prononcé le renvoi à M. le Ministre de l'intérieur d'une pétition sur le même objet. Dans le cours de la discussion, a laquelle ont pris part
190 PÉTITION ADREBStB AU 9ÊNAT.
M. le baron Lacrosse, M. de Royer, le cardinal Donnet et M . le baron de Ladoacette , on a excipé des sages mesures prises par le préfet du Nord contre les ivrognes, et de celles qui ont été arrêtées par le bureau de bienfaisance de Cambrai , contre Vobservation ruineuse du lundi. En voici les dispositioDS littérales :
• Considérant que bon nombre d'ouvriers , malgré • les avertissements réitérés , continuent à s'abstenir » de travailler le lundi ; qu'un pareil état de choses, » s'il était toléré plus long-temps, impliquerait de la » part de l'administration une faiblesse qui serait de f nature à encourager et à entretenir les mauvaises » dispositions ; qu'il y a lieu , dès-lors , à tenir la t main à ce que la délibération précitée soit ponctuel- » lement et rigoureusement appliquée ,
t Arrête :
> Tout individu inscrit sur les listes , qiai ne se
> rendra pas exactement le lundi dans les ateliers pour » s'y livrer au travail ordinaire, sera, sur la connaist sance acquise de ce fait, privé des secours qu'il
> reçoit de l'administration charitable. >
On a cité également, dans la discussion, les termes d'un arrêté de M. le Maire de Brest, relatif aux malheureux qui se sont dégradés au point de tomber sur la voie publique , et les dispositions d'un autre arrêté de M. le Préfet du Nord, qui ordonne l'arrestation des individus dont l'état d'ivresse devient
RÉïft6i AU Ministre de l'inîtèriecr. 191
une cause de danger, de désordre ou de scandale pour eux-mêmes ou pour 'la société.
Les cabaretiers sont également soumis à des peines spéciales et rendus responsables de la facilité avec laquelle ils laissent boire chez eux jusqu'à Tivresse.
Aux considérations qui précèdent , il n'est peut-être pas inutile d'ajouter celles qui ont déterminé le Sénat à prononcer le renvoi de la pétition ci-dessus à S. Exe. M. le Ministre de l'intérieur :
€ ....... La commission croit devoir ajouter une
observation politique importante ; c'est que, dans les temps de désordre , les trames contre la société et contre le Gouvernement se sont toujours formées dans les cafés et dans les cabarets. Il est à désirer que les autorités locales les surveillent d'une manière incessante, et qu'au lieu d'en laisser accroître le nombre, elles fassent, après connaissance, fermer ceux qui deviennent dangereux par leurs excitations politiques ou qui encouragent l'ivresse des buveurs. Elles sont armées, à cet effet, du décret du 29 décembre 1851 , qui a force de loi. »
(Moniteur, 14 mars 1861, p. 354, rapport de M. Larabit. )
Quelque sages que soient ces mesures, dont on trouve les dispositions similaires dans celles que nous avons prises nous-même sur la police des cabarets , en définitive, elles n'atteignent que le fait de l'ivrognerie , mais elles ne font pas disparaître la cause qui le provoque. S'il y avait moitié moins de cabarets, on peut
192 LES CABAKBT8 ET LES BEAGONNIKE&
aflirmer qu'il y aurait moitié moins de coQsbmmateurs. L'argent qu'ils dissipent follement dans ces lieux de débauche profiterait à la famille. Conséquemment, la misère qui y fait habituellement élection de domicile, tendrait à s'atténuer.
Nous ne nous sommes étendu aussi longuement sur ce triste sujet que parce que nous avions à obéir à une conviction profonde basée sur l'expérience des faits et des chiffres. Nous les livrons au contrôle le plus minutieux , et nous ne craignons pas d'affirmer que le jour où il sera possible d'opposer un frein légal à la multiplicité des débits de boissons , les causes individuelles de la misère diminueront dans une proportion considérable.
L'étude qui précède , pour être moins incomplète > devrait peut-être comprendre Ténumération des individus appartenant à telle ou telle catégorie , à telle ou telle profession , et qui fournisent les éléments de la clientèle la plus habituelle de ces établissements. Nous avons vu déjà qu'elle se recrute malheureusement dans toutes les classes d'ouvriers , de journaliers , de domestiques y et que souvent les maîtres sont obligés d'aller les relancer au cabaret voisin pour obtenir d'eux qu'ils reprennent leurs travaux. Mais il convient d'ajouter une classe bien caractérisée d'habitués qui, dans les campagnes surtout , en sont les hôtes attitrés. Nous voulons parler des braconniers.
Le braconnier est un type malheureusement trop répandu et que chacun connaît. Sa vie est toute de