LES GAEARBTS ET LE BRACONNIER
fainéantise et d'oisiTeté. Son industrie, dont l'exercice le met en lutte continuelle avec les propriétaires et avec les agents de la force publique , est une passion qui l'absorbe et le domine. Le danger du procèsverbal n'est pour lui qu'un stimulant. N'a-t-il pas pour l'éviter, le secret de mille ruses et au besoin l'emploi de la force et de la violence? Il fait du jour la nuit et de la nuit le jour, se sert successivement des engins prohibés , du fusil , peu lui importe , pourvu que le gibier, objet de sa convoitise , passe dans sa gibecière , et que le cabaretier voisin , qui souvent lui sert de receleur ou de commissionnaire^ lui en remette le prix, dont le montant se compense le plus souvent avec la consommation qu'il fait dans l'établissement de ce dernier ; car, pour le braconnier, le cabaret est le lieu où il passe la plus grande partie du temps qu'il ne consacre pas à la chasse ou à l'afFut.
A côté du braconnier, vivant en dehors de la loi et violant les propriétés d'autrui , il existe un autre type qui tient au moins à rattacher ses habitudes à une apparence de légalité. Celui-ci a un permis de chasse; il l'a obtenu sur la présentation d'un certificat que le maire de sa commune n'a pas cru devoir lui refuser, car il ne se trouve dans aucune des catégories prévues par l'art. 6 de la loi du 3 mai 1841. Ce^ pendant , il était de notoriété que cet individu ne possédait rien ou à peu près , que s'il n'a pas subi de condamnations pour les cas indiqués dans la loi , il présente cependant des conditions de moralité plus que
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douteuses. Préveau de ces circonstaDces , le préfet se croit eu droit d'oser d'an pouvoir discrétionoaire et interprète la loi dans son esprit : il refuse le pm&is ; mais OD proteste devant une autorité supérieure , on prouve que ce n'est pas Tesprit , mais la lettre de Id loi qu'il y a lieu d'appliquer.
Cette lettre est positive , et l'arrêté emportant mi premier refus doit être rapporté. Le permis de chasse est délivré. A partir de ce moment, il devient entre les mains du malheureux qui en est porteur l'occasion de la vie la plus aventureuse. Neiaat-il pas qu'il rattrappe, (^omme il le dit dans son langage , les 25 fr . qu'il ku a coûté y le prix de ses munitions » et qu'en outre , il trouve celui de sa journée? Il ne possède rira, il n'a la permission de chasser sur aucune propriété ; mais peu lui importe. Il faut qu'il persévère et qu'il accom- I clisse son œuvre de destruction. Pour la rendre plus fructueuse, il s'associe avec un ou plusieurs compagnons, et quand le succès a cour(mné leurs affcHis, on va se reposer ou se réjouir au cabaret. Si, au cont raire , la chance n'a pas été favorable , on va s'y consoler , et c'est ainsi que la vie de famille est méconnue, (|ue l'exercice d'une industrie honnête et certaine ^t ^tbandonnée au profit de celle du braconnage. Car, il ne faut pas s'y méprendre , tel chasseur , bien x}ue muni d'un permis de chasse , n'en est pas moins un braconnier; il en a les allures , les habitudes. Il perd son temps , néglige sa profession , mange scm argent , engage à crédit celui qu'il n'a pas, et s'expose, lui et sa
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famille, à toutes les coDséqueDces de cette iDConduite, heureux encore lorsqu'il u'â pas à répondre devant la j«i$tice des méfaits ou des délits , quelquefois même des crimes auxquels il a été entraîné dans ses rencontres avec les gardes et la gendarmerie !
£n présence de ces résultats , n'est-il pas permis de se demander si la loi sur la chasse a suffisamment armé r^mtorité des moyens de résister aux demandes de certains individus. Aujourd'hui, toute personne , par cela seul qu'^e est inscrite au rôle des contributions , pe serait-ce que pour quelques centimes , se croit en drcwt d'avoir un pennis de chasse et d'en user. L'exercice de ce droit est pour elle l'occasion d'une ruine ou celle des excès les plus graves. L'autoritér le sait , et légalouent, cependant, elle n'est pas autorisée à le lui refuser!
Noifê n'avons dû examiner la question du cabaret qu'au point de vue de l'objet de cette étude , c'est-àdire de son influence sur la moraUsation publique et sur l'accroissement des misères ; mais s'il nous était permis de pousser plus loin nos investigations , il ne serait pas difficile de prouver que les représentants. de cette industrie semblent se prévaloir aujourd'hui de l'extrême tolérance dont ils jouissent , pour réclamer , dans le sens de leurs intérêts, la solution des affaires les plus importantes.
S'agit-il , on l'a vu , de la création d'une foire ou d'un marché , de la réunion de deux commiines ou de l'îérection d'une nouvelle, de l'ouverture ou du clas-
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sèment d'un chemin, il est rare que les demandes ou que les oppositions produites dans un sens ou dans l'autre ne soient pas inspirées par l'intérêt des aubergistes ou des cabaretiers.
Celui-ci sollicite telle ou telle mesure, parce qu'elle doit avoir pour effet de favoriser son commerce ; celuilà au contraire se met à la tète d'une cabale » rédige les pétitions et les colporte , afin d'empêcher le succès du projet le plus favorable aux intérêts généraux, parce qu'il croit que son intérêt personnel doit en souffrir.
Enfin , dans les campagnes » quelques cabaretiers ont acquis d'autant plus d'importance qu'étant les créanciers d'un certain nombre de leurs clients, ceux-ci soi;t habitués à subir passivement l'opinion des chefs de ces établissements, qui sont le théâtre ordinaire de leurs réunions, de leurs plaisirs, trop souvent de leurs débauches.
Aussi, les conseils généraux et l'administration, qui n'ignorent pas ces circonstances, sont-ils obligés de dégager souvent les questions les plus importantes, dont l'examen leur est soumis, de la pression vraiment déi)lorable que les intérêts de cette nature exercent sur l'opinion des représentants de certaines localités. Mais trop souvent aussi ces mêmes intérêts empruntent avec tant d'habileté la forme du dévouement au bien public , que la bonne foi de l'autorité est égarée à leur profit.
On voit par ces détails que l'industrie du cabaret