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EMPLOI DU FER DANS L'AGRICULTURE

Les centres de production, pendant long-temps condamnés à une fécondité pour ainsi dire stérile^ sont affranchis de cette espèce de servitude que faisait peser sur eux l'extrême difficulté des communications. Ils n'attendent, pour jouir d'avantages plus complets, que le moment où l'achèvement des chemins de fer concédés ou en cours de construction leur permettra de recevoir à bon marché la houille , la chaux , la marne, les engrais naturels ou artificiels non utilisés dans les villes , et tous les amendements minéraux dont l'éloignement ou la cherté de transport ont rendu pour eux jusqu'à ce jour l'emploi onéreux ou pour mieux dire impossible.

Enfin, le rôle que l'usage du fer est appelé à jouer dans l'agriculture, indique dès à présent l'espoir qu'elle est en droit de fonder sur l'application des mesures douanières, qui doivent avoir pour effet d'abaisser la valeur de cette matière importante. L'agriculture se rattache avec d'autant plus d'empressement à cette perspective, que les craintes émises tout d'abord par la métallurgie, à laquelle elle était attachée jusqu'ici par des liens d'étroite solidarité , se sont évanouies devant les premiers effets de l'application du nouveau régime douanier. Si le taux des cours s'est abaissé, jamais, depuis long-temps, les commandes n'ont été ni plus nombreuses ni plus suivies. Si le bénéfice réalisé sur chaque objet de production est minime, au moins les quantités produites ont-elles été assez nombreuses pour que l'ensemble des résultats soit encore satisfaisant. Enfin , si

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Too réfléchit que ceux*ci se sont produits dès la première année de Texpérience d'une mesure qui devait, suivant certaines personnes , anéantir les industries et causer à tout jamais* leur ruine» n'esfr-il pas permis d'espérer que lorsque le premier moment des émotioos sera passé , lorsqu'un nivellement général se s^ra produit entre les intérêts engagés , d'une part , entre les offres et les demandes» d'autre part, la confiance, revenue à son point de départ, deviendra la base d'une activité nouvelle. L'agriculture et toutes les industries accessoires ou secondaires scoit appelées, nonseulement à en profiter pour elles-mêmes , mais encore à en faire profiter les nombreux agents qu'elles emploient et qui vivent de leur prospérité.

C'est par la réunion de ces diverses circonstances qu'elle entretiendra l'aisance autour d'elle, c'est à ces conditions que se trouveront réalisées ces paroles de l'Emperemr :

i L'industrie appelle, tous les jours ^ les hMfm^es > dans les villes et les énerve. Il faut rappeler dans » les campagnes ceux qui sont de trop dans les » villes , et retremper en plein air leur esprit et leur » corps (1). »

La décentralisation industrielle et la transformation de l'agriculture en une véritable industrie affranchie du taux usuraire des capitaux ou du recours onéreux

(1) Extinction du Paupéri»me (Œuvres de Napoléon III, tom. n, p. 117).

aux garanties hypothécaires, devront inévitablement produire ces résultats.

Déjà , dans les classes le^ plus élevées de la société , on a compris cette vérité. En effet» au lieu de mener à la ville une existence factice et dominée par les exigences d'un luxe que peu de fortunes actuelles sont à même de soutenir , pourquoi ne pas transporter à la campagne et dans la vieille terre de famille son principal établissement ? Pourquoi ne pas s'y consacrer à la culture et à l'amélioration du sol? N'est-ce pas pour l'intelligence^ en même temps que pour les capitaux, une occupation des plus nobles et un emploi des plus sûrs ? A l'avantage de s'occuper utilement , se joindra celui d'acquérir une juste influence , de répandre autour de soi l'aisance et le bien-être par le travail , par l'adoucissement des souffrances, par la charité, par l'enseignement des préceptes de la plus saine morale , enfin , par l'exemple.

Ce qui naanque essentiellement à notre société , c'est le patronage , c'est-à-dire la protection individuelle du plus puissant au plus faible. D'où vient qu'à certains moments de notre époque contemporaine on a vu des divisions se former dans la société ; d'où vient que les passions , que les haines et que l'envie ont ouvert la carrière aux doctrines les plus sauvages? C'est que depuis long -temps aucun lien ne rattachait les différentes classes. Autrefois, telle famille du village était heureuse d'être depuis plusieurs générations^ et de père en fils, au sqrvice du château voisin. Au besoin,

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le sentiment du dcToir accompli et celui de la reconnaissance suppléaient aux salaires que des revers de fortune ne permettaient plus de payer. Que d'exemples ne cite-t-on pas de la part de ces vieux serviteurs qui , à Tépoque de nos troubles révolutionnaires , ont nourri leurs maîtres de leur travail ! Disons-le cependant, à la honte de notre époque , ces faits auraient peu de chances de se reproduire aujourd'hui; car l'intérêt et l'égoïsme sont devenus le seul mobile des serviteurs, et, peut-être, du côté des maîtres, n'y a-t-il plus pour eux le même esprit de bienveillance qui provoque l'attachement. D'ailleurs, est-ce au milieu du tourbillon de la vie de la capitale, est-ce sous l'empire de ses exigences , que ces habitudes peuvent se modifier ?

A la campagne , au contraire , la vie devient plus sérieuse. On a besoin d'être entouré , et on est disposé à la bienveillance vis-à-vis de ceux qui ont associé leur vie a la nôtre. Des serviteurs, ce sentiment s'étend aux gens du pays ; il excite leur gratitude , et, à partir de ce moment, le lien du patronage est formé. Nous l'avons déclaré dans notre ouvrage sur V Assistance, heureux sont les villages dont les châteaux sont habités ! L'expérience prouve chaque jour la vérité de cette réflexion , et fort heureusement, les châteaux commencent à se repeupler.

V absentéisme et ses tristes effets tendent à disparaître. Puissent des habitudes aussi salutaires se répandre et se généraliser au profit de cette décentra-

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