SES AVANTAGES POUR LA CLASSE OUVRIÈRE
lisation sociale qui, saule, peut empêcher à un moment donné nos campagnes de subir la domination des capitales (1).
Quand l'exemple lui en sera donné de haut, l'ouvrier, de son côté, quittera les villes, et le jour où il aura la certitude que la vie des champs ne sera plus pour lui, comme naguère , une vie de privations pénibles ; dès qu'il saura qu'elle peut devenir la source du bien-être et de l'aisance, que son logement pourra être établi à la campagne dans de bonnes conditions de salubrité , que sa nourriture y sera abondante et substantielle , l'émigration sera pour lui sans attrait.
D'ailleurs, à la ville, l'ouvrier n'est jamais propriétaire. Toute jouissance se rattachant à la possession d'une maison et d'un champ lui échappe. Car, si son salaire est élevé , la dépense journalière est en proportion de ce qu'il gagne, et l'économie lui est souvent impossible. A la campagne, au contraire, cette ambition peut être facilement satisfaite. Le jour où l'ouvrier devient propriétaire, n'eût-il même pas pu tout d'abord solder le montant de son acquisition , il trouvera dans le désir de s'acquitter un stimulant
(1) L'influence des grands propriétaires peut s'établir même par des moyens secondaires, qui empruntent la forme des distractions et des divertissements. Nous pouvons à cet égard citer ce qui se passe dans une commune de notre département, à Anlezy, où M. le comte de Damas a eu rheureuse pensée d'établir au milieu de son parc un gymnase dejenx, qui est ouvert, les jours de fête et les dimanches, aux jeunes gens de son village. Ceux-ci, au lieu de se rendre au cabaret, ont accepté avec reconnaissance l'occasion qui leur était offerte d'occuper agréablement et honnêtement leurs loisirs.
nh L^OmniER PROPKttTAIlB.
puissant pour travailler » pour économiser. L'abseoce d'oD loyer à payer, les fruits récoltés dans le jardin ou dans le champ travaillés de ses mains, seront bientôt la compensation de l'épargne qu'il s'est imposée , et c'est ainsi que se trouvera encore réalisée cette pensée de l'Empereur Napoléon III :
• La classe ouvrière ne possède rien. Il faut la rendre propriétaire. Elle n'a de richesse que ses bras ; il faut donner à ces bras un emploi utile pour tous. Elle est comme un peuple d'ilotes au milieu d'un peuple de sybarites. Il faut lui donner une place dans la société et attacher ses intérêts à ceux du sol. Enfin , elle est sans oi^nisation et sans liens, sans droits et sans avenir ; il faut lui donner des droits et un avenir , et la relever à ses propres yeux par l'association, l'éducation, la discipline (1). »
On est frappé d'admiration à la lecture de ces lignes qui , tracées sous les verroux du fort de Ham , contenaient le germe des grandes institutions que les décrets de la Providence et que le vœu national devaient un jour permettre à leur auteur de consacrer par son autorité souveraine.
La classe ouvrière, le peuple, en un mot, était sans organisation et sans liens, sans droits, sans avenir , et le suffrage universel est venu , pour lui , combler cette lacune et l'associer à la nomination des
(1) ExtineHûn du Pmipéritme (Œuvres de Napoléoa lll, tom. ii, p. 117).
UfSDfFDAlia DB BEAS DAlfd VàGKieWnmÈ. 1Z5
représentants du pays» du département, de la cornnane. Précédemment il avait été le lien nécessaire aottre le peuple et le souverain de son choix.
Nous avons Vu successivement ces grandes pensées se réaliser et trouver leur confirmation dans des faits solennels.
N'en serait-il pas de même aussi pour celles qui , plus spécialement , ont été inspirées par le désir de consacrer l'amélioration matérielle et morale du sort des travailleurs ? c Le peuple n'a de richesse que ses > bras ; il faut donner à ses bras un emploi utile pour t tous; il faut attacher ses intérêts à ceux du sol. > Là est le germe de Tamélioration indiquée, et nul doute que les témoignages de haute protection accordée à l'agriculture ne doivent amener la réalisation de ces résultats, en faisant de cette profession une industrie lucrative , avantageuse , et destinée à répandre autour d'elle les éléments de l'aisance et du bien-être.
L'agriculture, dans ces derniers temps surtout, se plaignait de l'insuffisance des bras. On a vu le rôle que les machines sont appelées à remplir pour suppléer utilement à ces forces individuelles. Une révolution complète doit s'opérer dans la production, sous l'influence de l'emploi de ces nouveaux agents de force et d'activité. Cependant, quelque nombreuses, quoique perfectionnées que soient ces machines , elles réclament le concours des bras, et pour certains genres de culture , eux seuls peuvent agir directement sur le sol. Aussi » en dehors des circonstances qui pro-
236 L'AGMCULTCBE. — • LES hXHÈSS PEEllAlfEimSS.
voquaient l'émigratioD des campagnes vers les villes , ce n'était pas sans un vif sentiment de regret que les cultivateurs et les fermiers voyaient, chaque année, les meilleurs et les plus vigoureux de leurs travailleurs obligés de répondre à l'appel de la loi sur le recrutement , et de déserter les travaux des champs pour aller se consacrer à ceux des camps et des casernes. Les familles se résignaient, et le sentiment de l'honneur national changeait presque en un jour de fête celui du départ de leurs enfants, enivrés eux-mêmes par avance du désir de payer une dette sacrée à la patrie , et si l'occasion s'en présentait , de pouvoir se couvrir de gloire comme leurs amés ; mais ce premier moment d'excitation passé, l'heure des regrets arrivait, et le vieux père, les enfants plus jeunes, obligés de supporter seuls le poids du travail qu'ils partageaient naguère avec le fils ou le frère devenu soldat , ne pensaient pas sans douleur au long intervalle qui devait s'écouler jusqu'à son retour.
Témoins de ce spectacle , les docteurs , les économistes de la localité, faisaient revivre alors toutes les théories connues sur les inconvénients des armées permanentes , cette « cause de ruines et de misères qui , t partout, agissant en sens inverse de l'industrie, rend » presque inefficace pour Tamèlioration du sort du plus » grand nombre les découvertes les plus brillantes et » les plus fructueuses (1) » . Ils se livraient aux calculs
(1) A. Clament, IHctionnaire d'économie poMique.
DÉPÔTS d'instruction POUR LA RÉSERVE. 237
des dépenses excessives que le budget avait , chaque année 5 à supporter pour entretenir des centaines de mille hommes qui , consommant sans produire , auraient pu, en restant attachés au sol, devenir, au contraire, les agents d'une production abondante.
Il ne nous appartient pas , assurément , de suivre les auteurs de ces doctrines dans leurs raisonnements et de prouver que les grandes nations subissent en pareil cas les nécessités qui leur sont imposées par de hautes considérations politiques dont l'examen échappe au plus grand nombre.
Cependant , qu'il nous soit perinis de rappeler que, d'après les dernières mesures prises , en vertu de dispositions arrêtées par l'Empereur, il a été adopté récemment une combinaison qui devra rendre moins sensible aux campagnes et aux familles l'appel des jeunes soldats appelés sous les drapeaux.
Après avoir été immatriculés au titre des corps auxquels ils auront été affectés suivant leur aptitude, ils sont divisés en deux portions , comprenant :
La première portion, les jeunes soldats immédiatement nécessaires au recrutement de l'armée active :
La deuxième portion , les jeunes soldats qui seront renvoyés provisoirement dans leurs foyers , en vertu de congés.
Ceux-ci , suivant l'instruction du ministre de la guerre, en date du 10 janvier 1861, seront soumis à des règles spéciales , et il sera procédé à leur égard de la manière suivante :
258 DÉPAIB D'mSTRUCXlOII POUl lA EÉ8I1¥I.
Pour V infanterie, il sera placé ud ou plusieurs dépôts d'imtrtiction par département. Là , les jeunes soldats de La deuiiôme portion du contingent saront rassemblés, pendant le ten^» des congés de semestres, du 1*' octobre au 1*' avril» pour être edim^és, la première année , pendant trois mois ; la deuxième» pendant deux mois, et la troisième, pendant un mois.
Pour la cavalerie et Vartillerie, les jeunes soldats seront réunis au corps de leur arme le plus à proximité , et autant que possible pendant le temps des semestres.
Les avantages inhérents à ce système n'ont pas besoin d'être développés. Son application permettra de concilier les exigences du service avec celles de l'agriculture , en conservant à celle-ci, dans l'intervalle du séjour aux dépôts d'instruction , les jeunes soldats qui, précédemment, passaient plusieurs années dans les régiments. De retour dans leurs campagnes , ils ne rapporteront que des habitudes d'ordre et de discipline , sans avoir eu le temps de contracter celles que la vie prolongée des casernes enseigne trop souvent. Ils pourront ainsi continuer à prêter à leurs familles et à leurs anciens patrons un concours précieux pour la pratique des travaux agricoles.
Bien que le motif de cette mesure n'ait pas été publié dès le principe , et qu'il puisse se rattacher à un autre ordre de considérations , celui que nous venons de signaler a été dans la pensée de tous , et la première expérience qui a été faite du système des dépôts
DÉPÔTS D'iaiSnUCTION PaUB Là KÉSERVE. 2S9
d'instruction par département a démontré tous les avantages que l'agriculture est appelée à en retirer (1). Le Gouvernement veut faire converger vers sa pratique les forces vives de la nation ; car il n'ignore pas que si elles contribuent à son activité et à ses progrès.
( 1) Voici dans quels termes s'exprimait M. le général Àllard, commissaire du Gouvernement, dans la discussion à laquelle a donné lieu récemment (séance du 94 mal 1S61 , au Corps législatif)) l'examen de cette nouvelle mesure de l'organisation de la réserve :
« C'est, en effet, de l'intérêt de ces populations que le Gouvernement
» se préoccupe sans cesse , et l'institution de la réserve en est «ne preuve n manifeete, par le rôle qu'elle joue dans la question du recrutement.
» Je disais, il y a un instant, que le contingent de 68,000 hommes se
> répartissait en deux parties : 34,000 hommes destinés à l'alimentatien » des bataillons actifs , et ub nombre à peu près égal laissé dans les » foyers à Tétat de congé et participant à des exercices périodiques. Ce
> que je voudrais expliquer à la chambre, c'est le soin avec lequel on a
> ménagé dans cette institution les intérêts des populations.
» Les époques auxquelles les jeunes gens sont appelés ont été fixées » tu 1er octobre et au 1er avril, parce que c'est l'époque du chômage pour » le travail des champs, ou du moins celle où il demande moins de bras; » aussi les jeunes gens peuvent-ils s*éloigner du foyer avec le moins de
> dommage possible; et encore, à quoi se réduit cet éloignement? Â quel- » ques lieues seulement. Ils restent dans.le département, à proximité de » la famille , près de leurs affections , sans être exposés à ce mal qu*on » appelle la nostalgie, et qui, chez certaines populations surtout, a produit w souvent de grands ravages dans les rangs de l'armée. G*estdansde telles » conditions qu'ils vont assister à des exercices d'une courte durée et » apprendre le métier de soldat, qu'ils ne seront peut-être jamais appelés
> à exercer; l'expérience vient de prononcer.
» Us ont répondu à l'appel avec joie et avec ardeur.
» Les exercices ont été accomplis avec zèle et ont produit des résultats » qui ont étonné tout le monde; puis, les* trois mois terminés, ils ont » regagné leur foyer , sans que la famille les ait perdus de vue et en eût
> éprouvé un dommage sensible.
» Après un tel exemple, y aurait-il de la justice, je le demande, à nier » l'intérêt si prévoyant que le Gouvernement déploie chaque jour pour » améliorer le sort des populations , et rendre moins pénibles les charges » qu'il peut avoir à leur demander au nom de la loi et des intérêts géné-
> raux du pays »
{Moniteur r S5 mai 1861 , p. 733.)
260 ÉDUCATION ET DISCIPLUIB.
l'agriculture leur rend en échange les éléments les plus essentiels de leur développement. Ces éléments, tirés de la production , constituent à leur tour l'aisance et le bien-être , mais à une condition , c'est que la jouissance des plaisirs honnêtes ne dégénérera pas en abus ; car alors, ce serait l'inconduite , le désordre, et, comme conséquence , la misère.
Aussi , à côté de cette amélioration matérielle qu'il poursuit de ses vœux , nous voyons également que , dans la pensée de l'auguste auteur de V Extinction du Paupérisme , il faut relever la classe ouvrière par Y éducation et h discipline.
A quoi bon , en effet , la réunion de toutes les jouissances constituant le bien-être et l'aisance, si leur usage n'est ennobli et purifié pour ainsi dire par la pratique des devoirs ou des préceptes enseignés par l'éducation , si même une discipline ferme , mais bienveillante, trouvant sa source naturelle dans le respect des lois et des institutions , ne vient , dans des circonstances données , mettre un frein salutaire à l'abus de ces mêmes jouissances? Aussi croyons-nous que toutes les considérations émises dans le chapitre qui précède sur la nécessité, de la part de l'autorité, de s'attaquer aux causes individuelles de la misère, trouvent leur sanction éclatante dans cette grande pensée de l'auguste écrivain de Ham.
Dans la retraite et dans la solitude , Louis-Napoléon méditait sur l'amélioration du sort des classes ouvrières. Empereur, et du haut du trône, il a doté le