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Report du total général ci-^ontre, 200,417' 78
Ainsi qu'il a été expliqué ci-dessus, il convient d'ajouter à cette somme :
1<> Les recettes des sociétés maternelles et de secours mutuels 18,000 »
2® Celui des recettes ordinaires des bureaux de bienfaisance 21,000 »
3« Dotation du dépôt de mendicité et secours du département aux communes. . 15,000 »
¥ Dotation de l'assistance médicale. . . 23,948 68
5<> Secours temporaires aux enfants légitimes des mères veuves et autres enfants assistés au domicile de leurs parents. . . 12,000 »
Total général des ressources de l'assistance à domicile 290,366 46
Page 199.
EXTRAIT d'un RAPPORT DU DOCTEUR MONOT, MAIRE DE MOUX (canton DR MONTSAUCHE], A M. LE PRÉFET DE LA NIÈVRE, ET DE M. MITAINE , COMMISSAIRE DE POLICE DE CIIATBAU-CIII.NON.
Monsieur le Préfet,
La diminution de la population dans ma commune tient à deux causes principales :
1» Emigration des hommes valides dans les grands centres ;
2» Emigration des femmes qui vont à Paris pour se placer comme nourrices sur lieu.
Je ne m'occuperai pas de la première question qui , après avoir été étudiée avec soin, a provoqué, de la part du
286 àPfOimcB.
Cknrfernementy des mesures qui seraient efikaoes, si elles étaient ponctuellement observées, mais qui, on doit le dire à regret, sont trop souvent négligées.
J*aborde la seconde question , qui n'a jamais été sufiisamment examinée, et qui aurait dû Tétre en même temps que la précédente. On ne s'est jamais assez rendu compte de toutes les conséquences fâcheuses qu^avait Témigration des nourrices à Paris.
Exerçant la médecine au milieu du Morvand, j*ai pu en observer les effets , les peser à loisir : ce sont ces effets et ces conséquences que je vais avoir l'honneur de vous exposer. Je crois devoir vous signaler une plaie ; je m'efforcerai ensuite de vous donner le moyen d'y remédier.
Tout le monde sait de quelle renommée jouissent, à Paris, les nourrices du Morvand appelées, nourrices Bourguignonnes ou Bourguignotes. Il y a vingt-cinq ou trente ans, c'est à peine si chaque année deux ou trois nourrices par commune du Morvand se rendaient à Paris pour y nourrir sur lieu, et encore ces nourrices se recrutaient-elles dans les familles les plus nécessiteuses.
Aujourd'hui, il n'en est plus de même; toutes les femmes du Morvand, même celles appartenant à des familles aisées, veulent aller à Paris. (D'après le relevé pris à la mairie , la commune de Moux , dont la population est de dix-sept cent cinquante-six habitants, fournit, en moyenne, chaque année quarante nourrices pour Paris.) A peine sont-elles rétablies de leurs couches qu'elles se disposent à partir L'appât du gain, d'une alimentation succulente et choisie, l'amour de l'oisiveté , du luxe, les attirent vers Paris d'une façon irrésistible, déplorable, il faut le dire.
A quelle époque, cependant, doit-on cesser l'allaitement? La nature elle-même a soin de nous indiquer le terme ; c'est à l'époque où les premières dents sont sorties
et pennettent à l'enfont de diviser les aliments , et encore ne doit-on pas le sevrer brusquement. Il faut ménager avec le plus grand sdn la transition entre Tallaitement et le nouveau régime , sous peine de provoquer chez l'enfant les crises les plus fâcheuses.
Maintenant, que se passe-t-il dans notre Morvand? Comme je l'ai dit plus haut, aussitôt qu'une femme se sent suffisamment rétablie de ses couches, elle part pour la viUe à l'efiet d'y aller vendre ses services. Sans avoir égard à la saison , sans se préoccuper de la Êiiblesse de son jeune en&nt, de sa constitution plus ou moins délicate, elle lui fait faire le voyage périlleux de Paris. Elle va ensuite se placer dans un de ces établissements désignés sous le nom de bureaux de nourrices ^ établissements destinés à mettre en rapport les familles qui désirent faire allaiter leurs enfants et les nourrices qui veulent vendre leur lait; car le bureau est un véritable marché.
La nourrice placée, il faut renvoyer l'enfant au village. Qu'advient-il alors? Elle s'adresse, soit à une meneuse qui , après avoir conduit un convoi de nourrices, retourne dans les campagnes pour en recruter d'autres , soit à une femme de connaissance qui , venant de terminer sa nour^ riture^ songe à retourner dans son pays. Moyennant un prix convenu , l'une de ces femmes se charge de porter l'enfant dans la ville la plus proche de la commune où habite le père. Le voyage ne présenterait pas beaucoup d'inconvénients, si chaque femme ne rapportait qu'un seul enfant; mais il n'en est pas ainsi. Quel est celui qui , venant de Paris à Auxerre où à Montbard , n'a pas été frappé d'étonnement en voyant une seule femme rapportant plusieurs enfants. En effet, il arrive souvent que, dans le but de doubler, de tripler leurs bénéfices, ces femmes rapportent deux et même, chose incroyable, trois enfants à la fois. Ces pauvres petits êtres , ils ont un
mois, ils ont six semaines ; il fait un froid intense , il gèle à huit degrés, il gèle à dix degrés; ils viennent de quitter le sein de leur mère , et brusquement , sans transition aucune, de la vie maternelle la plus douce, ils passent aux épreuves les plus cruelles. C'est une chose navrante , de voir ces pauvres enfants entassés les uns sur les autres, pleurant, criant, grelottant; faut-il ajoutera ce tableau déjà si triste un détail qui fait frémir : quelques-unes de ces malheureuses femmes, dans le but de faire cesser ces cris , ces gémissements , administrent à ces faibles créatures des boissons narcotiques , elles leur font prendre sans hésiter le sirop de pavots , le laudanum , et leur procurent un sommeil factice , quelquefois même le sommeil de la mort. La chose est de notoriété publicpie (1)
Je suppose Tenfant arrivé sous le toit paternel et parvenu au but, mais que de difGcultés n'a-t-il pas à surmonter? Que fait-on de cette pauvre créature? Au lieu de lui donner une nouvelle nourrice à même de Tallaiter artificiellement au moyen du biberon , on le gorge d'une alimentation trop abondante et nullement en rapport avec l'organisation du tube digestif. De là, les affections les plus graves, l'entéro-colite , le ramollissement des membranes muqueuses, puis la mort, ou bien si la mort ne vient pas, la constitution de l'enfant s'altère profondément. Il devient scrophuleux-rachitique (2).
(l) Ici l'auteur du rapport cite ces échanges d*enfants et d'autres tristes exemples que nous avons rapportés nous-môme. Il nous a pi.ru inutile de revenir sur ces détails.
('2) Récemment nous avons dû prononcer l'admission à Tasile des aliénés d'une flile idiote et gàieute, qui avait de notoriété publique contracté ces tristes infirmités, sous Tinfluence des mauvais soins dont elle avait été l'objot pendant que sa mère exerçait à Paris l'industrie de nourrice sur lien.
On serait peut-être tenté de croire que j'assombris ce tableau, si je ne prouvais ce que j'avance, mais les chiffres qui suivent sont assez éloquents; on ne discute pas avec les chiffres. Une statistique bien faite est un témoin irrécusable. Celle que je vous donne , je l'ai faite moi-même, j'en ai recueilli les résultats avec le plus grand soin, elle représente fidèlement le nombre des enfants morts dans ma commune, depuis le 1^^ janvier 1858, par suite du départ de leur mère pour nourrir à Paris. La mort chez ces pauvres créatures ne peut être attribuée à aucune autre cause qu'à leur voyage et à ses conséquences, au sevrage, à une alimentation mal proportionnée aux facultés digestives.