‹ De l'assistance et de l'extinction de la mendicitéChapitre 100 sur 159 · AU PROFIT DES MANUFACTORES · texte numérisé non relu

AU PROFIT DES MANUFACTORES

l'édifice fragile de son existence artificielle. Ces effets sont fréquents, surtout lorsqu'il s'agit des industries qm ne trouvent pas leurs matières premières dans la production nationale, alors un chômage complet suit [nromptement l'abaissement forcé des salaires ; et, pour l'artisan , le chômage c'est la misère.

Que l'ouvrier des villes, qui a été élevé dans un pareil milieu et qui sait au besoin cumuler l'exercice de plusieurs industries, coure ^es chances aléatoires, odase comprend : mais que l'enfant de nos campagnes, dont l'existence peut s'écouler si douce et èi facile, s'expose gratuitement à de pareils dangers , c'est une taKdance contre laquelle il est de notre devoir de le prémunir. Les encouragements intelligents que le goommement et l'administration prodiguent, par l'intennédjaire des comices, non-seulement à l'agricolture, mais encore à ses ouvriers, témoignent chaque joar de {l'intérêt qu'ils inspirent. Les lois protectrices rendues sur les irrigations et sur le drainage assurent à l'industrie agricole les facilités les plus grandes poor son développement et la soustraient désormais anx entraves qui jusque-là avaient arrêté son essor. Les établissements d'instruction, de prévoyance et d'assistance , dont les villes semblaient avoir conservé le privil^e , tendent à s'organiser de jour en jour dans nos campagnes et présentent à ses habitants des avantages auxquels ils n'avaient pas été accoutumés. Tout concourt donc à leur faire comprendre que la sollicitude du gouvernement leur est acquise , que l'adoucissement et l'amélioration de leur sort sont l'objet de ses préoc-

322 l'agriculture peut atténuer les misères.

capations les plus vives, et qu'ils iraient en vain chercher au loin un bien-être dont ils possèdent chez eux les conditions les plus certaines et les plus durar blés.

Avant son avènement à TEmpire , le prince Lrais* Napoléon , se livrant à l'étude des systèmes appUca^ blés à l'extinction du paupérisme , les a déduits avec une grande force de raison dans un livre qui restera comme un modèle de vues sages, profondes, et d'idées généreuses \ L'Empereur y considérait les immenses ressources dont dispose l'agriculture comme le moy m certain de faire disparaître la misère et de mettre on terme aux révolutions en rendant propriétaires ceux qui ne l'étaient pas encore. Il s'agissait, d'une part, d'exécuter les grandes améliorations que le territoire réclame; de l'autre, à l'aide del'épai^e immobilière i de rendre possesseurs incommutables du sol, aiQOur* d'hui inculte, ceux qui auraient concouru h le féconder. Ce système , ccmforme aux préceptes de l'écoUiOioyie sociale, serait le seul qui pût, en éteignant le paa« périsme, ramener l'abondance, et prévenir à januu» le retour de ces disettes toujours si menaçantes pour le repos et le bien-être publics. En d'autres termes» le perfectionnement de l'agriculture et l'exploitation des richesses dont nos terres mal cultivées se mcHUtrent si avares» constitueraient ainsi l'assistance la plus profitaUe pour la classe ouvrière. Or, si tels doivent être les effets du développement de l'industrie agricole au point de vue

L'AGaiCULTURE PEUT ATTÉNUER LES BUSÈRES. 323

de rabondance générale, combien ne seraient-ils pa^i pins directs et plus avantageux pour ceux-là mèaaà qui la pratiquent et qui sont appelés ainsi à en re* cueillir les produits ?

Les dernières crises de subsistances qui ont depuis qodqoes années pesé sur le pays, donnent un intérêt tout spécial à l'examen de cette opinion ; et si Ton réfléchit^ en effet , que l'état de gêne qu'elles ont créer prend sa scmrce dans l'insuffisance des denrées alimentaires ji. on se rendra compte facilement qu'il ne suffît pas de pallier momentanément cette insuffisance aa moyen des libéralités que la bienfaisance du gouYer* marnent et celle des particuliers ont su répandre parmi ]es classes souffrantes : c'est en recherchant la causa dle^aime de ce mal, et conséquemment en développant la production, qu'il sera possible seulement de tarir à jamais la source des misères. On se demande, dans le cas où le montant des offrandes n(»nbreuse& Tçyrsées depuis le commencem^t du siècle dans la. eaîsse d^ pauvres eût été employé à fonder des eoU>> nies agricoles de défrichement et d'amélioration, si la direction donnée à tant de capitaux n'aurait pas eu pour effet de constituer les bases de l'assistance puUiqiKe la ptes sûre qu'on pût imaginer, et si dès-lors on ne^ serait pas moins souvent contraint de recourir, soit à l'oaverture de crédits extraordinaires sur les fonds de l'État, soit à la bienfaisance de la charité privée pour soulager les indigents.

Ce problème serait-il donc plus difficile à résoudre que celui dont l'industrie manufacturière a depuis quel-

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qoes années trouvé la solution au profit de la classe ouvrière? En effet, si les vêtements, les objets de toilette qui semblaient autrefois devoir être exclusivement réservés aux classes aisées ou à la boui^eoisie/ sont aujourd'hui, par suite du progrès de la fabrication , à la portée de l'ouvrier, pourquoi n'arriverait-on pas au même résultat en ce qui concerne son alimentation? pourquoi ne pas mettre ainsi à sa disposition , et au meilleur marché possible , le vin , la viande et le pain de fromeût encore inconnu dans certains pays? Ce que l'industrie a réalisé pour le perfectionnement des étoffes de tout genre et la réduction de leur valeur, l'agriculture ne peut-elle donc pas le faire également pour la multiplication des denrées et leur livraison à bas prix ' ? C'est une grande mission que la poursuite d'une amélioration aussi précieuse et aussi ardemment appelée par les vœux des hommes éclairés. Dans de telles conditions , nous aurions la véritable assistance ^ c'est-à-dire l'assistance par l'agriculture , et l'abaissement du prix des subsistances équivaudrait pour le travailleur à une augmentation permanente des salaires. En se rendant compte du rôle immense que l'avenir réserve à l'industrie agricole, il est facile de comprendre que, loin de chercher à favoriser l'émigration des campagnes dans les villes, il faut au contraire s'attacher à développer le peuplement des campagnes , et à diriger sur les points qui manquent de bras^ l'excès de population de quelques-unes de nos villes. A

Jacques Valsbaris.

AMBITION d'acquérir. 325

la campagne, ce ne sont pas les travaux qui manquent aux bras, mais ceux-ci qui manquent aux travaux; il faut donc en augmenter le nombre. Nous avons exposé les conséquences énormes que pourrait avoir sw Tamélioration du bien-être général le développement de Tagriculture ; on conçoit dès -lors que les circonstances qui pourraient le contrarier, ne serviraient qu'à augmenter les causes de la misère générale et des souffrances locales.

Mais, à côté du danger de Témigration des campagnes dans les villes , il en est un autre que nous avons déjà signalé, et qui se rattache à Vambition d'acquérir au-delà des ressources dont on dispose. C'est principalement chez les petits propriétaires qu'on remarque cette funeste tendance. Non contents du modeste domaine qu'ils possèdent , et dont un travail intéiligent pourrait doubler les produits , ils convoitent les champs voisins et ne songent qu'à s'arrondir. S'ils n'y consacraient que leurs épargnes , cette opération aurait déjà l'inconvénient grave de les priver des capitaux qui pourraient plus utilement être employés à l'amélioration de leur terre; car, un hectare bien cultivé, et convenablement amendé, rapporte plus, l'expârience l'a prouvé , que le double de cette contenance qui ne serait pas soumis à une culture intelligente ; mais , le plus souvent , ces propriétaires n'ont d'antre ressource que l'emprunt pour satisfaire leur ambition. Qui ne sait alors que les frais d'acte, d'enregistrement , d'hypothèque , leur imposent tout d'abord des chaînes supérieures aux avantages qu'ils peuvent

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retirer de leur noavelle acquisition? Faute de ressources , leurs terres arrivent d'ailleurs prompt^nœt aux plus mauvaises conditions de culture , et bientôt Tëchéance périodique des intérêts» et enfin celle du remboursement, à laquelle il faut faire honneur, devi^nent la source d'une gêne qui entraîne , nonseulement la vente du dernier immeuble , mais encore Palîénation de ceux qu'il a fallu hypothéquer pour se procurer les fonds nécessaires à une acquisition aussi désastreuse.

Cette situation se représente souvent dans les camps^nes, et l'on ne doit pas chercher ailleurs, pour certaines familles , les causes de la ruine qui les a réduites à la plus grande misère. Depuis long-temps elle avait été signalée, et l'attention des économistes les phis distingués s'était attachée à l'étude des moyens capables de Tattétiuer. Une bonne réforme hypothécaire , ayant pour effet de rendre les emprunts moins onéreux, avait paru tout d'abord devoir mieux répondre à ce ' but que toute autre combinaison ; mais elle ne faisait pas cesser la répugnance du capitaliste, qui, avant de s'engager, a besoin de compter sur un remboursement exact et à courte échéance , dont le propriétaire-cultivateur ne saurait trouver des éléments certains dans les produits de son travail. Au miliea de l'incertitude et de l'inefficacité des combinaisons proposées, c'était à l'Empereur qu'il appartenait de dégager l'agriculture des entraves terribles de Phypothèque', qui pèse si lourdement sur elle, en fondant le crédit foncier par le décret du 28 février 1852. On

SPÉGUUTIONS DE BOURSE. 327

connaît le mécanisme de cette institution , aujom^'htu centralisée par une seule société > connue sous le nom de Crédit foncier de France. Elle a pour but de prêter sur hypothèques , aux propriétaires d'immeubles ^ des sommes, remboursables par les emprunteurs, au moyen d'annuités, comprenant l'intérêt, l'amortissement et les frais d'administration , et de manière que l'extinction de la dette soit opérée dans un délai de vingt ans au moms et de cinquante ans au plus. Des obligations foncières ou lettres de gage sont émises pour une valeur ^e à celle des engagements hypothécaires , et leur émission facilite le jeu des opérations de la société. Leurs premiers effets ont pleinement répondu au but que la mesure se proposait, et dans les départements du Cher, de l'Allier et de la Nièvre, qui composaient la circonscription de la société du Crédit foncier de Neverâ, beaucoup de ^propriétaires et de petits cultivateurs ont profité des facilités que ce nouveau genre d'emprunt leur offraient. Nul doute qu'en se généralisant la société du Crédit foncier de France n'obtienne les mêmes résultats.

A l'ambition d'acquérir qui se manifeste dans les campagnes, on peut joindre dans les villes l'ardeur, nous dirons plus, la fièvre des spéculations. Aujourd'hui, non-seulement le plus petit marchand, mais encore le serviteur à gages , l'ouvrier, ont leur agent de change , raisonnent des reports , des primes 6u des fins de mois. Ils poursuivent un gain fondé sur une hausse pYoblématique, conune naguère les mêmes individus delà génération précédente rêvaient au quine qui devait

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