‹ De l'assistance et de l'extinction de la mendicitéChapitre 110 sur 159 · OBJECTIONS CONTRE LES SOUSCRIPTIONS · texte numérisé non relu

OBJECTIONS CONTRE LES SOUSCRIPTIONS

fort chère ; or, n'est- il pas déplorable de penser que c'est la charité qui fait les frais de cette spéculation î et les. plus simples calculs ne suffisent -ils pas pour démontrer aux souscripteurs , en dehors même du but moral qui se rattache à la suppression d'un semblable abus , l'économie résultant pour eux de l'engagement qu'ils prendraient de donner, soit en argent, soit en nature , la moitié de la valeur des aumônes distribuées jusque-là directement et à leurs portes? L'autre moitié, ils la réserveront , s'ils le désirent , pour leurs dons particuliers ; car , l'interdiction de la mendicité ne saurait empêcher l'exercice de cette bienfaisance individuelle , qui doit toujours profiter à certaines misères cachées , et que tout homme de cœur est heureux de pouvoir pratiquer en dehors de la charité officielle. Partout où ces raisonnements seront faits et compris , nul doute que la voie des souscriptions n'amène les résultats les plus satisfaisants. Nous en avons d'ailleurs fait l'expérience, et la somme de 242,321 fr. 91 c. recueilliepar ce moyen dans la Nièvre, avec engagement quinquennal , est la meilleure preuve que nous puissions fournir de son efficacité. Encore ce chiffre est-il loin de résumer l'ensemble des efforts de la charité. Si la plupart des souscripteurs ont agi avec confiance, d'autres ne se sont associés à la mesure qu'avec plus d'hésitation , se réservant d'apprécier ses effets et d'y concourir ultérieurement dans une plus large proportion aussitôt que le succès leur aurait été démontré. Étrange calcul, du reste, que celui qui consiste à subordonner le bien qu'on veut faire à. la réussite d'une œuvre re-

OBJECTIONS COMUE LUS SOUSCHIPTIONS. 3i9

connue utile , mais à laquelle on n'ose tout d^abord apporter qu'une coopération incomplète et presque marchandée I

Les personnes qui font un pareil raisonnement ne poorraient-elles pas véritablement être assimilées à ces hommes timorés et sans conviction , qui se tiennent à l'écart pendant ces luttes suprêmes, dont dépend quelquefois la solution des grandes questions sociales ou politiques , attendant pour se prononcer que la victoire ait favorisé l'un ou l'autre des partis en présence? Rien n'égale, après le triomphe, leur zèle et leur dévouement ; ils parlent hautement de leur courage , de leur résistance, de leurs services, et souvent, grâce à leurs intrigues , ils profitent exclusivement des récompenses ou des avantages , qui n'auraient dû être réservés qu'aux plus courageux.

Fort heureusement , ces cas ne se produisent qu'exceptionnellement. D'ailleurs, quelle que soit la combinaison proposée, on doit s'attendre à ce qu'elle r^icontre des détracteurs. Si le système que nous croyons pouvoir recommander est encore de nature à soulever des objections, quel est donc celui qui, dans une matière aussi controversée , pourrait échapper aux attaques ou tout au moins aux critiques ? Les unes sont inspirées par une conviction sincère et par une bonne foi réelle ; les autres ne servent , il faut le dire, qu'à dissimuler des sentiments peu généreux. Telle personne, en effet, ne donnait jamais, soit dans la rue , soit à sa porte ou ailleurs , et pour qui la vue d^un pauvre n'éveillait pas la moindre pensée d'hu-

350 ELLES SeSONT PAS UNE PROVOCATION AU SOCIALISME.

manité , qui se trouvera vivement blessée de ce que l'ouverture d'une souscription presque publique et recueillie par l'intermédiaire de délégués spéciaux, l'obligera sans doute d'y inscrire son nom ; telle autre trouvait, au contraire, dans la distribution directe de ses aumônes un moyen de popularité. Elles, verront donc avec contrariété l'adoption d'une mesure qui les force de sortir de leurs habitudes de parcimonie ou d'ostentation.

Au nombre des arguments invoqués contre la voie des souscriptions, nous avons encore entendu dire hautement qu'elles arrivaient à constituer un mode de provocation au socialisme, car l'aupiône, pour être efficace , doit être discrète et mystérieuse ; elle doit être l'effet de la volonté libre et spontanée. Or, en ouvrant des souscriptions qui reçoivent tôt ou tard une certaine publicité, c'est autoriser des comparaisons ou des rapprochements. Telle personne ne donne pas assez et en proportion de ses moyens connus; les commissaires lui en feront l'obsenatian. Si elle n'y obtempère pas par des motifs souvent légitimes , on la critique , oa excite contre elle des haines et des vengeances. Enfin ^ n'est-il pas à craindre que l'organisation de l'assistance par la voie d'une souscription qui a tous les caractères de ces emprunts forcés de triste mémoire, n'amène ceux qui n'ont rien à l'idée de considérer ces secours comme un prélèvement obligatoire fait à leur profit sur les ressources de ceux qui possèdent? A ces objections, nous répondrons encore qu'elles ne sont, le plus souvent, opposées aux instances des personnes chari-

nSS SUSCEPTIBILITÉS EEUGIEUSfiS, 35i

tables» que par ceux-là mêmes qui ne veulent rien donner. Il n'y a dans l'emploi des souscriptions aneime pensée socialiste. Nous n'y voyons qu'une cewre de charité et qu'un appel fait à la bienfaisance. Nous n'y voyons que la collecte de l'offrande libre et qKXitânée de celui qui désire contribuer au soulagement des souffrances ; seulement » au lieu de h remettre directement aux nécessiteux qui doiv^t en prêter, le souscripteur la confie au zèle dévoué d'une institution dont la charité inspire tous les actes. Il n'y a donc rien de coamiun entre le socialisme et les secours donnés ou reçus de cette manière. Fort heureuse* méat la raison publique se charge bientôt de faire justice de s(^lables attaques; car il suffit qu'un eomrant d'idées généreuses se manifeste sur un point pour que tous les esprits s'empressent de s'associer ra mouvement général qui en est promptement la aonaéquence.

Quelques personnes mettent encore en avant, nou» FavoDS vu, leurs principes religieux, et prétendent que toute mesure qui doit favoriser l'interdiction de la meiidicité est une atteinte à la loi divine. Â leurs yeux, la souscription est un moyen odieux , impie , et elles ie prétendent, sur ce point, plus éclairées que les furélats ou que les dignes ministres d'une religion de diarité, qui s'empressent de prêter leur concours à l'œuvre administrative et de l'appuyer de leur patronage. Elles tiennent à faire elles-mêmes leurs libéralités, ne s'en rapportant qu'à leur discernement du soin de choisir les pauvres qui doivent en être l'objet, et elles

352 I»B8 SUSGËPTIBIUTÉS RELI(»ËU$ES.

trouvent mauvaise, systématiquement, toute mesure dont l'eflfet pourrait être de contrarier leurs habitudes. Vis-à-vis de ces personnes , les raisonnements et les explications seraient superflus. C'est au temps qu'il appartient de les ramener et de leur faire comprendre que V isolement est toujours regrettable, même dans la charité , et que les résultats les plus merveilleux de cette vertu divine ont été et seront toujours obtenus par la réunion et l'emploi combinés des ressources qu'elle est si ingénieuse à créer.

Nous ne pouvons , à cet égard , résister au désir de citer le passage suivant d'un mandement récent de M*' Delebecque , évêque de Gand. L'opinion de ce digne pfélat, qui est sans contredit l'une des lumières de Pépiscopat moderne, vient corroborer, dans les termes les plus formels, l'autorité des arguments déjà contenus dans les lettres pastorales publiées par W TaEVchevêque d'Auch et par M^' T évêque de Nevers , à l'occasion des œuvres spéciales que nous avions entreprises dans les départements du Gers et de la Nièvre; son but est précisément, on le verra, de combattre les effets de Visolemmt dans la charité et de démontrer l'impuissance des efforts individuels :

t Continuez, N. T. -CF., à marcher dans cette > voie de la charité avec zèle et prudence, et, s'il » est possible, élargissez encore le cercle de vos » bienfaits*

» Que pourrait -on faire v de plus? C'est à Jésus- » Christ , l'auteur de la charité , allumée par lui dans » les cœurs, qu'il appartient de nous TapprendrCi

llfiS SI-SGEPT1BR.1TÉS HEUGIËUSËS. 353

Nous TavoDS donc invoqué , nous Tavons conjuré de répandre sur nous ses lumières , et il nous semble que le divin maître désire que vous fassiez des efforts pour secourir les nécessiteux à domicile et pour baimir à jamais la mendicité oisive , source de tant de maux corporels et spirituels.

> La chose n'est pas impossible , elle n'est même pas trop difficile , elle est dans Tintérêt même des donateurs.

i Elle n'est pas impossible. Nous trouvons dans les rapports qui nous ont été soumis, qu'elle existe déjà et prospère dans plusieurs communes de ce diocèse; or, ce qu'on a heureusement exécuté dans divers endroits , on le pourra dans d'autres.

B Elle n'est même pas trop difficile. Aujourd'hui on donne beaucoup aux mendiants, qui une ou plusieurs fois pa^ semaine font le tour de la paroisse. En rémiissant les dons hebdomadaires entre les mains de quelques hommes charitables et prudents, on assistera becmcotip mieux les nécessiteux diaprés le degré de leurs besoins. Éloignés des voies publiques, recevant quelques consolations ou des avis charitables durant la distribution des secours , ils apprendrtHit à se respecter davantage , contracteront bientôt quelque habitude de travail , et ne tarderont pas de devenir des membres utiles à la société.

» La chose est même utile aux personnes charitables qui s^y donneront de bon cœur, non pas qu'elles pourront diminuer h montant de leurs aumônes hebdomadaires, car en diminuant leur cJuirité elles

354 DES SUSGEPTIBIUTÉS RELI6IBUSBS.

» renverseraient de leurs propres mains cette sainte i entreprise; mais elles se trouveront délivrées d'une » pénible corvée et de la grande douleur que leur cause A la vue de tant de misères corporelles , qui en couvrent » souvent de plus grandes encore pour rame » misères » auxquelles un morceau de pain ne peut port^ aucun • rcanède efficace.

» Mettes donc la main à Tceuvre» N. T.^^G. F^ et » un plein succès couronnera vos efforts , etc« ' »

Si àTautoritè de l'opinion des membres du elei^é, contre les effets déplorables de Vi$olmnent dam» la charité, nous voulons joindre celle des économistes, U nous suffira de citer les belles paroles qui suivent» empruntées à M. de Falloux :.

f ...«..,. Et vis-à*vis de la société» rhomme seul » accomplit-il sa mission ?

. » L'homme qui se présente dans la nÉtearde du » pauvre au nom d'une œwre y porte nQQ**seul6ia^t

> le pain et la consirfation , m^ une impr^w de » réhabilitation et, si j'osais le dire» d'orgueil dont le

> pauvre a besoin pour ne pas maudire sa conâitjk)n eH 9 toutes o^es qui l'écrasent. L'hcnnme seul va dira au 9 pauvre : Tu m'as fait pitié. L'homme qui représente

> une certaine agrégation de ses semblables fait piné- I luer nn autre lai:$age dans l'oreille du pauvre ; il lui » dit : La .société que tu maudissais» et à l'iBstant

> où tu la maudissais, s'occupait de toi; phisieurs » hommes, que tout sépare dans le monde , se réunis-

I Mandem«Bt pour le Carême, 18 Jfiinvior 1856.

OttJECnONS INSPIUÉKS PAR LA DÉFUNGB. 355

» sent sans autre but que de s'entretenir de toi et de

» te venir en aide. Quand Thomme seul a quitté le

» pauvre , il lui laisse un sentiment affectueux , mais

i, iscdé aussi ; quand Thomme d'une œuore a refermé

i la porte d'une mansarde, il y a déposé des sentiments

9 multiples; il a bouleversé toutes ces idées que le

t pauvre , dans son désespoir, se formait sur sa propre

> situation et sur les relations de la société avec lui ^ >

Parierons-nous, enfin, de ces objections inspirées

par le doute et l'incrédulité ? L'interdiction de la men«

dicité est un problème insoluble. Toutes les tentatives

fiiites jusqu'à ce jour ont échoué à toutes les époques,*

sous tous les régimes, et vouloir s'associer à uni

souscription qui a pour but , en organisant l'assistance,

de faciliter la répression des abus, c'est rêver une

entreprise impossible. On cite alors des exemples

récents, éh signale des départements connus où,

malgré l'interdiction de la mendicité sole&ne^mmt

pronmicée , où malgré le plus grand luxe de poteaux

indicateurs destinés à rappeler cette prohilHtîon, la

profession de mendiant semble plus répandue que

partout ailleurs et où son exercice semble couvert par

ritepunité la moins équivoque. Ces faits sont exacts et

nous le reconnaissons; mais c'est précisément parée

qu'ils existent ailleurs que nous voulons les atteindre

aotow de nous. Dans ce but , nous proposons d'assemr

cette CBQvre sur la seule base qui puisse en garantir la

durée, nous voulons organiser l'assistance destinée à

1 Vàmi&wi p^r iê$ (JEuvn^ Annaloë clola Chanté, 1845, p. fiO.

35% LA UBËHTË 1NDIYIDI>ELLE EST RESPECTÉE.

préparer le soulagement des véritables indigeats , afin de leur ôter, ainsi qu'aux pauvres d'habitude valides, tout prétexte pour mendier.

Pourquoi dès-lors refuser son concours à une œuvre dont la charité est le but et tout à la fois le moyen ? pourquoi ne pas s'associer avec empressement au succès d'une mesure qui doit avoir pour effet la répre^ sion des abus que chacun déplore ? C'est qu'il en est de cette mesure comme de tant d'autres aujourd'hui consacrées par l'expérience et acceptées par tous , mais dont la nouveauté a été, dès le principe, le plus grand défaut. C'est que , sur cette question , chacun a Bes théories , et ne veut admettre que le système qui en dérive.

Un petit nombre ne craint même pas d'invoquer le principe de la liberté individuelle, et déclare que l'interdiction de la mendicité est une alRinte pro* fonde portée à ce principe. On fait ainsi la confusion la plus étrange des droits et des devoirs; on oublie que « la société qui a le droit de veiller sur la conduite » physique de ses membres, n'a pas moins celui * d'inspection sur leur conduite morale ; et lorsqu'dle «^ne saurait autrement exister que par le travail, » lorsque r(d)ligation de s'entr'aider mutuellement » dwive pour eux de la nature même de la convention » sociale, ce serait admettre un principe destructif de » cette convention, que de prétendre que dans un » pays qui n'a de prospérité et d'existence que dans la » réunion de son industrie agricole et commespiale, on » puisse tolérer une classe d'hommes qui, refusant le

LA UBfiRTÉ INDIVIDUELLE EST RESPECTÉE. 357

travail dont ils sont susceptibles, consomment sans rien produire, et dévorent ainsi la substance de rhomme laborieux qui remplit sa condition du pacte. Donc, par cela même que le mendiant préfère le repos à l'action , il est coupable envers la société qu'il sarchai^e du poids de son inutilité. Mais son injuste repos ne lui est pas même profitable. L'assistance qu'il a arrachée par ses importunités peut lui manquer tout-à-coup. La bienfaisance, fatiguée, peut abandonner ce fainéant robuste , et alors trouvera-t-il à point nommé le travail qu'il cherchera ? S'il en trouve , sera-t-il en état de s'y livrer après en avoir perdu le goût et l'habitude ? Qui sait si , pressé par le besoin , il ne tournera pas contre la société cette vigueur qu'il avait reçue pour la servir ; et si , employant la menace à défaut de succès de la prière , il ne se rendra pas un être formidable qui fonde sa subsistance , non plus sur le secours de la bienfaisance, mais sur le vol, sur le meurtre et sur le brigandage? »

Cette citation, empruntée au rapport qui fut présenté le 43 juin 1792 à l'assemblée constituante, et dont le principe se trouve consacré par la loi du 24 Juillet i 792 , contient , dans les termes les plus énergiques, la réfutation des objections tirées de cette prétendue violation de la Mberté individuelle. L'époque à laquelle on faisait entendre un pareil langage , ne saurait assurément autoriser le moindre soupçon sur sa partialité , et nous l'avons rapporté textuellement , afîn df démontrer d'autant mieux l'exagi^ration des

359 LA MMMGITÉ m PEUT ÊTfl£ RÉÛLRMSHTÉB,

icnipoleB émis encore aujourd'hui par les partisans de l'ùpimon contraire.

La fucaM de mendier doit être interdite en terto du droit qui appartient et qu'on ne peut nier à la société 5 de défradre ceux des actes qui peuvent porter préjudice à quelques-uns de ses membres. Mais au moins I disent encore quelques personnes, si au lieu de prohiber la mendicité d'une manière absolue» m en réglementait l'exercice, ainsi que cela se prati* que dans quelques pays* Les pauvres véritables^ et qui se ta'ouvent par suite de leurs' infirmités dans l'im* possibilité de travailler, ne pourraient -ils pas recevoir une autorisation spéciale? Ils seraient porteurs d'une plaque ou d'une médaille qui leur permettrait » sans être inquiétés , de parcourir leur canton ou tout 9Xi moins leur commune , et l'aumône qu'ilis recueilleraient viendrait à la décharge du bureau de bienfaisance; d'un autre côté, on donnerait ainsi sati^action aux personnes qui tiennent à conserver la facilité de distribuer elles-mêmes leurs secours.

Si ce système a pu être adopté comme un moyen de transition à une époque où l'assistance n'était pas ofganisée comme elle l'a été depuis, si de d^cx maux il laissait alors seulement substituer le moindre, nous n'hésitons pas à le désapprouver aujourd'hui» L'exercice de la mendicité restreinte présente bientôt autant d'abus que celui de la mendicité illimitée. Le vieillard se fera accompagner par ses petits^nfants was prétexte qu'il a besoin d'être conduit et dirigé» et ceux*ci , AU lieu de prendre de bonne heure l'habitude

RÉSULTATS OBTENUS DANS LA NlàVRB* 359

do travail , s'accoutumeront ainsi à la fainéantise et h ToisiTeté» Enfin > la perspective du privilège qui résulte de cette autorisation sera promptement acceptée par certains individus conune la ressource de leurs vieux jours, et au lieu de se ménager par l'épargne et par la {HTévoyance les moyens de vivre à l'abri du besoin , ils ne craindront pas de dissiper dans leur jeunesse le produit journalier de leur travail. Les enfants eux** mêmes, loin de considérer comme une charge pieuse rentretien ou le soulagement de leurs parents, chercheront à s'en afiranchir en se contentant de réclamer pour ceux-ci, et à titre de faveur, Tautorisation da mendiants privilégiés. L'effet d'une semblable mesure •St donc aussi déplorable que celui du régime illimité de la mendicité, et elle présente de plus l'immense iiiCOBTénient de couvrir ces abus du patronage officiel de l'autorité. ^

Quels que soient donc les aliments invoqués par cmx qui se refusent à souscrire pour favoriser l'or-» ganisation de l'assistance et de l'interdiction de la fldûiidicité , nous les considérons plutôt comme des 'prétextes que comme des raisons sérieuses, et nous ne pouvons supposer que la réflexion ne les amène à ciMaprendre les avantages et la moralité d'une semblable combinaison. Nous citerons toujours l'exemple du département de la Nièvre , ob le premier appel fait à la diarité particulière a rencontré de si nombreuses sympathies. Dans la pratique , les difficultés de détails se sont facilement aplanies. L'engagement librement consenti n'est absolu que pour celui qui peut le tenir, et

360 RÉSULTATS OBTENUS DANS LA^ NiâVHE:.

le jour où il justifie de Fimpossibilité dans laquelle il se trouve de Facquitter, le bureau de bienfaisance ou la commission charitable sont toujours disposés, soit à le dégager de sa souscription» soit à transiger sur le montant de cet engagement, suivant la position que de nouvelles circonstances ont pu faire au souscripteur. S'il en résulte des non-valeurs , elles sont promptemeat atténuées par les cotisations de nouveaux habitants , spontanément offertes , ou par Taugmentation habilem^t provoquée des premières libéraUtés , qui n'étaient ^ en rapport avec les ressources rédles de leurs auteurs.

L'insuffisance des souscriptions qui pourrait se manifester dans quelques localités est couverte par la répartition d'un fonds commun mis à la dispositif du préfet par le conseil général, et surtout par les allocations provenant des libéralités du gouvernement. Ainsi disparaît l'objection tirée, soit de l'obligation imposée aux communes de pourvoir seules à l'^tretien de leurs pauvres, soit de la concentration des ressources de toutes les communes d'un même canton qui permettrait encore d'oi^aniser une assistance cantonale, et de faire profiter ainsi celles qui ont moins de revenus de l'excédant constaté dans la caisse des autres. Mais déjà nous avons démontré que ce système, en excitant la défiance, ne tendrait à rien moins qu'à produire l'insuffisance dans toutes les communes. Pour être efficace , l'assistance doit être locale , et les souscrip<> teurs devront avoir la certitude que leurs offrandes auront toujours ce caractère.

FORME MATÉRIELLE DES SOUSGRIPTieNS, 361

Quant à la forme matérielle des souscriptions , elle * BOUS parait devoir se rattacher à la rédaction d'un rôle émargé par les parties ou signé en présence de ttaioins par les commissaires. L'engagement est pris de tersor une somme déterminée en argent ou de donner en nature différents objets de consommation , tds que grains, légumes, fruits, vin, bois, charbon, etc.» (m des vêtements , des couvertures , des sabots. Une valeur leur est attribuée , afin de donner aux souscripteurs la faciUté de s'acquitter en argent s'ils le préfèrent ultérieurement. Le rôle est rendu exécutoire par le préfet , et recouvré par les percepteurs pour les souscriptions en argent , et par les soins directs des bureaux de bienfaisance pour les objets en nature.

L'époque de l'échéance est fixée au commenc^nent du mois de novembre de chaque année , et le paye* ment s'effectue ensuite de trimestre en trimestre. Pour les uns , c'est le moment de la rentrée des fermages , pour les autres , c'est celui où l'abondance de la récolte , qui a emph les granges , les greniers 00 les celliers , permet , sans gène aucune , d'affecter aux pauvres une part de ces produits. Un avertisse^ ment, distribué à la fin d'octobre, rappelle à chaque souscripteur l'engagement qu'il a consenti. Les recouvrements ont lieu sans frais, et les percepteurs s'y prêtent d'autant mieux, qu'indépendamment de leur désir de s'associer eux-mêmes au succès d'une bonne œuvre, ils sont en rapport direct avec les souscripteurs pour le payement de leurs contributions. Les détails de comptabilité qui en résultent pour eux sont

362 REC^UV.DBSSOUSCRIPT. ENAROKITOrFENNATURE.

deft moins compliqués ; un simple mandat déUvré par le maire opère leur décharge , et nons ne saurions admettre que , dans de telles conditions , TintenrentioD de ces agents de recouvrement ait pu éreiUer In moindres susceptibilités. Elle est touto ofiScieuse et n'implique aucune idée de contrainte : son seul caractère est celui de l'exactitude et de la roulante.

Enfin ^ les objets m nature sont concentrés à la mairie » au presbytère ou dans tel local que la convenances permettent de désigner, ou remis parie souscripteur lui-même aux indigents qui doivent es profiter, sur la production d'un bon délivré par b commission charitable.

Tel est » en résumé > le système dont nous croy(Htt pouvoir recommander l'adoption. Il a pour but d'organiser l'assistance dans les localités où cette oeuvre est abandonnée au libre arbitre de la charité individudle; il centralise ses ressources, et, en assurant toor direction uniforme , il empêche qu'elles ne soient épa^ pillées sans profit pour les véritables indigents. Là, aa contraire, où des institutions hospitalières ou charitables existaient déjà, il complète leur mécanisme, et leur permet de fonctionner d'autant plus largement, qu'elles trouvent dans le produit des souscriptions un supplément précieux de revenus.

Dès que l'assistance a été constituée sur ces bases, aucun motif sérieux ne saurait s'opposer à l'appUcation du principe de l'interdiction de la mendicité tel qu'il est consacré par la loi. La seule condition qui reste à remplir est l'organisation d'un lieu public destiné à

OUVERTURE DU UÈPÙT INB MEMDICITÉ. 363

cMer à la mendicité^, e'6St-à*dire d'un défptfl. Le choix de Fempiacement d'un pareil établissement n'est pu sans importance. Lies dépôts de mendicité qui pensent être transportés à la campagne devront avoir la préférence; car on trouvera dans la pratique des travaax agricoles les moyens les plus propres à diriger l'emploi du temps des reclus d'une manière facile et profitable tout à la fois. Cependant , les dépôts placés dans les villes , et pour lesquels on peut utiliser souvent d'anciens bâtiments, présentent aussi des avantages qui se sont pas sans importance. L'organisation d'ateliers de travail intérieur y éprouve moins de difficultés; d'autre part» toutes les ressources destinées aux besoins de la vie sont plus à portée. Les secours des médecins, des phannaciens et de l'aumônier pouvant ne pas être concentrés dans l'établissement, le dépôt sera réduit^ s'il le faut, aux conditions les plus modestes; car, Fexpérience a prouvé que la population d'un dépôt n'est jamais considérable, et si elle ne devait se recruter que des mendiants condamnés en justice» die serait souvent fort restreinte.

. Bien que ces établissements ne soient ni des asâes ni des hospices, l'usage permet cependant d'y réserver quelques places aux malheureux qui , complètement dans l'indigence, réclament un refuge, un^abri et du travail. Le r^ime intérieur de l'établissement doit être sain, suffisant, mais sévère. Il ne doit présenter aucune de ces recherches que le luxe de la

1 Code pénal , art. 971.

364 CARACTftBB ET RÉGIME DE CET ÉTABUSSBIIElfT.

philanthropie moderne a introduites, notanmient dans certaines priscms, et dont on commuée à reconnaître Fabns. Qui ne sait, en ^et, que quelques individus s'arrangent pour avoir une condamnation à subir pmdant les mois d'hiver, afin de profiter dans cet intervalle des avantages d'un r^me matériel plus doux que celui qu'ils auraient trouvé chez eux'? Un dq)ôt de mendicité ne doit donc mettre à la disposition des reclus que le strict nécessaire , et des travaux obligatoiree pour tous y seront oi^nisés; Il faut qu'on le sache , et que cette perspective inspire une crainte salutaire, ncm-senlemrat aux mendiants, mais encore à tous ceux qui s^^ient tentés âe chercher dans la possibilité de leur admisslcm au dépôt un asile ouv^ k \mr paresse. Les exercices religieux vi^dront en aide au travail , dans le but de moraliser et d'amiender ces natures, le plus souvent perverties par les habi* tudes du vice et de la débauche. Il fiaut enfin qu'en sortant du dépôt, après y avoir subi un certain temps d'épreuve , les uns puissent avoir appris dans la pratique du travail les moyt^ds de sati^ire par eux - mêmes à leurs besoins , et que les autres , instruits par l'expérience d'une vie sévère , ne soi^t plus tentés de se mettre dans le cas d'y être envoyés de nouveau.

Le travail s la religion , la discipline et la privation

X A Nevers , la prison était connue , de la part d'une certaine classe de condamnés, sous le nom d'auberge du Pigeon-Blanc , h CBuse d'un pigeon en faïence qui surmontait l'une de ses tours.

EFFETS bIL LEXTINGT. DE LA MENDIA. PAH L'ASSIST. 365

de la liberté, tels sont les agents les plus actifs dont les dépôts de mendicité présentent la réunion.

< Avec tous ces éléments bien combinés "^ on peut > .guérir les plus malades.

9 Laisser libre ou rendre à la liberté un être que la misère et le vice ont perverti , ce serait être complice, et du mal qu'il fera, et du mal qu'il fera commettre , et de celui qu'il communiquera par la contagion t » La démoralisation n'est-elle pas une des principales causes de l'indigence? Ne doit-on pas faire tout ce qui est humainement possible pour en arrêter les progrès ? Ces progrès ne sont-ils pas à redouter, surtout dans les couches inférieures de la société ^ là où le besoin, la convoitise et l'envie mettent rhonnêteté à de si rudes , à de si fréquentes épreuves'? »

Ainsi préparée , l'œuvre de l'extinction de la men- (fidté nous semble pouvoir être abordée avec confiance. Les moyens d'action sur lesquels elle repose enlèvent tout prétexte aux critiques et aux récriminations. La rigueur des conséquences répressives qu'elle entraine est adoucie par la mise en pratique des mesures qui ont pour but de prévenir les misères et de les soulager quand elles se produisent. Le plus souvent même, cette rigueur n'est pas nécessaire, et la publication des dispositions qui en autorise l'emploi suffit pour lut donner un effet préventif des plus efficaces. Ce résultat est celui qui s'est produit dans la Nièvre,

I HiiuitAu, Ânnaks de la Charité, juillet 185ô.

366 EFFETS DE l'extinction DE LA MENDICITÉ

OÙ là mesure générale de rextinctiôn de la mendicité avait été précédée de tous les préUmiDaires inséparairiies d'une œuvre sérieuse. Les mendiants de profession avaient compris à Tavance que le jour où Tarrêté prononçant Tinterdiction de la mendicité s^^t pris, ils Bravaient plus à compter sur la moin* dre indulgence.

Les listes des pauvres avaimt été dressées » partout les oommissions charitables avaient arrêté Tanfdoi des fonds que les souscriptions devaient produire ; les pauvres invalides devaimt être secourus complète* ment; d'autres, que leurs infirmités n'empêchaient pas encore de se livrer à un certain travail, oa ceu^ que des circonstances exœptionnelles plaçaient en présence du besoin, ne devaient recevoir qu'une assistance temporaire et variable. En pressée de ces dispositions parfaitement combinées et qui avaient pour point de dépsurt les sympathies lefc moins équivoques du public, les mendiants de profession songèrent qoA le moment était venu pour eux de prendre un parti. Aussi , à la première publication de l'arrêté , la plupart d'être eux émigrèrent. Leur départ fut m^e tellraieiit subit et simultané , que le préfet d'un département voiainis'en émut, et rappelant dans une instruction aux maires que la mendicité était interdite également dans ce département, il les invitait à mieux assurer que par le passé l'exécution de ses prescriptions antérieures. Mais cette exécution est-elle possible dans un pays où l'assistance n'est pas organisée ? L'agent de la loi , le gendarme , le commissaire de police le plus rigoureux

PAH L'ASSISTANCE. â07

ont-ils le courage d'arrêter l'homme qui meudie parce qu'il a faim , et lorsqu'il prouve que s'il est obligé de recourir à cet expédient » c'est que les autorités de sa commune ne lui ont assuré aucun des secours que sa position réclame? En pareil cas, il ne s'agit que d'assurer l'observation des dispositions répressives du vagabondage vis-à-vis des étrangers n'ayant ni domicile certain , ni moyen de subsistance , ou qui n'exercent habituellement ni métier ni profession ' .

Yis-àrvis des habitants d'une commune, d'un canton ou d'un département dans lequel les moyens les plus laides d'assistance ont été prévus, il u'y a plus de raison, il n'y a plus de prétexte à donner; le mendiant s'en rend compte ; de son côté , l'agent de l'autorité sût que sa mission n'a plus le caractère pénible qu'elle pourrait avoir, et la mesure s'exécute d'elle-même par la seule puissance de sa justice. Ainsi dans la Nièvre , alors qu'un grand nombre d'individus, vivant jusque-là du. produit de la mendicité» crurent devoir transporter ailleurs leur industrie, d'autres se résignèrent, suivant leur langage, à rentrer dans la vie privée, et à vivre tranquill^nent des revenus qu ils s'étaient ménagés jNMT leur ancienne profession. Les mystères les plus étranges furent révélés à ce moment. Tel individu couvert de haillons lamentables, et qui depuis vingt années harcelait les passants de ses supplications, était propriétaire de deux maisons d'un bon produit ; tel autre avait de l'argent placé chez son notaire. A cet

I GoUe pénal , «rt. 470.

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égard , les détails reeueillis p^ la police furent des plus curieux , et ils eureat en outre pour effet de constater rimpudeur de quelques-uns de ces malheureux qui , ne pouvant s'habituer à Fidée de dépenser leurs rerraus, essayèrent encore de tromper la reUgion des commissions charitables en sollicitant leur inscription sur la liste des pauvres destinés à être secourus. D'autres, plus consciencieux , n'hésitèrent pas à chercher dans le travail les moyens d'existence qu'ils avaient demandés jusqu'à ce jour à la mendicité. Cette tiunsformation dans leurs habitudes ne s'opéra pas ^ dans le principe , sans quelques* plaintes contre la rigueur de l'autorité, mais ils ne trouvèrent généralement. pas d'écho , et ils durent se plier bientôt aux exigences d'une situation qui les relevait, en définitive, de l'état d'abaissement auquel leur fainéantise les avait réduits. Quant à cette rigueur contre laquelle des murmures avaient pu s'élever, nous ferons remarquer qu'elle ne s'est manifestée que par des avertissements donnés avec bimveillance. La mesure put se borner à un effet préventif, et la répression ne fut pas nécessaire.

De grands enseignements paraissent, suivant nous^ pouvoir dériver de résultats aussi significatifs. Ils proOr» vent que dans l'état actuel de nos mceurs, et sous l'empire des institutions sans nombre qui ont eu pour but d'instruire et de moraliser les masses, il est permis d'aborder aujourd'hui l'examen sérieux d'une question qui avait été considérée jusqu'à ce jour comme d'une solution impossible. Une œuvre telle que celle de l'interdictiou de la mendicité, a besoin pour réussir de

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